Grand Paris : les investisseurs du privé s'impatientent

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Le processus de construction s'accélère et la candidature pour les JO en 2024 va encore augmenter la pression.
Le processus de construction s'accélère et la candidature pour les JO en 2024 va encore augmenter la pression. (Crédits : © 2009 Thomson Reuters)
Les investisseurs privés aimeraient que le Grand Paris aille plus vite, ne se perde dans des questions de gouvernance inutiles et offre très rapidement des opportunités et un business model aux investisseurs étrangers. Un forum de Paris Ile-de-France Capitale économique vient de montrer cette impatience

Pour l'instant tout va bien. Le financement du Nouveau Grand Paris est assuré, l'Etat s'est engagé sur près de  26 milliards d'ici 2030. A moins d'une désagréable surprise lors du vote d'une Loi de Finances dans les années qui viennent, les financements seront au rendez vous. Au pire, en cas de restriction budgétaire, la Société du Grand Paris amortira sur 50 ans au lieu de 40 et empruntera un peu plus sur les marchés, ce qui, pour l'instant est plutôt une bonne chose vue la faiblesse des taux.  Mais le privé a des doutes. C'était en tout cas la petite musique de fond du forum de Paris Ile-de-France Capitale Economique. Au point même d'énerver Augustin de Romanet, le président d'Aéroports de Paris, qui a interrompu un avocat pour expliquer, visiblement fâché, que le Roissy Express était « un bon : si je pensais une seconde qu'il n'était pas rentable, je ne le financerais pas ! ». Le public a décidé d'assumer l'intégralité du projet et il maintient. Et malgré des appels du pied, il refuse l'idée même de partenariats public privé pour les infrastructures.

La question s'est par exemple posée sur le financement de la ligne 18, celle du Sud du Grand Paris, avec ses 35 km et ses 10 gares, qui relie Orly à Versailles via le plateau de Saclay ; Serge Grzybowski, le PDG d'ICADE l'un des leaders de la promotion immobilière, a donné la raison de l'impatience du privé :

« Il y a trois ou quatre ans, nous n'étions pas sur le radar des grands investisseurs internationaux. Je faisais des roadshows un peu partout dans le monde, mais c'était l'époque du french bashing. Avec le Grand Paris, nous avons maintenant un projet à vendre, nous sommes beaucoup plus actifs. Mais nous avons une difficulté énorme : nous devons être surs de la livraison des gares et voies ; nous ne pouvons pas prendre du retard car nous avons une promesse et nous sommes sur les calepins des investisseurs internationaux »

Le millefeuille est toujours aussi lourd

Le souci pour Serge Grzybowski est de concilier les temps : « un aménageur travaille sur 10 à 15 ans, un promoteur sur 3 ans, et un investisseur sur 6 à 7 ans, ce sont donc des opérations difficiles à monter et on ne peut pas avoir des ratages ». Frédéric Nouel, avocat associé de Gide Loyrette Nouel, explique :

« A Lyon Gérard Collomb est enfin arrivé à avoir un seul PLU sur toute la métropole. On y était enfin arrivé avec la loi MAPTAM sur le Grand Paris et on allait pouvoir enfin arrêter le sport n°1 des communes qui est de faire des recours contre les projets d'aménagement des communes avoisinantes. Mais là on est en train de détricoter toute la loi et c'est désolant. En ce qui concerne le PLU c'est pathétique, les intercommunalités ont gagné et le récupèrent. Nous sommes en train de morceler de nouveau le territoire et c'est désolant ».

La grande peur des investisseurs tient en fait à la présence toujours envahissante du millefeuilles et « des prises de positions personnelles des élus » qui peuvent tout ralentir et compliquer et  désespérer les financements internationaux.

Que l'Etat garantisse le prix de l'immobilier sur 15 ans

Et ils proposent même des solutions un peu fermes, si l'Etat souhaite qu'autour des gares et un peu partout en Ile de France, le logement reparte. Xavier Lépine a reçu ainsi l'approbation de tous en proposant que l'Etat garantisse pendant 15 ans le prix de l'immobilier pour les investisseurs :

«Si l'on souhaite vraiment travailler sur le logement et attirer les capitaux étrangers il faut avoir en tête que le rendement pour le logement est de 5% en Allemagne et de 2.5% en France. Donc ça n'intéresse pas grand monde dans l'institutionnel qui préfère à la limite la tranquillité des obligations à 0.6% et évite des risques. En revanche si l'Etat garantit à 15 ans, on débloque tout ! »

Odile Renaud Basso la directrice générale adjointe de la Caisse des Dépots  a eu quelques réticences mais c'était quand même le genre de propositions attendues

D'autant plus, et Jean Lemierre, le président de BNP Paribas l'a longuement développé dans les propositions de Paris Ile de France Capitale Economique, le processus de construction s'accélère (et la candidature pour les JO en 2024 va encore augmenter la pression) et que « les investisseurs étrangers attendent des opportunités et un business model ». Et il propose ainsir de « gagner en créativité et délais » de manière à diviser par deux les délais des opérations dans le cadre du Grand Paris et à « recourir systématiquement au levier financier et humain qu'offre l'aménageur privé ».  Et, comme tous les investisseurs privés, il demande une présence très « déterminée » du pilotage gouvernemental pour rassurer les investisseurs étrangers.

