L’Amérique à l’assaut de l’Europe : les manœuvres s’accélèrent dans les télécoms

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Le patron d'AT&T, Randall Stephenson, a profité de sa visite à Davos pour rencontrer en privé la commissaire européenne Neelie Kroes afin d'évoquer ses projets d'expansion.
Le patron d'AT&T, Randall Stephenson, a profité de sa visite à Davos pour rencontrer en privé la commissaire européenne Neelie Kroes afin d'évoquer ses projets d'expansion. (Crédits : Reuters)
Le géant américain du câble Liberty Global met la main sur le néerlandais Ziggo pour 10 milliards d’euros. AT&T vient de déclarer qu’il ne ferait pas d’offre sur Vodafone, ce qui l’engage pour six mois. Les spéculations continuent d’aller bon train dans le secteur.

L'Europe, terrain de jeu préféré des opérateurs étrangers aux envies de fusion et acquisition ? Après Carlos Slim et ses emplettes de plusieurs milliards d'euros en 2012 (KPN aux Pays-Bas et Telekom Austria), un autre milliardaire multiplie les rachats dans les télécoms en Europe : le magnat américain du câble John Malone. Son groupe Liberty Global, le plus grand câblo-opérateur international, présent dans 14 pays dont 12 européens, annonce ce lundi l'acquisition pour 10 milliards d'euros, en actions et en cash, de Ziggo, « câblo » néerlandais qu'il va fusionner avec sa filiale locale UPC. Dans le même temps, le géant américain AT&T vient de déclarer ce lundi, à la demande des autorités boursières britanniques et à la suite de rumeurs, qu'il n'avait pas l'intention de lancer d'OPA sur Vodafone. Du moins pour l'instant. Cette annonce l'engage pour six mois mais ne met absolument pas un terme aux spéculations sur une entrée sur le marché européen du mastodonte américain, qui pèse en Bourse 147 milliards de dollars, cinq fois plus qu'Orange (24 milliards d'euros) et plus du double de Deutsche Telekom (56 milliards).

Vodafone, pièce maîtresse du puzzle de la consolidation

En effet, le patron d'AT&T, Randall Stephenson, n'a pas caché que l'Europe constituait pour lui « une énorme opportunité » : il cherche un opérateur paneuropéen, de préférence sans Etat actionnaire, ce qui exclut Orange et Deutsche Telekom. Il a même profité du sommet de Davos la semaine dernière pour discuter de ses projets d'expansion avec Neelie Kroes, la commissaire européenne au numérique, a révélé Skynews. En juin dernier, la rumeur a circulé d'une offre à 70 milliards d'euros de l'Américain sur Telefonica qui aurait été bloquée par le gouvernement Rajoy ; l'opérateur ibérique avait toutefois assuré n'avoir reçu « aucune offre ni marque d'intérêt écrite ou verbale. » La piste Vodafone court depuis que le britannique, qui n'a pas d'actionnaire de référence, a commencé à discuter avec Verizon de la vente de ses parts dans leur co-entreprise Verizon Wireless : il doit ainsi récupérer le mois prochain 130 milliards de dollars de cette cession qui va simplifier les choses pour AT&T et en faire une proie plus facile. L'avenir de Vodafone est une pièce maîtresse du puzzle de la consolidation en Europe : l'opérateur britannique, déjà présent dans de nombreux pays du Vieux Contient, notamment en Allemagne, en Espagne, en Italie, ainsi qu'en Afrique et en Inde, participe lui-même à ce mouvement de concentration et cet apport d'argent frais, dont une partie sera reversée aux actionnaires, lui servira aussi à de nouvelles acquisitions.

Les câblo-opérateurs très prisés

Vodafone a racheté Kabel Deutschland l'an dernier pour 7,7 milliards d'euros et aurait maintenant des visées sur le câblo espagnol ONO, dont la valorisation est estimée à plus de 6 milliards d'euros (dette comprise). Les acteurs du câble, qui dopent leur activité en rénovant leurs réseaux avec de la fibre optique, sont très prisés depuis quelques mois en Europe, les opérateurs mobiles sans infrastructures fixes y voyant un moyen rapide de devenir « convergents. » L'ex-patron de Deutsche Telekom, René Obemann, avait quitté de son propre chef le groupe pour diriger Ziggo au 1er janvier afin d'être plus opérationnel et aux commandes d'une grosse startup : il ne sera resté directeur général que quelques semaines car il vient de déclarer qu'il ne resterait pas à l'issue du rachat du câblo par Liberty Global. La fièvre acheteuse de John Malone a aussi accentué la pression et fait grimper les prix : le groupe américain a racheté le britannique Virgin Media pour 24 milliards de dollars l'an dernier, après avoir pris le contrôle du belge Telenet et de l'allemand Unity Media en 2010. L'entrée en Bourse du français Numericable à l'automne tient aussi à la spéculation d'une probable opération, fusion avec SFR ou rachat par un acteur étranger. Le premier actionnaire de Numericable, Altice, le groupe de Patrick Drahi, qui s'apprête à entrer en Bourse à Amsterdam, entend lui aussi poursuivre les acquisitions en Europe, où il est présent en Belgique, au Portugal. 

Une fusion Orange-Deutsche Telekom après ?

Enfin, dans ce puzzle de la concentration en Europe, se pose la question d'un éventuel mariage entre Orange et Deutsche Telekom. L'idée continue d'avoir ses supporters, des deux côtés du Rhin, jusqu'à Bercy. Mais là aussi, les Américains ont indirectement voix au chapitre car l'opérateur allemand semble bien parti pour vendre sa filiale T-Mobile USA, le numéro quatre du marché, convoité par le numéro trois, Sprint, racheté par le japonais SoftBank. Ses 67% dans T-Mobile USA, coté depuis sa fusion avec l'opérateur régional américain MetroPCS, valent 16 milliards de dollars à eux seuls : trois ans après l'échec de la vente de sa filiale à AT&T, sur une valorisation proche de celle d'aujourd'hui dette comprise, l'opérateur allemand pourrait enfin solder son aventure américaine et revenir se concentrer sur son fief européen. Un dirigeant d'Orange confie que « si Deutsche Telekom sort de T-Mobile USA, un mariage entre égaux redevient possible », l'écart de capitalisation entre le français et l'allemand étant aujourd'hui trop important.

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Commentaires
a écrit le 28/01/2014 à 11:43 :
de l'Europe vont enfin permettre sa conquete par les américains, puis ce seront les chinois et enfin les sud américains. Les européens sont gangrénés par l'administration comme la France l'est par l'ENA qui sort chaque année une promotion qui mange au ratelier de l'Etat et qui ne paie pratiquement pas d'impots

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