Les villes face à l’urgence du défi climatique

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(Crédits : Médiathèque VEOLIA - Christophe Majani D'Inguimbert.)
Si elles sont responsables de près des trois quarts des émissions de CO2, les villes sont aujourd’hui les premières à payer les conséquences du réchauffement climatique. Si la pandémie a accéléré cette prise de conscience, les plans de relance pourraient offrir une opportunité historique de mettre en œuvre rapidement de nombreuses solutions efficaces et bénéfiques pour les territoires…

Dans le monde entier, les grandes métropoles sont plus que jamais en première ligne de la lutte contre le dérèglement climatique. Et pour cause : à elles seules, elles contribuent à plus de 70 % des émissions de CO2 , à la fois par leur forte concentration d'activités économiques et par leurs besoins énergétiques grandissants pour les transports, les logements et les infrastructures. En même temps, les zones urbaines sont confrontées à la nécessité de mettre en œuvre rapidement des solutions d'adaptation pour limiter les effets des épisodes de canicule, anticiper les pénuries d'eau mais aussi prévenir et gérer crues et inondations.

En France comme ailleurs, cette réalité n'a jamais été aussi concrète qu'aujourd'hui : la crise sanitaire, les records de chaleur et les inondations de la vallée de la Roya l'an passé ont eu l'effet d'un électrochoc sur l'opinion publique. Selon une étude du cabinet Elabe en exclusivité pour La Tribune, 88 % des Français sont désormais convaincus de l'urgence à agir pour le climat. « La pandémie a été un accélérateur de prise de conscience. Le Green Deal européen et les plans de relance nous offrent une opportunité historique pour accélérer la transformation écologique et mener les villes vers la neutralité carbone », analyse Jean-Christophe Taret, directeur de la stratégie de Veolia.

Des solutions de décarbonation ...

Car si l'objectif à atteindre est vertigineux (- 40 gigatonnes de CO2 en 2050), il est prouvé que les solutions portées par les secteurs de l'énergie et de l'environnement pourraient éviter 29 % des émissions d'ici trente ans, sans pour autant ni remettre en cause nos modes de vie ni exiger des efforts inconsidérés des différentes parties prenantes. Mieux, elles permettront de générer rapidement des emplois locaux qualifiés et participeront à l'attractivité des territoires à court terme. En milieu urbain, de nombreuses solutions ont déjà fait leur preuve et n'attendent qu'à être développées à grande échelle pour multiplier leur formidable pouvoir de décarbonation. À commencer par la performance énergétique des logements, des bureaux et des lieux accueillant du public, qui représente 39 % des émissions de gaz à effet de serre à l'échelle planétaire. « La transformation énergétique et écologique ne pourra réussir sans que l'on ne s'attaque avec vigueur et détermination au secteur des bâtiments » poursuit Jean-Christophe Taret.

En pilotant et en optimisant les installations de chauffage et d'électricité de tous types d'immeubles publics ou privés, il est désormais aisé de conserver un niveau de confort satisfaisant tout en réduisant drastiquement la facture énergétique. À l'hôpital Illawarra de Sydney, près de 20 % d'économies d'énergie sont réalisées chaque année grâce à la connexion au centre de pilotage Hubgrade. Deuxième axe prioritaire, l'économie circulaire permet d'ores et déjà aux villes de limiter considérablement leurs émissions carbonées. Dans la métropole du Mans, les déchets ménagers alimentent 18 000 logements en énergie renouvelable (chauffage et eau chaude) tandis qu'à Lille et à Roubaix, ce sont 70 000 foyers qui bénéficient de cette énergie verte bon marché. Le recyclage des bouteilles en plastique PET permet quant à lui de réduire les émissions de CO2 de 70 % tout en économisant près de 31 000 tonnes de pétrole chaque année...

... Et d'adaptation

En parallèle, les villes doivent anticiper les risques de plus en plus élevés de stress hydrique, de crues ou encore d'ouragans. Là encore, de nombreuses solutions éprouvées pourraient être rapidement mises en place de façon pérenne. Si l'on sait aujourd'hui parfaitement traiter les eaux usées, la France ne réutilise par exemple aujourd'hui que 0,6 % de ses eaux pour l'agriculture quand les Espagnols en recyclent déjà 14 %... « Nous sommes aujourd'hui face à des choix qui peuvent changer la société en profondeur. La locomotive est en marche, nous avons encore la possibilité de changer la donne, mais il faut agir maintenant », conclut Jean-Christophe Taret.

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Echange avec Céline Ramstein, spécialiste du changement climatique à la Banque Mondiale

Veolia

Peut-on débloquer des fonds pour le climat comme cela a été fait dans le cadre de la crise sanitaire ?

Lutter contre la pandémie a été la priorité absolue. Mais les effets du réchauffement s'aggravent et frappent durement les plus pauvres. Il est donc crucial que les stratégies de sortie de la crise sanitaire, économique et sociale accélèrent également la transition vers un avenir résilient et sobre en carbone pour le bien des peuples et de la planète. De tels investissements permettraient aussi de réduire les coûts liés à la pollution et aux catastrophes naturelles plus intenses et créeraient des emplois. Depuis 2015, le Groupe de la Banque Mondiale a mobilisé 83 milliards de dollars pour des financements climat et prévoit de dépasser ce montant d'ici 2025.

48 % des Français se disent opposés à la fiscalité carbone : quel sera le prix à payer pour les consommateurs ?

Les taxes carbone, et plus généralement les politiques qui contribuent à envoyer un « signal prix » sur le carbone (comme la suppression des subventions aux énergies fossiles), peuvent être des outils efficaces. Mais elles doivent être équitables et associées à des mesures facilitant la transition, en particulier pour les plus vulnérables. Nous travaillons avec les pays pour réussir cette « transition juste pour tous ».

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Commentaires
a écrit le 18/02/2021 à 12:35 :
Plutôt que d'urgence climatique, on devrait parler de fatalité climatique, ce serait plus honnète intellectuellement. Mais ça mettrait sans doute pas mal de monde au chômage ?
a écrit le 18/02/2021 à 11:43 :
"Echange avec Céline Ramstein, spécialiste du changement climatique à la Banque Mondiale"

Pourtant Ramstein c'est pas les plus économe en carbone hein !? :-)

"frappent durement les plus pauvres"

Les riches respirent le même air pourtant ! C'est juste qu'ils ont oublié qu'ils étaient humains.

Sinon les villes n'y sont pour rien et leurs habitants encore moins, ce sont ceux qui se font des milliards dessus qui le sont, dommage de sans arrêt passer à côté des principaux destructeurs de notre monde et de son humanité parce que si on ne lesi nterpelle jamais, jamais ils ne se sentiront concernés puisque se défausser de toute responsabilité est une de leurs priorités.

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