Club Tribune : l'innovation comme arme anti-crise

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80 décideurs économiques assistaient au Club Tribune du 5 avril 2013, à Montpellier. Crédit photo : Christine Caville
80 décideurs économiques assistaient au Club Tribune du 5 avril 2013, à Montpellier. Crédit photo : Christine Caville (Crédits : © Christine Caville)
À l'occasion de la publication, dans La Tribune du 5 avril, d'un supplément dédié aux 30 PME les plus innovantes du Languedoc-Roussillon, le Club Tribune a fait une halte à Montpellier, où il a réuni 80 acteurs économiques du territoire.

Le Club Tribune, la conférence-débat lancée en région par La Tribune autour de La Tribune des Métropoles, s'est tenu à l'Hôtel Océania de Montpellier, vendredi 5 avril 2013, pour la sortie d'un supplément consacré aux 30 PME les plus innovantes du Languedoc-Roussillon.

En présence de 80 entrepreneurs et acteurs économiques de la région, le débat, ouvert par Jean-Claude Gallo, vice-président de La Tribune et directeur de la publication d'Objectif Languedoc-Roussillon, portait sur la notion d'innovation comme moyen de dynamiser la croissance des entreprises et de contrer la crise dans une région minée par un fort taux de chômage (13,7 %).

L'implication des décideurs institutionnels et financiers permet néanmoins de nuancer ce constat. Cheville ouvrière de la nouvelle Banque publique d'investissement (BPI), OSEO a souligné, par la voix de son délégué innovation Laurent Cambus, que l'établissement a accompagné 3 000 entreprises en 2012, dont 300 dossiers en innovation. En trois ans, ce sont 20 M? qui ont été fléchés sur la création de nouvelles technologies et de services innovants, plaçant le Languedoc-Roussillon au 5e rang de l'activité d'OSEO au plan national.

Du côté des élus présents, Anne-Yvonne Le Dain, vice-présidente du Conseil régional déléguée à la recherche et l'enseignement supérieur, a rappelé que la Région a été la première en Europe à signer, en 2008, pour la mise en place du dispositif JEREMIE dans le cadre des fonds européens FEDER 2007-2013, permettant de soutenir 517 projets innovants et près de 8 000 entreprises. « Nous avons complété le système d'accompagnement par la création de structures telles que Transferts LR, chargée de soutenir la compétitivité des entreprises par l'innovation et le transfert de technologie, indique Anne-Yvonne Le Dain. Au final, ce sont des villes telles que Montpellier, Nîmes, Perpignan et Alès qui sont en pointe sur ces sujets, ce qui offre une carte régionale de l'innovation sans doute plus équilibrée qu'ailleurs en France. »

De fait, Montpellier Agglomération peut s'appuyer sur un des premiers incubateurs créés en France, le Business Innovation Center (BIC) de Montpellier, qui, après 25 ans, affiche aujourd'hui un taux de pérennisation de plus de 80 % (contre 60 % au plan national). « L'innovation a toujours caractérisé la force économique du grand Montpellier, affirme le président de Montpellier Agglomération, Jean-Pierre Moure. Mais nos PME restent de petite taille. Il s'agit désormais de passer à un deuxième volet de notre action sur l'innovation, en aidant les start-ups à travailler ensemble et en collaboration avec de grands groupes installés localement, comme Intel ou IBM, autour de concepts tels que la Cité intelligente de demain. »

Parmi les grands groupes actifs en Languedoc-Roussillon, ERDF (1 300 salariés, 1,7 millions de clients) doit gérer une cinquantaine de sites répartis sur le territoire. S'il ne dispose pas de service R&D en tant que tel, le groupe encourage la capacité d'innovation de ses équipes dans leur travail au quotidien. « Certaines expérimentations lancées au plan local sont aidées, puis validées avant d'être partagées au plan national, révèle le directeur régional d'ERDF, Karim Rafaï. Avec l'émergence du photovoltaïque, nous avons géré une explosion des demandes de raccordement émanant des petits producteurs. Nous avons mis à leur disposition un portail internet pour suivre en ligne l'avancement de leur dossier. Cet outil a ensuite été généralisé partout en France. »

