L'estuaire de la Loire se met en mode éolienne

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Lors de son discours à Saint-Nazaire, le Premier ministre, Manuel Valls, a annoncé que DCNS et EDF Energies nouvelles ont été retenus dans le cadre de l'appel à manifestation d'Intérêt (AMI) pour la réalisation d'une ferme pilote d'hydroliennes en Basse-Normandie.
Lors de son discours à Saint-Nazaire, le Premier ministre, Manuel Valls, a annoncé que DCNS et EDF Energies nouvelles ont été retenus dans le cadre de l'appel à manifestation d'Intérêt (AMI) pour la réalisation d'une ferme pilote d'hydroliennes en Basse-Normandie. (Crédits : Frédéric Thual)
Avec l'inauguration de deux usines Alstom d'assemblage de nacelles et d'alternateurs pour éoliennes à Saint-Nazaire et le projet de hub logistique, la région des Pays de la Loire confirme l'émergence d'une véritable filière industrielle dédiée aux énergies marines renouvelables (EMR) sur son territoire.

Elles sont entrées au chausse-pied. A Montoir-de Bretagne, sur les berges de l'estuaire de la Loire, le site portuaire, hier occupé pour le stockage de véhicules, a été en partie réaménagé et consolidé par le Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire pour accueillir les deux premières usines françaises de production d'éoliennes offshore d'Alstom, partenaire exclusif d'EDF Energies nouvelles - précisément, ici, il s'agit d'énergies marines renouvelables (EMR).

"Il a fallu déplacer des activités, renforcer les bords à quai... En amenant un nouveau marché, les EMR font évoluer les infrastructures et participent à la création d'un nouveau modèle économique qui ne repose plus seulement sur des volumes, mais sur la taxation de la valeur ajoutée. Tout en restant sur nos bases, il va falloir être agile, s'adapter et trouver une équation économique soutenable. C'est un des grands défis du port pour le 21e siècle", indique Jean-Pierre Chalus, président du directoire du Grand port maritime Nantes-Saint-Nazaire, et propriétaire du terrain qui a investi 10 millions d'euros dans cette opération de requalification portuaire.

Première usine française HQE

Ces deux usines fabriqueront les nacelles et les alternateurs des éoliennes Haliade 150 construites pour le marché français et international. Des pièces monumentales de près de 400 tonnes et de 8 mètres de diamètre pour lesquelles Bouygues a construit une cathédrale de 19.000 m², haute de 20 mètres. "Ce que l'on fait de mieux en termes d'équipement industriel", admire Francis Bertolotti, ex-directeur général des ateliers de constructions du groupe ArcelorMittal et actuel président du conseil de surveillance du Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire. Un challenge technologique et environnemental, "tenu dans les délais et dans le budget", a mentionné Patrick Kron, Pdg d'Alstom. Ce sont les premiers bâtiments industriels français économes en eau et en énergie à être certifiés "haute qualité environnementale" (HQE).

"C'est l'illustration de la transition énergétique et de la croissance verte", s'est félicitée Ségolène Royal, ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie. "On va monter en puissance sur le mix énergétique. Les industriels ont confiance. Avec cette nouvelle génération d'éoliennes, un potentiel considérable est en marche. Un nouveau modèle économique se profile", estime-t-elle.

100 millions d'euros d'investissement

La production des premiers alternateurs démarrera mi-février, celle des nacelles en mars.  Dimensionnée pour fabriquer 100 machines par an, l'usine montera progressivement en puissance pour atteindre un rythme de 8 à 10 alternateurs et nacelles par mois. "C'est le premier marché de pré-série en Europe", explique Pascal Giraud, directeur du site, qui devrait livrer une présérie de 5 éoliennes, destinées à la ferme de Block Island, sur la côte est des Etats-Unis.

C'est le premier marché à l'exportation réalisé par Alstom dans le domaine de l'éolien offshore. "Des produits dont le rendement est de 15% supérieur au produits concurrents", argumente Patrick Kron, qui entend rattraper le retard pris par la France par rapport aux pays du nord de l'Europe dans le domaine de l'éolien offshore où il estime le potentiel à 40 gigawatts (GW) à l'horizon 2020, dont les trois-quarts en Europe.

