Sortir des idées reçues sur l’immigration

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, sortir des idées reçues sur l’immigration.

L'immigration, c'est beaucoup trop d'idées reçues. D'abord, mettons-nous d'accord sur les termes. Selon la définition officielle, un immigré est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. La qualité d'immigré est donc permanente. Autrement dit, un immigré le reste toute sa vie, même en devenant français. Et c'est toute différence avec le statut d'étranger.

Alors, combien d'immigrés en France ?

5,868 millions d'immigrés, soit 8,9% de la population totale, début 2014, selon l'Insee. Un chiffre passé à 6,1 millions en janvier 2017 ou 9,1% de la population, selon nos calculs. Pour l'opinion publique, ce chiffre est très sous-estimé.

Deux explications. Il y a d'abord une confusion entre les 6,1 millions d'immigrés et les 7,5 millions d'enfants d'immigrés nés en France, lesquels, par définition, ne sont pas immigrés. L'ensemble représente alors un peu plus de 20% de la population française, un chiffre plus conforme à la perception des Français du nombre d'immigrés en France, proche de 25% du total.

Seconde explication, la très forte concentration géographique des immigrés et leur surreprésentation dans les quartiers précarisés conduit les autochtones à considérer que c'est la même chose ailleurs. Selon l'enquête Trajectoires et Origines, menée par l'Insee et l'Ined, la population française dite « majoritaire » - définie comme celle qui n'a pas d'origine immigrée depuis deux générations ni originaire d'un DOM (c'est-à-dire de Guyane, Guadeloupe, Martinique ou de la Réunion) - représente 76% de la population globale en France. Ce taux, de 58% en Ile-de-France, tombe à 25% en Seine-Saint-Denis. A cela s'ajoute la concentration dans de grands pôles urbains pour 79% de la population immigrée.

La provenance des immigrés est une autre source de confusion

Selon l'Insee, les Algériens représentent 13% de la population immigrée et les Marocains environ 12% : un peu plus d'un immigré sur quatre vient donc de ces deux pays. Suivent les Portugais, les Tunisiens, les Italiens et les Turcs. La barre des 50% est alors quasiment franchie. Les Espagnols, les Britanniques, les Allemands et les Belges complètent le top 10. Les flux réguliers en provenance des anciennes colonies expliquent en partie cette hiérarchie, comme les grandes vagues migratoires ouvrières européennes précédentes. Mais il s'agit de la photo d'un stock.

Or, il faut aussi s'intéresser aux flux d'aujourd'hui. L'immigration est surtout de plus en plus européenne (conséquence de la crise très violente de l'Europe du Sud) alors que l'immigration africaine progresse bien plus lentement. Bien entendu il y a le problème des migrants mais ils n'ont pas vocation à rester.

La perception du niveau de qualification est en partie brouillée

Durant les Trente Glorieuses, la France a recouru massivement aux travailleurs immigrés peu qualifiés pour le bâtiment, les mines, l'automobile et la sidérurgie. Depuis, le niveau de qualification des nouveaux arrivants s'est élevé : 63% ont au moins le bac. Et selon l'Ined, certains groupes sont plus diplômés que la population française. Ainsi, 43% des Chinois nés en Chine, et vivant en France, sont diplômés de l'enseignement supérieur, 37% des Roumains, 35% des Vietnamiens ou 32% des Polonais , contre 27% de la population adulte en France. 27%, c'est aussi le taux des diplômés de l'université de la population sénégalaise vivant en France.

Des chiffres à relativiser car les nouveaux émigrants sont jeunes, 28 ans en moyenne. Or, 45% des 25-29 ans français sont diplômés de l'enseignement supérieur. Autre caractéristique, les immigrants, notamment africains, ont un niveau de diplôme supérieur à celui de la population restante. Car pour émigrer, il faut avoir à la fois du capital social, économique (pour venir) et des informations. Il y a donc bien une auto-sélection au départ. Les mythes sur l'immigration sont nombreux et la plupart des discours s'articulent davantage sur l'émotionnel, voire l'idéologie, que sur le rationnel.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 01/03/2017 à 18:02 :
Votre démarche est louable mais l'union européenne s'est empressé de mêler dumping social avec le thème de l'immigration donc il est évident que cette dernière se traduit dans la tête des gens comme ceux qui viennent prendre leur travail et ce n'est pas qu'une impression il suffit de tourner chez les transporteurs routiers pour vite le voir.

Si on veut expliquer aux gens que le fn est autres tendances dures de droite n'est pas la solution il va falloir avouer ses nombreux échecs, ce que nos décideurs économiques et politiques osnt incapables de faire préférant les transformer en "néovérité".

Un article formidable du diplo dans lequel toutes les tendances politiques peuvent se retrouver ce qui est très rare, je le conseille à tout ceux qui aiment chercher à comprendre il y a beaucoup à prendre: "Bouillonnement antisystème en Europe et aux États-Unis" http://www.monde-diplomatique.fr/2017/03/ANDERSON/57243 (abonnés ou payant)

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