« Toulouse veut devenir une ville intelligente globale » (Jean-Luc Moudenc)

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Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole.
Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole. (Crédits : DR)
A l'occasion du Forum Smart City Toulouse, qui a lieu aujourd'hui 16 décembre, La Tribune s'entretient avec Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole, sur sa vision de la ville intelligente.

La Tribune. Il n'y a pas de définition unique de la ville intelligente. Quelle serait-elle, selon vous ?

Jean-Luc Mondenc. C'est une ville plus facile à vivre, plus collaborative et moins chère. Une ville qui prend le parti des technologies les plus performantes pour faciliter la vie des citoyens et rendre l'action publique plus efficace. Les investissements engagés dans la ville intelligente doivent pouvoir permettre de faire des économies de fonctionnement, ce qui est un impératif pour les collectivités territoriales du fait de la conjoncture et de la baisse des dotations de l'État. Les citoyens nous demandent de pérenniser et de développer les services publics. Mais aussi de les rendre plus performants et moins coûteux. Pour moi, c'est cela la ville intelligente.

La ville de Toulouse est-elle engagée dans une démarche smart city ?

Il y a des initiatives, mais elles sont ponctuelles. Je veux que nous ayons une ambition générale, ainsi qu'une approche globale et systématique. Pour cela, nous devons changer de culture, acquérir de nouveaux réflexes et construire différemment nos projets.

Toulouse est-elle en retard par rapport à des villes comme Paris ou Lyon ?

Je n'ai pas fait de benchmarking pour savoir si nous étions en avance ou en retard. J'observe que, souvent, les grandes villes ont choisi d'appliquer les principes de la smart city à tel ou tel domaine, les transports ou l'énergie, par exemple. J'aimerais que Toulouse se distingue par un caractère général et systématique : « Toulouse, global smart city », en quelque sorte. Les métropoles sont en concurrence entre elles, et Toulouse n'a pas intérêt à être timorée et attentiste, ou à faire comme les autres.

Quels sont les atouts de Toulouse ?

Une quarantaine de projets innovants publicprivé sont menés avec des start-up, des TPE-PME et des grands groupes. Nous avons à Toulouse des entreprises et des acteurs très mobilisés sur les questions de mobilité, d'énergie ou de numérique. De plus, nous faisons désormais partie des neuf villes labellisées French Tech.

Quel est le plan d'action ?

Je veux que, d'ici à la fin 2020, Toulouse soit reconnue comme l'une des villes les plus en pointe en France et que les services publics - et nos 13000 agents - soient totalement imprégnés de la culture ville intelligente. Une délibération a été votée en septembre et Toulouse a décidé de lancer une démarche smart city à grande échelle, en tenant compte de la logique de « spécialisation intelligente » impulsée au niveau européen. Toulouse Métropole répondra à l'appel à projets Horizon 2020 de l'Union européenne et le label French Tech aidera notre candidature.

Quels sont les besoins des Toulousains ?

Dans les mois qui viennent, nous allons définir les besoins autour de quatre thématiques clés : mobilité, énergie, e-services et autonomie, économie des services aux seniors. L'ensemble de la relation entre la collectivité et les citoyens peut être concernée. Je souhaite que les responsables des services de la ville et de la communauté urbaine - de la métropole à partir du 1er janvier 2015 - étudient comment avoir recours aux technologies les plus performantes, comment optimiser la qualité du service, comment en simplifier l'accès, de quelle manière rendre plus simples les modes de paiement et comment améliorer la réactivité. Il faut que chacun revisite ses process à l'aune de la ville intelligente. Nous devons être volontaristes.

Y aura-t-il des résistances au sein de l'administration ?

Oui, je pense qu'il peut y en avoir. La métropole compte 13000 agents, et nous allons devoir les mobiliser. Mais c'est un projet qui arrive au bon moment. Après l'alternance municipale, c'est l'occasion de modifier nos habitudes de travail. Je veux installer un nouvel état d'esprit dans la culture administrative, et cela passe par davantage d'échanges avec l'univers privé.

Le projet de ville intelligente vient-il de la nécessité de faire des économies ?

Pas seulement, mais il est vrai que le contexte de baisse des dotations de l'État nous oblige à revisiter nos habitudes. Nous étions sur le mode « on a toujours fait comme ça », mais chacun doit maintenant se demander comment faire mieux et moins cher. Depuis le mois d'avril, j'ai beaucoup communiqué en interne et en externe sur les difficultés financières auxquelles nous allions être confrontés pendant tout le mandat, avec une force et une violence inédites. Mais j'essaie aussi de positiver tout cela. Au lieu de nous lamenter, remettons-nous en cause, innovons. Investir sur la ville intelligente, faire le pari des nouvelles technologies, c'est construire un nouveau modèle économique pour les services publics.

