Yeu-Noirmoutier : La Vendée n’entend pas regarder passer les trains de l’éolien offshore

Neuf ans après remporté l’appel d’offres pour la construction d’un parc éolien au large des îles de Noirmoutier et de l’île d’Yeu, la société Emyn lance les travaux d’un site dont la mise en service est programmée pour 2025. D’ici là, le département de Vendée, pionnier des énergies renouvelables et deuxième département touristique français, espère bien que la construction se fera « à la vendéenne »... gage d’acceptabilité locale, selon le président du département.
Tout comme le parc éolien de Guérande, le futur parc éolien Yeu-Noirmoutier nécessite un budget de 2 milliards d'euros.
Tout comme le parc éolien de Guérande, le futur parc éolien Yeu-Noirmoutier nécessite un budget de 2 milliards d'euros. (Crédits : Frédéric Thual)

Soixante-deux éoliennes, une puissance de 496 MW (mégawattheures) capable de fournir l'énergie nécessaire à la consommation annuelle de 800.000 personnes et un chantier de construction chiffré à hauteur de 2 milliards d'euros. « Il ne peut y voir un investissement de cet ordre sans retombées économiques pour le territoire Vendéen. Le parc a été accepté à condition qu'il profite aux entreprises vendéennes susceptibles de pouvoir y travailler. Le risque, c'est que l'on nous ignore mais je ne lâcherai rien », prévient Alain Leboeuf, président du Conseil Général de Vendée et de Vendée Energie, SEM de production et de distribution d'énergies renouvelables, entrée pour 0,5% au capital de la société EMYN (Eoliennes en mer Iles d'Yeu et Noirmoutier) détenue par Ocean Winds (Engie et EDPR), Sumitomo corporation, la Banques des Territoires...

« C'est symbolique, concède Alain Leboeuf, mais c'est un moyen d'affirmer l'engagement de la Vendée dans la transition énergétique... et que le projet se transforme en création d'emplois pour les familles vendéennes. C'est mon grand combat ! », défend-il, tapant du poing sur la table quand il fût, un temps, question d'équiper les éoliennes de couronnes chinoises -utilisées pour l'orientation des pâles- quand le fabricant numéro 1 en Europe, Rollix Desfontaines, qui équipe une éolienne sur quatre dans le monde, est présent... en Vendée. « Puisqu'il est implanté en Vendée, ce parc éolien devrait comporter des couronnes vendéennes ! », insiste Alain Leboeuf.

La question immobilière en période estivale

Les négociations seraient en cours, tout comme celles qui se sont poursuivies depuis la convention d'affaires organisée à l'initiative du département vendéen les 6 et 7 octobre dernier, entre EMYN, les fournisseurs de rang 1 (Siemens Gamesa, Jan de Nul group, Eiffage Métal, les Chantiers de l'Atlantique, Demé, Louis Dreyfus Travocean) et les entreprises locales. Cinquante-deux entreprises vendéennes et ligériennes étaient représentées donnant lieu à 136 rendez-vous. Une trentaine d'entreprises vendéennes seraient aujourd'hui mobilisées. Au-delà de la construction du parc, proprement dit, c'est surtout sur les à-côtés, comme l'immobilier, l'hôtellerie, le tourisme et bien entendu la maintenance que la Vendée entend se positionner. « Ma crainte est de savoir comment on va loger 25, 50 ou 100 techniciens et ingénieurs en juillet-août sur l'île Yeu ?», observe Aymeric Foucher, vice-président du cluster Neopolia, en charge de l'éolien offshore qui a déjà essuyé les plâtres sur le parc éolien du banc de Guérande. A l'époque, EDF avait fait appel à l'Acta Auriga, navire de services offshore de 93 mètres affrété par Alka Marine, capable de permettre le transport de matériel, l'hébergement et les services pour plus d'une centaine de personnes. Une solution coûteuse et très sollicitée...

