La disponibilité en « temps réel » et l'exploitation plus sophistiquée des images satellites, enjeux de demain

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(Crédits : DR)
De quoi DEMAIN sera-t-il fait ? Bpifrance s'est lancé le défi de mener une réflexion sur les sujets d'innovation qui révolutionneront notre quotidien dans les années à venir, du point de vue de notre transport, notre alimentation, notre santé, notre façon de commercer et de travailler. Pour cela, Bpifrance anime une démarche collective en mode projet, pilotée par les collaborateurs Bpifrance et associant les acteurs des écosystèmes concernés. L’un des enjeux majeurs est New Space. Aujourd'hui, les grands groupes comme les ETI, les PME et les startups innovantes du secteur sont bien placés dans la course mondiale. Il s'agit de l'accès à l'espace, de la souveraineté des Etats et du positionnement de la filière d'excellence française sur le marché mondial - sans oublier l'exploitation des données produites par les satellites.

Aller bientôt explorer la planète Mars ? Observer la terre, gérer les cultures agricoles, surveiller les océans et les navires qui circulent, ou simplement prédire la météo ou téléphoner en plein désert ? Grâce aux satellites, tout est possible, ou presque.... Les applications, dès aujourd'hui, sont innombrables et de plus en plus sophistiquées. « Les images sont de plus en plus précises », note Agnès Salvatori, sous-directrice de la stratégie du financement et de l'innovation pour l'observation de la terre, la science et la navigation, chez Airbus Defence and Space. Et si la tendance de la haute résolution passe par l'utilisation de mini, micro, voire nano-satellites, pour des questions de coût d'investissement, surtout chez les nouveaux entrants, cette ingénieure indique qu'il y a néanmoins une limite à la performance permise par la miniaturisation, celle des lois de la physique... « C'est vrai notamment pour les télescopes optiques  », dit-elle. Mais ces dernières décennies ont vu des progrès considérables. « Alors qu'au début des années 2000, l'imagerie commerciale disponible permettait de voir, de l'espace, un objet de la taille d'une voiture, on peut aujourd'hui compter des individus, précise-t-elle, la précision commerciale autorisée étant sous l'égide des gouvernements, bien entendu... »

Observation persistante

Mais ce n'est pas la seule tendance. « Nous parlons désormais d'observation de plus en fraîche, voire persistante », poursuit-elle. Ce que cette spécialiste entend par là, c'est une observation en continu de la terre, avec des informations rafraîchies en permanence et qui donnent des indications clé sur, par exemple, l'évolution d'une situation de crise dans le sillage d'une catastrophe naturelle. « Nous ne sommes pas encore en 'live', mais nous pouvons déjà faire de petites vidéos régulièrement », précise-t-elle.

Et c'est là qu'intervient une autre tendance, celle des constellations de satellites, pour qu'un engin puisse prendre facilement le relais d'un autre, le tout à l'échelle de la planète. Il faut donc lancer non pas un seul satellite, mais au moins une vingtaine pour assurer une capacité de continuité sur zones intéressantes. « Et pour cela, les engins doivent être moins chers, de même que les approches de lancement », explique Agnès Salvatori. Ainsi, alors qu'en 2002, le satellite Spot 5 d'Airbus pesait trois tonnes, les nouveaux engins - « qui sont quasiment 100 % français », ajoute cette spécialiste avec satisfaction - disponibles dès 2022, seront dix fois moins lourds - et dix fois plus précis dans les images envoyées. « Le futur nous est largement dicté par la demande commerciale », conclut l'experte chez Airbus, numéro un mondial de la vente de satellites optiques à l'export. Et dans ce domaine, le soutien de Bpifrance en matière de R&D est crucial, pour maintenir l'avance française, face en particulier à la concurrence américaine et chinoise.

