Très grand mont Ventoux, très petit Toulourenc...

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Accroché à la face nord du mont Ventoux, le village de Brantes domine la vallée du Toulourenc. / Hervé Champollion - akg-images
Accroché à la face nord du mont Ventoux, le village de Brantes domine la vallée du Toulourenc. / Hervé Champollion - akg-images
Comment développer ces microcollectivités locales, qui doivent à la fois préserver un patrimoine et créer de nouvelles activités ? Réponses au pied du Ventoux.

C'est une petite vallée au pied de la face nord du mont Ventoux. Nous disons bien la face nord, celle qui ne donne donc pas sur le Lubéron, lieu de villégiature bien connu de tout ce qui compte à Paris... La vallée du Toulourenc tient son nom d'un torrent tour à tour vigoureux ou amorphe (d'où son nom, Toulourenc, pour « tout ou rien »...). Elle s'étend sur une trentaine de kilomètres entre la plaine de Vaison-la-Romaine et le plateau de Sault, et comprend quelques villages accrochés à leur montagne comme Saint-Léger-du-Ventoux, Brantes, Savoillans, Montbrun-les-Bains. Elle présente la caractéristique de se trouver aux confins de deux départements, la Drôme et le Vaucluse, et donc de deux régions, Rhône-Alpes et Provence Alpes-Côte d'Azur. Ce qui ne simplifie pas les problèmes.
La vallée du Toulourenc est donc un bon exemple d'un territoire loin d'être isolé, au sein d'un environnement géographique propice au tourisme, avec des hauts lieux comme le Lubéron, Vaison, voire Avignon, mais qui reste un peu à l'écart des grands flux et donc des activités économiques qui leur sont liées. Et aussi modestes soient les collectivités locales qui gèrent ce territoire, elles n'en rencontrent pas moins des problèmes de développement qui sont complexes à résoudre sans ruiner le fragile équilibre qui règne entre maintien de l'authenticité des villages et stabilisation de la population et de l'activité.

Roland Ruegg, maire de Brantes (83 habitants l'hiver, 250 l'été) résume bien la situation de son village : « Notre atout, c'est le cachet de Brantes. Nous devons donc le protéger et c'est la raison pour laquelle nous avons mis en ?uvre un plan local d'urbanisme. Mais il ne faut pas non plus bannir tout projet de constructions nouvelles. Nous aurions notamment besoin de nouveaux bâtiments locatifs pour attirer de jeunes artisans dans le village ». Les projets de développement concernent d'abord l'agriculture, avec l'arrivée d'une jeune bergère Maud Albiori, qui s'est installée voici deux ans. Avec l'aide de la Chambre d'agriculture et de la Mutualité sociale agricole (MSA), la mairie tente de l'aider à acheter une parcelle de terre afin qu'elle puisse construire des installations et un logement en dur.

Roland Ruegg regarde aussi du côté d'une ancienne ferme piscicole, actuellement en vente, et qu'il aimerait faire reprendre et réhabiliter, un investissement de l'ordre de 500?000 euros, qui aurait pu être financé avec l'aide du Département et de la Région. Mais l'intercommunalité de Vaison, dont Brantes fait partie, a d'autres projets, notamment celui de créer un plan d'eau de 5 hectares à l'entrée de la ville... Du coup la ferme piscicole risque de rester dans les cartons.

L'eau est naturellement un sujet important. Le maire est en train de faire réaliser un schéma directeur des ressources, ce qui n'avait jamais été fait, et se prépare déjà à une sérieuse bagarre avec la petite ville de Buis-les-Baronnies, à quelques kilomètres de Brantes, mais dans le département de la Drôme, qui lorgne sur la nappe souterraine qui alimente Brantes et les environs...

La commune de Brantes est liée à la commune voisine de Savoillans, quelques kilomètres en amont, 98 habitants (« mais sans l'ADSL, on ne serait plus que 50 », dit le maire Thierry Thibaud, entrepreneur en bâtiment et travaux publics). Avec une station d'épuration « verte » de traitement par les roseaux, une boulangerie tenue par une jeune Japonaise et son mari français, remise en état par la mairie (à l'enseigne du « Soleil levain »), et une ancienne ferme fortifiée appartenant au Syndicat mixte d'aménagement du mont Ventoux, dans laquelle la municipalité de Savoillans exploite quelques salles pour des manifestations diverses, le village dispose de quelques équipements.

Thierry Thibaud veut cependant aller un peu plus loin : construire quelques maisons supplémentaires pour stabiliser la population, créer une voirie pour contourner le village et l'admirer « du haut ». Mais, le budget de la municipalité est modeste : 200?000 euros par an, dont 80?000 pour les investissements. La priorité du maire est d'attirer de nouvelles activités : créer une maison de Savoillans pour mieux accueillir les visiteurs, inciter au développement d'activités agricoles bio - une jeune agricultrice vient de se lancer dans le secteur Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) et propose aux consommateurs des paniers de saison en vente directe. Le rêve serait qu'une ou plusieurs très petites entreprises, dans la high-tech par exemple, choisissent de s'installer loin de la ville, dans les locaux de la ferme fortifiée....

Comment créer des microactivités dans ce genre d'environnement, où la préservation des lieux est une nécessité?? C'est toute la problématique de ces milliers de petites collectivités en France, tiraillées entre le souci de préserver patrimoine et tranquillité des lieux, la volonté de développer une activité économique et l'appartenance à des intercommunalités de plus en plus grandes, dans lesquelles leur voix porte peu, comme c'est le cas pour Brantes et Savoillans, qui tentent d'échapper à l'intercommunalité de Carpentras au profit de celle de leur bassin de vie, Vaison-la-Romaine, ce qui ne serait possible qu'en faisant une entorse au sacro-saint principe de la continuité territoriale. Les préfets du Vaucluse et de la Drôme trancheront...

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