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Commentaires
a écrit le 12/02/2015 à 22:33 :
"Que l'Etat garantisse le prix de l'immobilier sur 15 ans" : Des grands défenseurs du libéralisme quand ça les arrange ces investisseurs...
L'état, ce sont les contribuables non défiscalisés : Qu'ils se taisent!
a écrit le 12/02/2015 à 10:11 :
Le grand Paris est une erreur de plus de l'énarchie dévastatrice qui préfère saturer l'Ile de France pour rester en meute plutôt que de faire de l'aménagement du territoire comme chez nos voisins allemands qui ont beaucoup de grands centre régionaux. La vie des franciliens va encore se détériorer un peu plus et dans 50 ans on analysera les erreurs de ceux qui n'ont vu que leurs petits arrangements entre amis.
Réponse de le 12/02/2015 à 10:42 :
Et le pire c'est que ces même idiots qui veulent sur saturer Paris ce plaindront demain du pic de pollution en été et se plaindront aussi que leur employés ne peuvent plus venir travailler à cause de l'interdiction de rouler en voiture un jour sur 2. Alors qu'ils pourraient inciter les entreprises à s'établir en campagne ce qui permettrait aux habitant de faire construire en campagne aussi... Mais bon pour ça il faudrait réfléchir et ça ne semble pas être une des qualité de nos dirigeants...
a écrit le 12/02/2015 à 9:25 :
Cette organisation territoriale à 5 étages et la multitude des élus qui en vivent ruine la France. Revenons à la simplicité des 3 étages décisionnels : commune, département métropole. C'est cette organisation avec un minimum de frontières territoriales qui a fait la la grandeur de la France.
Réponse de le 12/02/2015 à 10:44 :
Si on commençait déjà par couper la tête, en réduisant le nombre de sénateurs, membres des assemblées, ministres) ça nous ferait du bien...
a écrit le 12/02/2015 à 8:53 :
la capitalisme à la française: les investisseurs se plaignent tout à la fois de l'intervention de l'état et des impôts et demandent en même temps des garanties de prix sur 15 ans...Pourquoi ils comptent construire des biens invendables?
Réponse de le 12/02/2015 à 9:57 :
Tout a fait d'accord avec votre commentaire. Mais ce n'est pas seulement le problème avec capitalisme a la française, c'est plutôt le business model partout dans le monde. On vit dans un monde ou on a le socialisme pour le riches et capitalisme liberal pour le pauvres.
Réponse de le 12/02/2015 à 10:46 :
C'est investisseurs ne veulent pas vendre, ils veulent vous faire payer 800€ de loyer pour un 20m2... Et ce sur 15 ans minimum.
a écrit le 12/02/2015 à 8:28 :
Pourquoi construire plus?
>> créations d'emplois >> hausse de la consommation
>> baisse des prix >> nouveaux acheteurs >> hausse du moral >> hausse consommation.
>> baisse des prix >> augmentation du pouvoir d'achat >> hausse consommation.
>> baisse des prix >> rapprochement du lieu de travail >> hausse du moral et de la productivité.
>> baisse de la facture pétrolière.
Etc.........
Au résultat, plus de consommation, moins de chômeurs, relance du BTP, diminution de la dette.
Accélération de la reprise. C'est pourtant simple!
Réponse de le 12/02/2015 à 10:51 :
On peut obtenir la même chose seulement en incitant les entreprises à aller s'installer en dehors des grandes villes... Si les entreprises s'installent en campagne, les travailleurs iront s'installer à côté, et les villes auront mins de demande de logements, les personnes allant bosser ne pourront plus lire leur journal dans les bouchons, vu qu'ils les éviteront, et ils bosseront mieux car ils se lèveront plus tard et arriveront chez eux plus vite le soir... Mais bon ça s'est si l'état cherchait à réduire le nombre d'habitant dans les villes. L'état pour montrer l'exemple pourrait investir et faire construire des FAC, grandes école en campagne proche de gares SNCF. Mais bon c'est pareil c'est si l'état......
Réponse de le 12/02/2015 à 11:57 :
@@logement : +1 Nous assistons strictement au contraire de qu il faudrait faire avec comme bon exemple le plateau de saclay : ens cachan , école centrale , centre de recherche edf en construction sur le plateau .

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