Soutenu par l'État à hauteur de 31 millions d'euros, Alstom aura investi 100 millions d'euros entre Montoir-de-Bretagne et Nantes (centre de R&D) pour déployer un centre de décision, de recherche et de production dédié aux EMR. Auxquels s'ajouteront "des coûts d'exploitation de plusieurs millions d'euros pour concevoir de nombreux outillages pour le transport et la manutention des pièces", précise Yves Rannou, senoir vice-président de Wind Renewable Power d'Alstom.

1000 emplois et 500 PME partenaires

De 25 personnes aujourd'hui, l'effectif devrait progressivement monter à 80 ouvriers en 2015, et à 300 personnes en 2018 pour accompagner la production des 240 éoliennes destinées à être déployées sur les champs de Saint-Nazaire, Fécamp et Courseulles-sur-Mer. "D'une puissance de 6 mégawatts (MW), elles sont dotées d'un rotor de 150 mètres permettant de produire l'électricité nécessaire à 5.000 foyers et d'économiser 21.000 tonnes de CO² chaque année", assure Alstom.

Entre ses quatre usines (2 à Saint-Nazaire et 2 à Cherbourg, où seront fabriqués les mâts et les pales) et le centre d'ingénierie nantais, le fabricant d'éoliennes promet de créer un millier d'emplois et de générer 4.000 emplois indirects. Pour le seul site de Saint-Nazaire, 500 PME devraient contribuer à l'émergence de cette filière dans la région. Venu sur ce marché pour diversifier ces activités, le chantier naval STX, qui vise 23% de son activité future liée aux EMR, intervient pour la fabrication de jackets (énorme structure métallique de tubes entrecroisés servant de fondation à l'éolienne) et de sous-stations électriques chargées de relier les éoliennes entre elles.

Un HUB pour deux projets

Non loin de là, à quelques encablures des fameux BPC Mistral russes coincés dans les bassins de Saint-Nazaire, sur un bout de quai aujourd'hui encombré par des tas de sable et un amas d'une vingtaine de blockhaus, EDF Energies nouvelles, qui a décroché le premier appel d'offres en 2012 (240 éoliennes),  s'apprête à démarrer les travaux de construction d'un hub logistique de pré-assemblage, destiné à accueillir les pales et les tours en provenance de Cherbourg, ainsi que les nacelles et alternateurs acheminés depuis l'usine voisine de Montoir.

Là encore, c'est le Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire qui investit 10 millions d'euros pour viabiliser l'espace et renforcer les quais. Implanté sur une quinzaine d'hectares, le site doit être entièrement réaménagé et consolidé pour supporter des poids de 15 tonnes au m², contre 6 à 7 tonnes pour un quai classique. Cette plateforme accueillera des navires spéciaux - des jack-up -, conçus pour s'ancrer dans le sol, se relever et assurer l'assemblage des éoliennes en mer, entre 2018 à 2020. "Ce sera le centre névralgique des opérations d'assemblage", indique Gaétan Duchêne, chef du projet Hub à EDF Energies nouvelles.

Un tiers de la puissance française en Pays de la Loire

Les travaux du hub devraient s'étaler jusqu'à fin 2016. Et mobiliser 200 personnes pendant deux ans. Ils seront alors une centaine pour assurer l'exploitation et la maintenance du site. Cette plateforme sera ensuite utilisée pendant la période 2020-2023 par le consortium GDF Suez Areva qui a remporté le deuxième appel d'offres d'éoliennes en mer. Sans plus attendre, un premier prototype à l'échelle 1 devrait être implanté dès l'été prochain à 12 miles des côtes, face au Croisic, sur le site d'essais en mer (Sem-Rev) relié à la terre en 2012.