Les patrons de PME présents au Club Tribune ont pu faire part, à tour de rôle, de leur stratégie de croissance au sein du tableau ainsi posé. Chez BedyCasa (12 salariés, CA : 750 000 ?), spécialisée dans la location de chambre chez l'habitant, l'innovation est aussi la faculté de se mettre en position de rebondir. « La crise est une opportunité, estime la dirigeante, Magali Boisseau. Il y a un énorme besoin, en France et dans le monde, autour du partage de biens et services, au lieu de l'accession à la propriété. Nous avons été les premiers à nous positionner, en 2007, sur ce marché naissant. Je regrette d'avoir attendu quatre ans pour pouvoir faire ma première levée de fonds, après qu'un concurrent américain ait montré la validité de ce créneau. »

Deinove, spécialisée dans les agrocarburants (5 M? par an en R&D), emploie une trentaine de chercheurs issus des universités locales. « Sur des ruptures technologiques, mais aussi sur la création d'emplois et sur la transition énergétique, il est certain que des PME telles que les nôtres ont besoin de support, rappelle le nouveau DG, Emmanuel Petiot. Tout est réuni ici pour créer un nouveau pôle sur les cleantech. D'ailleurs, Deinove s'apprête à déménager son siège social de Paris vers Montpellier car nous voulons passer en phase d'industrialisation. La pépinière Cap Sigma nous offre des possibilités de lancer des pilotes industriels et de trouver des partenaires. »

La région du Languedoc-Roussillon, par sa configuration naturelle, favorise également la création de nouveaux métiers, comme l'illustre Predict Services. Cette PME de 25 salariés (CA : 2,8 M?) propose des solutions aux collectivités et aux entreprises pour la gestion des risques de crue. « Lors de notre création en 2006, il a fallu inventer de nouveaux outils pour exploiter les images satellite de Météo France, raconte le P-dg Alix Roumagnac. Depuis, nous accompagnons 20 000 des 36 000 communes françaises sur la prévention du risque d'inondation. Les grands assureurs ont d'ailleurs imposé, sur cette base, des clauses spécifiques quand ils signent des contrats avec les collectivités. »

L'innovation est, enfin, un accélérateur de croissance à l'export, sans même y consacrer des budgets exponentiels. Ainsi, la société nîmoise Symétrie (20 salariés, CA : 4,1 M?), conceptrice de systèmes de métrologie et de positionnement haute précision d'objets dans l'espace, est en fort développement aux États-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne et en Australie. « La collaboration avec le CEA sur un projet stratégique national tel que Mégajoule nous a permis de nous faire connaître des grands comptes à l'étranger, détaille Olivier Lapierre. Si nous avons enregistré 50 % de croissance, nous le devons à l'export. Il y a beaucoup de travail derrière... mais un simple site web suffit, aujourd'hui, à recueillir deux à trois demandes par jour, venues du monde entier. 80 % des commandes que nous enregistrons depuis le début 2013 sont du grand export. »
 

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Commentaires
a écrit le 06/04/2013 à 19:03 :
L'innovation comme un accélérateur de croissance ? Oui, très certainement. Mais on ne se décrète pas innovant. L'innovation n'est surement pas qu'une question de budget même si un budget d'innovation est indispensable bien entendu.

Je pense qu'il faut comprendre avant toute chose comment naissent les innovations ? Elles ne sont pas le fruit d'un apprentissage technique mais d'une découverte organisationnelle (quelle organisation favorise la création ?) et d'apprentissages personnels (comment être créatif ?).

Il est indispensable de sensibiliser les cadres dirigeants, les membres de directions et les PDGs aux bonnes pratiques qui encouragent la création. Je vous encourage à voir mon blog sur les sujets de l'innovation (en anglais) : http://worldofinnovations.net/category/learning-innovation/

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