Route de la Soie et banque asiatique : l'Europe doit s'intéresser aux projets chinois

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Le premier ministre chinois, Li Kegiang, est en visiste officielle en France cette semaine
Le premier ministre chinois, Li Kegiang, est en visiste officielle en France cette semaine (Crédits : Reuters)
De la Route de la Soie à la nouvelle banque asiatique d'investissement et d'infrastructures, la Chine joue un rôle croissant au niveau régional. L'Europe aurait tout intérêt à prendre en compte cette nouvelle dimension. Par le Dr. Michael Schäfer, ancien ambassadeur d'Allemagne en Chine, Président de la Fondation BMW, Dr. Wei Shen, Professeur, Université de Lancaster et André Loesekrug-Pietri, Président du fonds d'investissement européen A CAPITAL

2015 est une étape majeure pour les relations entre l'Union Européenne et la République Populaire de Chine puisqu'on fête le 40ème anniversaire des relations diplomatiques désormais établies.

Lors du sommet Europe-Chine cette semaine, le Premier Ministre Chinois Li Keqiang a eu certainement à cœur d'évoquer l'ambitieuse initiative chinoise "One Belt, One Road". Ce concept d'une "Nouvelle Route de la Soie" a été présenté pour la première fois par le Président Xi en 2013 à Astana, et vise à intensifier les liens entre Chine, Asie, Afrique et Europe. Il n'y a pour le moment pas eu de réponse concrète à cette initiative de la part de l'Union ou des États membres.

Cette initiative combine à la fois la route terrestre menant de Chine à travers l'Asie centrale jusqu'à la Turquie et l'Europe, ainsi que la route maritime passant par l'Océan Indien et l'Afrique. Dans les deux cas, il s'agit de développer les infrastructures de transport et d'accélérer le développement des échanges des biens et des personnes. Cette initiative du 21ème siècle n'est en aucune manière nostalgique d'un passé glorieux, elle résulte de calculs géostratégiques et économiques précis.

Trois objectifs chinois

L'Empire du Milieu poursuit trois objectifs :

La Chine a besoin de redynamiser son économie. Le PIB a augmenté l'année dernière de 7,4%, la croissance la moins élevée depuis les années 90. L'initiative "One Belt, One Road" et la priorité donnée au développement des infrastructures répond parfaitement à l'appétit des entreprises chinoises d'état qui bataillent avec les surcapacités.

Par ailleurs, la route de la soie répond également à l'objectif de sécuriser l'approvisionnement énergétique de la Chine avec de nouvelles pipelines en Asie centrale et des ports en eau profonde en Asie du sud. Ces massifs projets d'infrastructure permettront d'accélérer l'internationalisation du Yuan et son statut de monnaie de réserve.

Enfin, et c'est le point le plus important : la Nouvelle Route de la Soie est d'abord une initiative stratégique et géopolitique : la Chine veut établir un cordon de stabilité régionale. Le leadership Chinois croit fermement que la prospérité économique est la seule voie pour maintenir la paix chez ses fragiles voisins, de l'Asie Centrale en transition, un Pakistan déchiré en passant par l'Afghanistan détruit par la guerre jusqu'à la « ceinture » du terrorisme au Moyen Orient et en Afrique du Nord. On pourrait qualifier ce plan de véritable « Plan Marshall chinois » : aux yeux des dirigeants de Pékin, les investissements en infrastructures sont la meilleure voie, et une excellente manière d'exporter le modèle de développement chinois - le droit de se développer indépendamment des systèmes politiques.

La Chine prête à jouer un rôle régional plus important

Au niveau stratégique, le concept „Belt and Road", l'installation de la banque asiatique d'investissement et d'infrastructure (AIIB) sont un signal clair : la Chine est prête à jouer un rôle plus important dans une gouvernance régionale et globale. Pendant les dernières décennies, la Chine était plutôt un „Agenda-Follower" . Le principe clé de la politique extérieure de la Chine était „une montée pacifique avec un profil bas". Cette phase à pris fin. Sa puissance économique et son poids politique grandissant ont convaincu Pékin que le développement chinois ne pouvait plus être entièrement soumis à des règles décidées ailleurs, et l'amènent à devenir plus offensif quant à la protection de ses intérêts nationaux.