Dernièrement, encore, c'est l'américain General Electric, repreneur du pôle énergie d'Alstom, qui annonçait l'implantation de son siège mondial à Nantes, à côté de son centre de R&D. "Beaucoup de choses ont changé au cours des cinq dernières années. Les EMR ont été et sont une véritable opportunité pour le territoire. Avec les deux projets EDF Energies nouvelles-Alstom et GDF Suez-Areva, les Pays de la Loire abriteront le tiers de la puissance française dans l'éolien offshore", savoure Christophe Clergeau, vice-président du conseil régional en charge du développement économique.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2014 à 22:37 :
Bien sur qu’il faut développer les énergies renouvelables et développer l’économie. Mais pas n'importe comment ! C'est le cas pour le projet du banc de Guérande. Il est une vraie richesse biologique et entouré de zones Natura 2000 : presqu’ile de Quiberon, Houat, Hoedic, presqu’ile de Guérande, plateau du Four, ile Dumet. Vu sa richesse, il devrait être déclaré Natura 2000 lui-même, évidemment. Alors le jeu en vaut il la chandelle ? Pourquoi massacrer ce banc et sa biodiversité de façon irréversible ? Pourquoi, au lieu de bétonner façon années 80, et dans une vision à court terme, ne pas réfléchir intelligemment à des éoliennes flottantes ou à récupérer l’énergie des marées. N’est ce pas Madame Royal ? Protéger le marais poitevin, c'est bien. Mais le banc de Guérande constitue un patrimoine naturel tout aussi important.
a écrit le 07/12/2014 à 12:20 :
Les éoliennes en mer produisent un courant extrêmement cher et de qualité déplorable (intermittence). Cette activité ne peut vivre que par la captation de subventions. Une gigantesque gabegie.
Réponse de le 07/12/2014 à 15:42 :
L'intermittence en mer est moindre qu'à terre. Une éolienne terrestre a un "rendement" moyen de 20 à 25% au mieux du fait de l'intermittence, alors que celui des éoliennes marines est plus proche de 40%.
Réponse de le 17/12/2014 à 7:36 :
Ça reste toujours du "vent" comme rendement....
a écrit le 07/12/2014 à 10:38 :
Encore et toujours la bonne vieille maladie francaise : le centralisme. Alors que les Allemands developpent toutes les EnR partout, concentrees ou non,l'x-mine ou enarque adore la grosse industrie, un peu parce qu'elle favorise les copains (EDF, Alstom Areva, STX...) chez qui il pourra pantoufler apres.
Pendant qu'on cherche tous les maux au photovoltaique (top cher, trop petit, trop intermittent....) , pour l'eolien en mer, pas de souci ! Et si ca coute 2,3 fois ce que coute le PV sur la facture des consommateurs c'est pas un probleme. Et tant pis si le PV au contraire c'est des dizaines de milliers d'emplois repartis partout sur le territoire, et competitif avec le tarif de consommation. L'essentiel c'est privilegier les copains de clubs parisiens.
a écrit le 06/12/2014 à 12:26 :
Où sont les DOM dans ce beau schéma? Pourtant ces territoires qui croulent sous le chômage, sont particulièrement favorisés pour l'ensoleillement et les courants marins..;
La Russie est plus avancée que la France sur la technologie solaire, n'est ce pas en implantant des centres pilotes de recherche à la Martinique ou à la Réunion qu'il y a la possibilité de rattraper son retard sur les USA et la Chine qui sont en pointe?
Réponse de le 06/12/2014 à 12:41 :
voila un intervenant qui parle pour ne rien dire d'un sujet dont on est certain qu'il n'y connait rien.....
Réponse de le 06/12/2014 à 14:16 :
c'est sur de l'électricité pour éclairer les poissons quand même !
a écrit le 06/12/2014 à 11:23 :
C'est bien, on va pouvoir produire du vent....
Réponse de le 07/12/2014 à 11:05 :
En effet, on pourrait installer une éolienne sur l’Élysée avec tout le vent qu'ils produisent. Avec toutes les conneries qui sort, je pense qu'il y aura assez d’électricité pour tout Paris.
Réponse de le 07/12/2014 à 18:26 :
oh mon pauvre Monsieur j'en suis toute retournée !
a écrit le 06/12/2014 à 11:02 :
on a pourtant l'habitude des grandes éoliennes qui sature notre espace depuis 40 ans ,
Réponse de le 17/12/2014 à 7:37 :
Vous parlez des politiques ?

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