Pourquoi Sabella met le cap sur l'Australie ?

Par Pascale Paoli-Lebailly  |   |  847  mots
Opération de relevage de la turbine à l'été 2016 et qui s'apparente à celle de la repose, en septembre 2018. (Crédits : DR)
À l’international, la PME quimpéroise poursuit la promotion de ses hydroliennes en visant les zones non interconnectées au réseau électrique national : c’est le cas de l’Australie, dans certaines communautés aborigènes isolées, mais aussi de plusieurs îles des Philippines ou d'Indonésie. Cette stratégie insulaire s’appuie sur l’expérience menée depuis 2015 pour diversifier le modèle énergétique d’Ouessant. Sabella immergera de nouveau cet été, pour une durée de trois ans, son hydrolienne D10 dans le courant du Fromveur.

Si à Cherbourg, capitale cette semaine des énergies marines renouvelables (EMR) à l'occasion de l'ICOE/Seanergy, les acteurs de l'éolien étaient suspendus à la renégociation des six projets en cours, imposée par le gouvernement, ceux de l'hydrolien continuent de naviguer dans le brouillard concernant les intentions de l'État. « La filière a besoin de visibilité », concède Jean-François Daviau, ardent défenseur de l'hydrolien, qui malgré les retards de la filière maintient le cap de son entreprise pour la faire avancer.

Début mai, il était dans le sillage d'Emmanuel Macron lors du déplacement du président de la République et de sa délégation en Australie. Une très belle occasion pour le Pdg de la PME quimpéroise Sabella, de promouvoir l'expertise de l'entreprise et le savoir-faire breton dans ce domaine.

Acteur référent en France pour avoir mis en œuvre le projet d'hydrolienne D10 dans le passage du Fromveur, Sabella a été retenue pour intégrer le programme d'accélération "Maritime Connection Days". Animé par Business France, ce booster commercial vise à accompagner huit entreprises innovantes du secteur maritime afin de soutenir leur développement en Australie au cours des douze prochains mois. Avec l'objectif de s'implanter sur le marché australien.

« Sabella est membre du comité de pilotage de l'Australian Marine Energy Taskforce (AMET) depuis un an, et se positionne parmi les acteurs des énergies marines en Australie », fait valoir Jean-François Daviau. Nous travaillons sur des partenariats industriels et stratégiques pour développer à court terme des premiers projets. Sabella est bien installée sur une niche du marché visant les territoires insulaires où le coût de l'électricité est très cher. En Australie, nous espérons avancer notamment sur des projets en zones non interconnectées qui se concentrent autour des communautés aborigènes isolées, équipées en fioul et groupes électrogènes, et des sites industriels ou miniers reculés. »

L'entreprise vise principalement le littoral au Nord de l'Australie, où la ressource hydrocinétique et l'énergie des courants marins sont importants, avec l'idée de proposer un projet pilote formé de machines pré-industrielles.

À moyen terme, l'Australie représente une porte ouverte sur le marché des petits États insulaires du Pacifique, comme certaines îles des Philippines ou d'Indonésie, et une base industrielle potentielle pour l'ensemble de la région du Sud-Est asiatique et océanique. L'un de ses projets les plus avancés concerne l'exploitation des courants auprès de l'île de Capul aux Philippines où Sabella a l'ambition d'installer des hydroliennes D15.

Décarbonner l'île d'Ouessant

Pour démontrer sa capacité à développer son offre sur l'île-continent, l'entreprise mise sur les résultats des expérimentations menées sur Ouessant pour produire de l'électricité naturelle. L'île de 800 habitants n'est pas reliée au réseau national mais alimentée à 80% par une centrale thermique au fioul.

Cet été, l'hydrolienne D10 de Sabella sera remise à l'eau pour une durée de trois ans, dans le cadre du programme européen ICE (Intelligent Community Energy) destiné à maximiser la production d'énergie en milieu insulaire.

Construit en 2014 pour 12 millions d'euros, un premier prototype 100% français avait été immergé en juin 2015 pour un an d'essai. Améliorée techniquement, la nouvelle hydrolienne d'une puissance d'un mégawatt serait en capacité de produire 10% à 15% de la consommation réelle d'Ouessant.

Le projet ouessantin de Sabella ne s'arrête pas là : en partenariat avec Akuo Energie et la Région Bretagne, la PME prévoit qu'en 2021, elle pourra produire 80% de l'énergie électrique consommée grâce aux EMR. Dans le cadre du projet Phares, deux hydroliennes D12, d'un diamètre de 12 mètres, seront immergées pour 25 ans dans le courant du Fromveur, et feront partie d'une ferme pilote multi-énergies. Ce mix énergétique sera aussi couvert par une éolienne, des panneaux solaires et un système de stockage installés sur l'île.

Décollage sous deux ans

En 2017, Sabella a réalisé un chiffre d'affaires d'un million d'euros. Mais l'entreprise, qui s'est positionnée dans la course aux appels d'offres pour la réalisation d'études préalables à l'implantation de parcs pré-commerciaux autour de 100 MW sur les zones du Raz Blanchard en Manche et du Fromveur, espère bien faire décoller pleinement son activité sous deux ans.

« Après celle de 8 millions d'euros destinée à financer son développement technologique et international, l'entreprise prévoit une nouvelle levée de fonds pour 2019, dans une optique plus industrielle », annonce Jean-François Daviau.

Sabella qui, outre ses bureaux de Quimper, dispose déjà une base installée sur le port de Brest, prépare en effet l'implantation d'un site d'assemblage d'hydroliennes sur le nouveau polder destiné aux EMR d'où seraient construites et assemblées 30 à 50 unités à horizon 2022-2024. Des « machines rustiques et fiables » qui sont le fruit d'un investissement en R&D de 7 millions d'euros depuis la création de la PME en 2008.

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Par Pascale Paoli-Lebailly,
correspondante de La Tribune pour la région Bretagne