La déferlante nationaliste se poursuit en Corse

En l’emportant à Bastia et Porto-Vecchio, les nationalistes qui ont les clés de l’assemblée de Corse et trois députés sur quatre, confirment leur implantation dans une élection municipale corse inédite qui était l’antichambre des territoriales.
Jean-Christophe Angelini après sa victoire à Porto-Vecchio.
Jean-Christophe Angelini après sa victoire à Porto-Vecchio. (Crédits : DR)

Le scrutin, qui a mobilisé deux fois plus que sur le continent, appelait 47.500 électeurs dans 21 communes et faisait figure de test pour la large majorité de Gilles Simeoni qui se fracture depuis quelques mois en trois blocs : à sa gauche, le président indépendantiste de l'assemblée, Jean-Guy Talamoni (Corsica Libera) et à sa droite, le président de l'agence du développement économique corse, Jean-Christophe Angelini (PNC*).

"La fin d'une époque"

Ce dernier, vainqueur à Porto-Vecchio avec un score sans appel de près de 55% des voix, a éliminé le sortant, le DVD Georges Mela, sorti en difficulté du premier tour. La victoire de Jean-Christophe Angelini, 44 ans, a mis un terme à une domination de plus d'un siècle du clan Rocca-Serra, qui tenait la ville depuis plusieurs générations - dont Georges Mela était le successeur - et avait fait de cet ancien village gangréné encore par la malaria en 1945, la capitale du tourisme insulaire, attirant chaque année environ 700.000 touristes et concentrant la moitié de l'emploi saisonnier insulaire. « C'est la fin d'une époque », a convenu Jean-Christophe Angelini qui briguait pour la quatrième fois le fauteuil de maire et reconnaît que « cette victoire revient de loin ».

Issu des rangs de la faculté de Corse et du militantisme étudiant au sein de la CSC**, le positionnement contre la violence clandestine avait placé Angelini du côté des modérés au début des années 2000, avant qu'il ne soit condamné à de la prison avec sursis dans le dossier de la SMS, une affaire politico-financière en 2011, sans toutefois être inéligible.

Cette peine n'entachera pas son parcours politique et il rejoint ensuite la coalition de Gilles Simeoni, victorieuse en 2015 puis en 2017 aux élections territoriales. Aujourd'hui, son élection dans le bastion de la droite - qui s'est faite au prix d'une alliance avec les acteurs du monde économique et des nationalistes porto-vecchiais - en fait un partenaire incontournable au plan régional, qui devrait rester par ailleurs en fonction à l'Adec. Dans la troisième ville de Corse (12.000 habitants), qui compte environ 5.000 résidences secondaires, la question de l'urbanisme et du tourisme, notamment l'occupation du domaine public par les paillotes qu'avait défendues Angelini, sera au coeur de sa mandature.

Victoire du clan siméoniste

À Bastia, la victoire du nationaliste Pierre Savelli conforte la citadelle nordiste de Gilles Simeoni , gagnée en 2014, qui avait lui laissé son écharpe de maire quand il avait été appelé à diriger l'exécutif régional. Depuis, Pierre Savelli, qui n'avait pas été élu premier magistrat au suffrage universel, souffrait d'un manque de légitimité. Cet oesthéopathe sexagénaire a attiré près de la moitié des électeurs sur son nom (49,37%) en tenant à distance la liste menée par les forces de gauche (Jean-Sébastien de Casalta et Jean Zuccarelli) et de droite (Jean-Martin Mondoloni, chef de l'opposition territoriale) qui totalise 39,73% des voix ainsi qu'un troisième homme, le Macron-compatible Julien Morganti (10,90%) qui avait refusé de se rapprocher du trio.

Gilles Simeoni, en septième position sur la liste Savelli et qui a pesé dans une campagne où les coups bas ont été nombreux, pourrait à présent lorgner sur la présidence de la communauté d'agglomération bastiaise, la deuxième de Corse. Et peser électoralement contre la Capa, dirigée par le maire DVD Laurent Marcangeli, élu au premier tour à Ajaccio et adversaire putatif à l'assemblée de Corse. Cette victoire du clan siméoniste balaie aussi les alliances avec la frange radicale du nationalisme, les indépendantistes Eric Simoni (Corsica Libera) ou Paul-Félix Benedetti (Core in fronte) qui n'avaient pas donné de consignes de vote et qui avait été laissés au bord du chemin le soir du premier tour.

À Bastia, la question de la construction du futur port de la Carbonite, un projet vital pour la porte d'entrée du fret en Corse, pourrait faire l'objet d'un référendum populaire. 
Dans d'autres villes comme L'Île-Rousse (Haute-Corse), où l'a emporté Angèle Bastiani face au sortant, le DVD Jean-Joseph Allegrini-SImonetti, ou à Figari (Corse-du-Sud), où Jean Giuseppi s'est imposé, les nationalistes ont confirmé, dans cette conquête orientale de la Corse, qu'ils pouvaient aussi s'ancrer localement.

*PNC : Partitu di a nazione corsa, Parti de la nation corse

**CSC : cunsulta di i studienti corsi

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Commentaires 3
à écrit le 30/06/2020 à 9:40
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Pourvu que la Corse obtienne enfin son indépendance : ça libérera autant de postes dans la fonction publique ...

à écrit le 30/06/2020 à 9:10
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et les 30% de fonctionnaires ainsi que les pensions versions a une nombreuse population âgée ...

à écrit le 29/06/2020 à 21:35
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Une fois la Corse libérée, qui prendra en charge l'assurance maladie et les indemnités chômage?

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