La smart city repose sur de nouveaux modes de gouvernance. Lequel choisirez-vous ?

Il nous faudra mettre en place une organisation transversale et une gouvernance dédiée, en association avec des partenaires et des entreprises. J'ai demandé à deux personnes de piloter ce grand projet : le directeur général des services, Xavier Patier, et le no 2 de l'administration, André Thomas, qui est le délégué général à la modernisation, un titre qui n'existait pas jusqu'à présent et qui a du sens. Tous les deux devront conduire concrètement cette adaptation de la collectivité.

Êtes-vous prêts à signer des partenariats public-privé (PPP) ?

Sur ce point, je suis toujours très réservé car les PPP renvoient à un modèle économique précis, adapté à certaines réalisations et pas à d'autres. C'est un dispositif très contraint et certains PPP ont coûté cher à la collectivité. Ce n'est pas un passage obligé. Pour ma part, je préfère parler de coopération. Il y a de multiples outils de partenariat avec le privé, et je ne veux pas enfermer la coopération au seul modèle du PPP.

Les groupes proposent aux collectivités des bouquets de solutions pour les smart city. Êtes-vous très sollicité ?

Oui, j'ai déjà reçu beaucoup d'entreprises. Nous allons voir si nous prenons un opérateur, un groupement d'opérateurs, ou si nous choisissons une autre solution. Il est trop tôt pour le dire aujourd'hui. Certaines majors sont très avancées et actives pour proposer des services à la collectivité. Parallèlement, il y a un foisonnement de start-up qu'il faut encourager. Je pense que la bonne formule pourrait être de créer des groupements composés de gros opérateurs et de PME porteuses d'innovations.

Les jeunes pousses et PME régionales bénéficieront-elles du projet ?

Oui, nous voulons construire la smart city avec les PME et les start-up locales. Le Small Business Act a vocation, et c'est une première en France, à faciliter l'accès des PME à la commande publique. À partir du 1er janvier 2015, cette charte nous accompagnera pour la rédaction de tous les cahiers des charges et tous les appels d'offres de la collectivité.

Dans la smart city, la technologie prend une part grandissante. Y a-t-il encore une place pour le politique ?

Notre volonté politique est de permettre au plus grand nombre de bénéficier des nouveaux services et d'accéder aux technologies. Nous ne voulons pas que l'appel à la technologie se traduise par la mise à l'écart d'une partie importante ou croissante de la population. La smart city à la toulousaine ne doit pas rester dans un cercle d'initiés, ni être l'apanage de la seule jeune génération. C'est à nous d'y veiller. La recherche de la performance technologique ne doit pas être synonyme d'exclusion. C'est un sujet politique, et nous passerions à côté de notre rôle si nous n'y prêtions pas attention.

L'architecture et l'urbanisme de Toulouse va-t-il changer ?

La conception des nouveaux quartiers doit s'imprégner des préceptes de la smart city. Autour de la gare Matabiau qui accueillera la future gare LGV, un nouveau quartier va sortir de terre progressivement au fil des vingt-cinq prochaines années. Toulouse Euro Sud Ouest, qui sera le futur plus grand projet urbain de Toulouse, doit être le premier quartier smart city. L'État nous annonce l'arrivée de la LGV pour 2024, il doit y avoir un début de nouveau quartier à cette date. C'est un très beau projet dont les contours doivent être précisés au deuxième semestre de 2015.

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Commentaires
a écrit le 17/12/2014 à 14:29 :
On se souvient surtout que lorsqu'il était dans l'opposition municipale, Jean Luc Moudenc n'avait pas de mots assez durs contre les experimentations de nouvelles technologies par la municipalité P.S. de Pierre Cohen. Les trottoirs et les lampadaires intelligents testés par des entrepreneurs innovants étaient moqués et hués par l'opposition qui n'y voyait que du gaspillage d'argent public.
a écrit le 16/12/2014 à 17:21 :
Toutes les grandes villes françaises s' engagent dans cette démarche qui ne consiste en rien d'autre que d'utiliser les nouvelles technologies de la communication... et Moudenc tient exactement le même discours que tous les maires. Derrière il y a des boîtes qui cherchent à vendre leurs technologies. Toulouse n'a rien de spécifique en la matière. Vraiment pas de quoi faire un article !
Réponse de le 18/12/2014 à 20:42 :
pour avoir des idées novatrices il faut être un vrai visionnaire et la hélas Toulouse n'a pas un maire à la hauteur de la tache il fait ce qu'il a toujours fait avant de se voir ravir la place de maire en 2008 il suit le mouvement.
la politique c'est l'art d'anticiper

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