Faire de la pédagogie

« Je ne serai pas surpris que l'on ait besoin d'une solution terrestre », affirme le vice-président de Néopolia dont le département Offshore mobilité travaille sur le projet Noé. A savoir la mise à disposition de conteneurs modulaires, habitables et transportables, aux normes RT2020. Urbanistes et politiques seraient sur le pont, tandis que le président du conseil départemental évoque, en concertation avec la région et la municipalité ogienne, le projet de construction d'une cinquantaine de logements sur l'île d'Yeu, où devrait être aussi édifiée une base de maintenance. « Ça fait partie des impacts qui doivent profiter aux artisans locaux », affirme Alain Leboeuf. Déjà, la pose du câble souterrain piloté par RTE a permis à des maçons locaux de décrocher un marché de plus de 3 millions d'euros. « Quand viendra l'heure de la pose du câble sous-marin, il faudra de l'enrochement dont je souhaite qu'il profite aux carrières et aux transporteurs vendéens », répète-t-il, réfléchissant aussi à la mise en place d'une navette pour permettre aux touristes du deuxième département touristique de France d'aller se rendre compte sur place de la transition écologique en cours... et faire de la pédagogie « On ne peut pas déplorer Xynthia ou la catastrophe écologique voisine de l'Erika, sans qu'on essaie de démontrer qu'il existe d'autres solutions et qu'elles peuvent passer par chez nous" .

La crainte de la concurrence internationale

EMYN, de son côté, dit avoir constitué une équipe de cinq personnes pour favoriser l'ancrage local et engagé une identification de la main-d'œuvre et des compétences industrielles et logistiques depuis 2015. Et notamment sur la formation avec la mise en œuvre d'un partenariat avec le lycée St-François d'Assise pour mettre en place un BTS Maintenance Industrielle option éolien, susceptible de répondre aux besoins d'exploitation du parc Yeu-Noirmoutier dont la mise en service est prévue pour 2025. « Ce que l'on voit aujourd'hui, c'est qu'à 'instant T, tous secteurs confondus, de façon direct ou indirecte, de la blanchisserie à l'électricité, 1300 à 1500 personnes travaillent au quotidien pour le parc éolien de Guérande », estime Aymeric Foucher, par ailleurs dirigeant de la société Services Voltige, dont 8 des cents employés travaillent désormais à temps plein sur le parc de Guérande. Un personnel formé, dont les compétences ont pu justifier jusqu'à une quinzaine d'habilitations pour intervenir sur ce chantier hors norme.

« On va leur filer un coup de main »

Ce savoir-faire, Neopolia dit vouloir le partager avec ses voisins vendéens dont six entreprises ont déjà rejoint le cluster ligérien. «Ça s'est passé chez nous, on peut leur filer un coup de main.  Les vendéens ne devraient pas craindre que tout le 44 -la Loire-Atlantique- débarque chez eux , mais plutôt se dire qu'il vaut mieux que ce soit du 44 et du 85 ensemble, que de voir la place prise par les gens aguerris du Nord de l'Europe, de l'Espagne ou du Portugal», conseille Aymeric Foucher. Des inquiétudes confirmées par un acteur local qui dénonce une sous-traitance étrangère contractée depuis le Danemark sans consultation des entreprises et des clusters français... pour les parcs normands. Or, c'est le lancement des parcs de Yeu-Noirmoutier, de Fécamp et de Saint-Brieuc qui doit donner une garantie d'emplois et de la visibilité à la filière française. « Comme une sorte de fonds de roulement. Avec quatre parcs, on connaît mieux les comportements des clients, les types de commandes de matériaux et les besoins de techniciens et là on pourra parler d'un nouveau secteur d'activité, avec un C.A annuel... », dit-il.

ZOOM : 120.000 heures de travail pour le parc éolien de Guérande

Selon le cabinet Goodwill Management qui a mené une étude sur les retombées économiques du Parc éolien du banc de Guérande, la préparation et l'installation du site a généré 103 875 heures de travail pour EDF renouvelables et ses sous-traitants et 15675 heures pour les raccordements électriques réalisés par RTE. En dix ans, le raccordement du parc au réseau public par RTE a généré 22,5 millions d'euros de retombées économiques pour les Pays de la Loire.

Au total, 1641 entreprises ont été impliquées dans ce projet dont 50% en France (817) ... pour un chiffre d'affaires direct et indirect de 11,7 milliards d'euros dont 78% en France. Tout au long de la durée de vie du projet, soit entre 2012 et 2047, le parc pourrait générer un chiffre d'affaires de 13,7 milliards d'euros et 5,8 milliards d'euros de valeur ajoutée. En moyenne, le site emploierait 2300 personnes dans sa phase de construction en France et 400 pendant la phase d'exploitation. A noter qu'entre 2019 et 2022, plus de 80.000 heures d'insertion ont été menées sur ce projet.

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Commentaire 1
à écrit le 30/05/2023 à 23:31
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La part revenant aux industries locales impliquées dans des activités en accointances avec l'éolien doit être la plus large possible. Par ailleurs la maintenance de ces parcs leur revient de droit et de logique économique. Ce ne sera pas le seul parc...

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