À Nantes, l'insertion surfe sur la vague des "métiers verts"

 |   |  877  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : <small>Reuters</small>)
Alors que l'Union européenne fixera dans les prochains mois le budget de la politique de cohésion pour la période 2014-2020, les chantiers et entreprises d'insertion revendiquent la paternité de nombreux métiers verts. Ils réclament la constitution d'une vraie filière pour éviter que le privé marche sur leurs plates-bandes.

Élue capitale verte de l'UE pour l'année 2013, Nantes Métropole n'a pas voulu laisser passer l'occasion de braquer les projecteurs sur les nombreuses initiatives qui, sur son territoire, tentent de conjuguer écologie et insertion. C'est ainsi que vient d'être organisée dans la capitale ligérienne une table ronde sur les filières vertes et l'insertion, à l'instar de celle qui s'est tenue à Paris en octobre dernier. Pour montrer les enjeux de l'insertion, le moment ne doit rien au hasard : l'une de ses sources de financement sera décidée dans les prochains mois à Bruxelles à l'occasion du vote du budget de la politique de cohésion 2014-2020 de l'UE.

Un ticket d'entrée de plus en plus élevé

Le secteur de l'insertion revendique d'avoir fait émerger de nombreux « métiers verts » et entend à présent changer d'échelle. « Très souvent, les filières vertes ont été pionnières dans le développement d'activités. À tel point que ça intéresse de plus en plus de monde et que le ticket d'entrée devient de plus en plus élevé, reconnaît Michel Plaze, conseiller municipal de la ville de Nantes et membre du conseil communautaire de Nantes Métropole. À nous d'être vigilants et attentifs aux solutions émergentes. De voir comment on peut les aider par des financements complémentaires lors de commandes publiques ou en étant un facilitateur. Car les struc-tures d'insertion sont soumises à des contraintes économiques fortes. Et à une inadéquation entre leurs charges et leurs ressources. » Et en premier lieu à un numerus clausus qui limite à 14500 le nombre d'emplois conventionnés par l'État et Pôle emploi dans les entreprises d'insertion soutenues par des aides publiques à hauteur de 10% à 20%. Pour les ateliers et chantiers d'insertion, l'intervention de l'État s'élève elle à 80%.Nées au début des années 1980 dans les Pays de la Loire, les entreprises et chantiers d'insertion - aliés à l'union régionale des entreprises d'insertion (Urei) et à Chantier école Pays de la Loire - représentent aujourd'hui 88 structures (environ 50% de l'effectif régional), qui ont pris en charge environ 3550 personnes éloignées de l'emploi. De 30% à 60% d'entre elles, selon leur statut, ?uvreraient dans les métiers verts. Plus globalement, les éco-filières (agriculture, bâtiment, déchets, énergies renouvelables, déplacements) compteraient 5132 emplois, soit 3,4% de l'em-ploi de l'économie sociale et solidaire (ESS) dans la région.
À l'instar des entreprises d'insertion ADC Propreté ou Trait d'Union, qui ont adapté leur projet de développement économique aux contraintes sociales (nettoyage des bureaux en journée, utilisation de produits écologiques, mise en ?uvre de VAE [validation des acquis de l'expérience] collectives, de formations qualifiantes, ouverture aux femmes de métiers masculins, etc.). « Malgré la crise et le taux de chômage, on a de plus en plus besoin de main-d'?uvre dans le maraîchage, dans le tri des déchets, chez les viticulteurs... où, par exemple, l'application de démarches qualité ou l'élaboration de vin pétillant imposent le recours à des travaux manuels pour la taille, l'ébourgeonnage, la mise en bouteille, etc. », explique André Talaszka, président de l'Urei.

100.000 nouveaux emplois en quatre ans

Pour la fédération nationale (le Comité national des entreprises d'insertion, Cnei), l'objectif est de passer de 48000 à 150000 personnes en parcours d'insertion d'ici à 2017. « Et pour y parvenir, l'un des leviers de croissance, ce sont les filières vertes », souligne Justine Jourdain, chargée de mission Europe et développement du Cnei, dont un tiers des 600 adhérents interviennent dans la filière verte. « Il y a de gros enjeux autour de l'économie verte. C'est pourquoi nous nous efforçons de préparer le public et les filières en intervenant auprès des branches professionnelles et à travers la formation des demandeurs d'emploi et de l'encadrement. L'enjeu porte aussi dans le changement d'échelle. Je n'ai pas envie de voir les métiers verts et l'insertion comme une niche ou un pansement, renchérit Jean-Philippe Magnen, vice-président du conseil régional des Pays de la Loire, en charge de l'apprentissage de la formation et de l'emploi, et porte-parole d'Europe Écologie-Les Verts (EELV). Il y a encore un réel manque de fonds pour développer une vraie filière technologique. » L'élu du conseil régional vient de faire éditer un guide des formations à 50 métiers verts.
« Nous manquons de visibilité », reconnaît pour sa part Élise Bouyer, déléguée régionale de l'Urei. Faute de moyens pour développer la R&D et attirer de nouvelles compétences, le marché du « vert » est de plus en plus convoité par des TPE, des PME et de grands groupes attirés par des marchés émergents devenus porteurs. « Nous nous sommes installés sur des niches, nous avons développé et mutualisé de véritables savoir-faire dans la formation, l'innovation, l'accompagnement social, aujourd'hui laissés à l'abandon. Or cette minutie de travail n'aurait pas été possible dans une grosse entreprise », observe François Pastre, délégué général de Chantier école Pays de la Loire, qui réclame davantage de passerelles entre les structures d'insertion et l'économie classique. 20% des effectifs passés par les structures d'insertion retrouvent un emploi en CDI ou en CDD à l'issue de leurs missions.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/04/2013 à 16:37 :
C'est quoi les métiers verts? Des métiers dont l'existence est liée à des normes et lois qui ont détruit beaucoup plus d'emplois qu'ils n'en ont crées? Financés sur deniers publics ou par les taxes?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :