« La gratuité est souvent le choix de la facilité et du court terme »

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Yves CROZET,économiste, professeur émérite à l’université de Lyon (Sciences Po), Laboratoire Aménagement Economie Transports (LAET) et chercheur associé au sein du CERRE (Centre on Regulation in Europe – Bruxelles.
Yves CROZET,économiste, professeur émérite à l’université de Lyon (Sciences Po), Laboratoire Aménagement Economie Transports (LAET) et chercheur associé au sein du CERRE (Centre on Regulation in Europe – Bruxelles. (Crédits : Cecilia Garroni Parisi)
Derrière des initiatives présentées comme citoyennes ou écologiques se cachent parfois des motivations plus troubles, voire de possibles catastrophes économiques. Dernier exemple en date, cinq villes allemandes se posent en porte-étendard de la lutte contre la pollution, en voulant instaurer la gratuité de leurs transports collectifs. Un projet qui cache en réalité une manœuvre destinée à éviter une amende de la Commission européenne, qui souhaite sanctionner la pollution causée par l’usage des véhicules diesel dans ces villes.

Face à la tentation de la gratuité, Yves Crozet réagit avec conviction et dénonce un phénomène trop souvent porté par des ambitions électorales. Selon lui, si la gratuité n'est pas assortie d'une politique contraignante vis-à-vis de la voiture particulière, elle n'a aucun impact.

On entend parler de gratuité des transports. Est-ce un projet réaliste ?

Y.C. : En France, 36 villes ont décidé de proposer la gratuité de tout ou partie de leurs transports en commun. Parmi elles, citons Niort qui est, après Aubagne, la seconde agglomération de plus de 100 000 habitants à pratiquer la gratuité totale. Les autres villes concernées sont de taille plus modeste : Compiègne, Gap, Rambouillet, avec une population de moins de 50 000 personnes. Dans ces villes de petite taille, la gratuité résulte de considérations pratiques et économiques. Les utilisateurs des transports en commun sont peu nombreux, le prix du ticket est faible. Les recettes commerciales couvrent une part très réduite du coût des transports, financés par les impôts et les entreprises. Dans ce cas, offrir un service gratuit est parfois plus simple et moins onéreux que de gérer un système de billetterie et de contrôle. Mais on ne retrouve, dans les transports en commun, que les usagers captifs. L'automobile reste le mode de transport motorisé archidominant.

Le problème se pose lorsque l'on cherche à appliquer l'idée de gratuité dans les grandes agglomérations. Elle est alors présentée comme une solution à tous les problèmes de mobilité urbaine (pollution, congestion, droit à la mobilité...), alors qu'elle n'aurait de sens que comme une composante d'une politique plus globale visant à réduire l'usage de la voiture particulière par un péage, une tarification dissuasive du stationnement, une réglementation contraignante pour les véhicules polluants, etc. Sans cet arsenal, la gratuité est une mesure démagogique car elle ne parle ni des contraintes qui doivent l'accompagner, ni de son coût.

Pour vous, la gratuité des transports a donc nécessairement un coût ?

Y.C. : La gratuité, présentée comme « la solution », est le choix de la facilité et du court terme. En effet, dans les grandes villes, comment financer l'exploitation et l'entretien quotidien d'un réseau de transport sans recettes ? Dans des villes petites, voire moyennes, les réseaux sont de taille modeste et reposent souvent...

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Commentaires
a écrit le 20/08/2019 à 14:00 :
La commission anti- européenne est illégitime.
a écrit le 20/08/2019 à 11:57 :
Pour synthétiser ce n'est pas les transports qui ont un coût mais la pollution!
a écrit le 20/08/2019 à 11:52 :
Pour synthétiser ce n'est les transports qui ont un coût mais la pollution!
a écrit le 09/08/2019 à 19:23 :
"En effet, dans les grandes villes, comment financer l'exploitation et l'entretien quotidien d'un réseau de transport ".
Par les impôts (comme ça, les automobilistes paieront aussi,alors qu'ils ne paient quasiment pas pour l'entretien des routes et des rues).On peut aussi relever la redevance transport(ou maintenir le montant dépensé par les entreprises dans le pass navigo actuellement).On économiserait aussi le 10% du coût total qui représente la billetique.
L'état qui ne dépense quasiment pas d'argent dans les transports publics,peut aussi contribuer,ne serait ce que par la TVA qui récolte 10% du prix du ticket (soit plusieurs centaines de millions d'euros par an en IDF) et qu'il ne récolterait plus.
Quant aux contraintes, là je suis d'accord avec M.Crozet.Il faut instaurer les transports publics gratuits à Paris par exemple et quelques mois après interdire y la circulation des voitures thermiques .Personne n'a prétendu que le transport "gratuit" ,tout seul, ce serait une solution. M.Crozet est de mauvaise foi. Il faut obligatoirement interdire la voiture thermique aussi, pour pouvoir avoir une diminution importante de la pollution et une amélioration de la santé des habitants des grandes villes et favoriser aussi le développement des voies cyclables sécurisées. Les automobilistes n'accepteront jamais d'abandonner leur voiture thermique en ville, s'ils n'ont pas une carotte en échange et le transport public non payant en est une.
Pour terminer, M.Crozet a oublié de mentionner l'agglomération dunquerkoise(plus de 200000 habitants) qui a instauré les transports publics gratuits depuis Septembre 2018 et ça marche très bien.Avec des bus équipés de wifi et désodorisant et que dans quelque temps,seront remplacés par des bus électriques.
Je rajoute qu'en moyenne,les transports publics,sont financés seulement à 20% par les tickets,y compris en région parisienne.
a écrit le 09/08/2019 à 18:44 :
Je remarque simplement qu'en bas de l'article,c'est signé Keolis,la filiale à 70% de la SNCF.Donc,ce M.Crozet apparemment travaille pour le lobby des transports(SNCF,Ratp ,Transdev-Veolia).Ce lobby est tout naturellement contre la gratuité des transports,car ça diminue la possibilité de gagner de l'argent tout en étant grassement subventionné par les collectivités locales et les employeurs.En Angleterre, où Keolis est implanté,les anglais dépensent 14% de leur budget,en transport,contre seulement 2% en France.Et les transporteurs privés sont largement subventionnés par l'état anglais.
a écrit le 09/08/2019 à 15:34 :
"si la gratuité n'est pas assortie d'une politique contraignante vis-à-vis de la voiture particulière"

Discours de quelqu'un qui n'a pas de voiture sinon il comprendrait de suite que les contraintes liées à l'automobile sont énormes et en permanente augmentation. alors que ous avons un baril à un prix très bas et pourtant un GO à plus de 1.40 euro.

"En effet, dans les grandes villes, comment financer l'exploitation et l'entretien quotidien d'un réseau de transport sans recettes ?"

Et le service public ça vous dit quelque chose ? Ah ben non c'est vrai ça ne doit plus que servir à alimenter les paradis fiscaux des mégas riches, désolé j'oubliais que nous étions en UERSS, empire prévu pour durer mille ans.

La contrainte, rien de mieux voyons !
a écrit le 09/08/2019 à 15:04 :
ah c'est gratuit?
les chauffeurs ne sont pas payes, les gens qui entretiennent les bus et les trams ne sont pas payes, ca ne coute rien en investissements, tout le monde est benevole, c'est ca?

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