Défendre le patrimoine

Une vision que partage Gwénaël Souillé, head of earth observation chez CS Systèmes d'Information (CS SI). Cette société s'appuie sur des compétences éprouvées en systèmes d'observation de la terre, incluant la compréhension fine des données des capteurs d'imagerie. Afin d'être à la pointe des innovations, CS SI a investi depuis quelques années dans les technologies du cloud et du big data, et propose aujourd'hui des composants qui apportent une vraie valeur ajoutée à ses clients. Elles permettent de collecter, puis d'exploiter, grâce à des algorithmes, les données produites. « L'avenir appartient à celui qui possède la donnée », tranche Gwénaël Souillé. Et il tient à ce que la France et l'Europe soient indépendantes d'entreprises étrangères comme les Gafam, qui profitent d'énormes investissements consentis par les Etats... « Ces sociétés captent nos données dans leur cloud et les exploitent, alors qu'il s'agit de notre patrimoine !, s'insurge-t-il. C'est un danger pour l'innovation et la valeur ajoutée chez nous ». Conséquence, la société CS SI s'est attelée, avec le CNES, l'IGN, l'ONERA, Airbus DS, CLS, GEOSAT, QuantCube et Qwant, le tout avec le soutien de Bpifrance, à la mise en place de plateformes de traitement. Le but ? Faire émerger de nouveaux services et de nouvelles applications dans le cadre du programme AI4GEO, autrement dit, l'intelligence artificielle au service de l'information géospatiale. Des plateformes qui serviront à tous les citoyens européens. Et même américains, puisque - ultime reconnaissance de l'excellence française - certaines sociétés de défense, outre-Atlantique, s'intéressent désormais à nos produits...

Cartographier le coronavirus en « live »

Ainsi, les systèmes développés par CS SI sont capables, avec un balayage de ce qui apparaît sur les réseaux sociaux, de développer des applications mobiles citoyennes : cartographie temps réel de la propagation du coronavirus, géolocalisation des essaims d'abeilles sauvages, travail en biodynamie et plantation en fonction des cycles lunaires et planétaires, appréciation de la déperdition d'énergie en milieu urbain... Autant dire que demain, les téléphones portables et autres outils seront encore plus intelligents, de même que les villes.
« Nous adaptons d'ailleurs aujourd'hui des technologies issues des satellites pour les mettre sur des smartphones », précise de son côté Nicolas Frouvelle, head of Newspace business development chez CS SI.

Bref, pour une décision de tous les jours, comme prendre sa voiture électrique en sachant où sont les bornes de recharge sur la route, à des stratégies d'envergure en termes d'urbanisme, d'investissement, de protection des citoyens - inondations, feux de forêt, tremblements de terre..., que les gouvernements ou les entreprises mettront en place, les satellites, et surtout, les données qu'ils collectent, seront clé et feront partie de notre quotidien...

Les startups à la manœuvre

Et dans ce domaine, les startups ne sont pas en reste. Ainsi, un exemple parmi d'autres, Unseenlabs, une jeune pousse créée en 2015, développe et commercialise des services de renseignement grâce à l'exploitation de données émises par des nano-satellites capables d'observer la terre dans le spectre électromagnétique non visible. Basée en Bretagne, la société se concentre pour l'instant sur la localisation de navires dits non-coopérants, ceux qui ne respectent pas les lois de la mer, que ce soit en matière de pêche illégale, de dégazage ou de piraterie...

« L'industrie française a vite saisi l'intérêt du New Space, remarque de son côté Abdelkader Berkane Krachai, spécialiste de l'aéronautique et du spatial à la Direction des filières industrielles de Bpifrance. Et en investissant dans ce segment de marché, notamment dans le domaine des micro-propulseurs, elle a, comme les start-up spécialisées, une longueur d'avance ». Qu'il s'agit bien sûr de conserver. Mais pour l'heure, « nos start-up sont obligées de valider leurs technologies sur des nano-satellites étrangers, et de les lancer en orbite avec d'autres clients », regrette Abdelkader Berkane Krachai. « Cela constitue néanmoins une opportunité pour nos acteurs de se frotter au marché de l'export », ajoute-t-il. A preuve, Exotrail, autre pépite française, a récemment signé un contrat avec AAC Clyde Space, fabricant britannique de nanosatellites, dans le cadre d'un partenariat avec l'opérateur européen Eutelsat. La start-up va fournir les systèmes de propulsion de deux satellites de la future constellation d'Eutelsat. Quant à ThrustMe, autre jeune pousse de l'Hexagone, elle a réalisé, en novembre dernier, une première dans le domaine de la propulsion spatiale. ThrustMe a mis en orbite, pour le compte du fabricant de satellites chinois SpaceTy, le premier satellite doté d'un moteur à iode solide. Un dispositif qui ouvre la voie à des micro-satellites plus faciles à manier, et moins chers...

Le New Space, comme l'Espace traditionnel, revêt donc d'énormes enjeux, « qui sont géopolitiques et de souveraineté, résume Abdelkader Berkane Krachai. Il s'agit de disposer de la garantie d'accéder à l'espace et des moyens capacitaires générateurs des précieuses données que l'on peut récolter de là-haut... »

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