Un savant mélange marxiste et confucéen

Avec un savant mélange marxiste et confucéen, les dirigeants chinois ont commencé à articuler une vision stratégique comme la „société harmonieuse" de l'ancien président Hu Jintao et le "Nouveau type de relations entre grandes puissances" du Président Xi Jinping. Ces concepts, largement ignorés en occident, ne sont pas que des mots creux : ils ont amené une série de changements bien concrets pour la diplomatie chinoise: la Shanghai Cooperation Organization, les BRICS, le G13 et les forums économiques comme le forum de Boao.

Un changement stratégique considérable

Ce changement stratégique est considérable, mal compris car basé sur un style stratégique non cartésien, défiera inévitablement l'ordre mondial occidental actuel.

Le succès inespéré de l'AIIB n'est qu'un „teaser" - et devrait être compris comme un appel clair. La balle est du côté de l'Europe qui doit décider comment répondre à cette initiative stratégique majeure venant de la part de la 1ere puissance mondiale du 21eme siècle. Même si l'Europe est engluée dans ses propres crises grecques ou ukrainiennes, il est impératif qu'elle reprenne à son compte la Nouvelle Route de la Soie et y réponde stratégiquement.

D'énormes intérêts sont en jeu : la stabilité régionale aux portes de l'Europe. Le développement économique européen qui doit trouver un nouveau souffle. La sécurité de ses approvisionnements énergétiques. L'Asie Centre, avec l'Inde, le Pakistan, l'Iran et le Kazakhstan sont en effet un immense nouveau marché pour les entreprises européennes. L'influence européenne encore bien réelle dans ces pays pourrait être un levier utile servant à la fois les intérêts européens et chinois, ce levier pouvant lui-même être utilisé pour ré-ouvrir un marché chinois toujours plus important mais toujours plus difficile à percer pour les groupes européens.

En tant que plus grand partenaire commercial de la Chine, l'Europe ne doit pas attendre que le concept "One Belt One Road" soit précisé par la Chine : tout comme les « projets pilote » qu'affectionnent particulièrement les dirigeants chinois, c'est un concept modulable qui sera testé, amélioré et surtout construit avec tous ceux qui s'y engagent. L'Europe a l'opportunité unique de le façonner en fonction de ses intérêts propres, en répondant concrètement, positivement mais sans naïveté à la Chine : c'est un moment historique pour les deux extrémités de la Route de la Soie de faire de ce trait d'Union une véritable autoroute entre les Continents.

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a écrit le 02/07/2015 à 11:33 :
Pas d'accord, l'Europe doit s'intéresser plutôt à la grande alliance avec les États-Unis, le TAFTA, qu'à des projets chinois qui jamais verront le jour. Elle doit consolider sa position en Amérique latine, en Afrique et dans le marché récent des dynasties du Golfe. La bulle chinoise est en train d'éclater, donc la Chine a tout intérêt d'attirer des investissements étrangers pour ne pas couler toute seule. L'Europe devrait arrêter la manie des grandeurs et se limiter à son alliance atlantiste, c'est l'avenir, la Chine et la Russie de Poutine c'est le passé. Pensez-y.
Réponse de le 07/07/2015 à 12:49 :
Tout a fait d'accord ! : l'avenir c'est l'ultra-orthodoxie libéraliste !!! Continuons notre marche en avant européenne, droit vers l'austérité; l'avenir c'est le paiement des dettes ad vitam aeternam, peu importe qui les possède. L'avenir, ce n'est surement pas l'investissement dans les infrastructures, dans les nations en développement. L'avenir, c'est de survivre au raz-de-marée des immigrés, et surement pas avec des bulles lestées de briques, oh non non non, ce qu'il faut se sont de vrais bulles, immenses, opaques et dans lesquelles on se sent bien, comme on sait si bien les faire par chez nous !

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