« Numericable et SFR, la convergence câble-mobile c’est le sens de l’histoire »

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Patrick Drahi, le premier atrionnaire d'Altice, et Eric Denoyer, le directeur général de Numericable.
Patrick Drahi, le premier atrionnaire d'Altice, et Eric Denoyer, le directeur général de Numericable. (Crédits : Reuters)
Les dirigeants du câblo-opérateur ont défendu la logique de leur projet de fusion avec le numéro deux français du mobile pour créer un champion français du très haut débit. Ils estiment les synergies à 1 milliard d’euros de cash flow opérationnel par an.

Une dizaine de photographes, des caméras de télévision et une trentaine de journalistes se sont pressés ce lundi à la conférence de presse de Numericable pour écouter celui dont tout le monde parle depuis plus d'une semaine et qui fuit habituellement les feux de l'actualité : Patrick Drahi, le premier actionnaire d'Altice, la maison-mère de Numericable. Resté plutôt discret dans la bataille pour emporter SFR jusqu'au dénouement, vendredi, lorsque Vivendi a préféré son offre à celle de Bouygues, le magnat du câble, méconnu du grand public, a dû répondre aux attaques sur son statut fiscal suisse et aux demandes des ministres, Arnaud Montebourg, puis Fleur Pellerin, sur le rapatriement de ses biens en France. Il a surtout pris le temps de défendre la logique de son projet, sur les plans industriel et technologique: « nous allons créer ici un champion national, un champion européen en associant deux entreprises magnifiques aux parcours différents mais très complémentaires.» 

« L'avenir du mobile c'est le fixe »

Avec le mariage de SFR et Numericable, « c'est l'avenir des télécoms en France qui est assuré » affirme Patrick Drahi. Et l'actualité est venue servir son propos à point nommé :

 « Nous ne sommes plus à l'âge du haut débit des années 2000 mais à celui du très haut débit. C'est le sens de l'histoire. Je ne suis pas le seul à le penser. Hasard du calendrier, Vodafone, le premier opérateur mobile européen, annonce aujourd'hui le rachat du câblo-opérateur espagnol ONO [pour 7,2 milliards d'euros], il a fait la même chose en Allemagne il y a quelques mois [en rachetant Kabel Deutschland]. C'est bien de la convergence câble-mobile. C'est ce qu'il se passe partout dans le monde, au Portugal, en Israël... »

Le patron d'Altice, holding où il a logé tous ses actifs de télécoms, ses 40% dans Numericable, le câblo belge Coditel et le portugais Cabovisao, l'israélien Hot, Outre-Mer Telecom, la filiale d'Orange en République dominicaine qu'il vient de racheter, reconnaît que « le câble est sous-pénétré en France », sa part de marché étant faible dans le haut débit, un peu plus de 5% contre 40% en Allemagne, au Portugal et même 60% en Espagne. Sa conclusion : « l'avenir du mobile c'est le fixe, c'est une certitude technique, scientifique » a-t-il lancé. L'idée de cette convergence est d'interconnecter les antennes-relais de SFR avec le réseau du câblo pour assurer la collecte (backhaul) afin d'améliorer les débits et de devenir un « réseau maillé fibre », mais aussi d'interconnecter le réseau fixe ADSL de SFR et celui du câblo (fibre optique et câble coaxial) : « c'est facile à interconnecter et cela va créer un magnifique réseau intégré » selon Eric Denoyer, le directeur général de Numericable.

Simplifier les offres mobiles de SFR

Patrick Drahi a relevé que « le mobile ne représente déjà plus que 60% du chiffre d'affaires de SFR, contre 80% il y a deux ans avant le tsunami Free Mobile et cette part va encore baisser. L'ensemble combiné SFR Numericable est donc une grosse entreprise de fixe qui fait du mobile. » Or dans le mobile, l'objectif sera de simplifier les offres commerciales et le parcours client : « quand vous avez 20.000 offres qui évoluent tous les matins, c'est très compliqué. Quand tout est compliqué, ça coûte cher en dépenses informatiques, et cela n'apporte rien aux clients » a fait valoir Patrick Drahi. Voilà les sous-traitants et fournisseurs informatiques de SFR prévenus. «Quand on est arrivé chez Numericable il y avait 450 offres, on les appelait par des numéros, c'était un menu chinois ! » L'équipe a tout remis à plat: « cela s'appelle le courage, il a fallu prendre des décisions parfois difficiles. » Avis aux équipes marketing du mobile chez SFR… L'objectif est aussi de développer de nouvelles offres convergentes fixe-mobile.

Migrer 20% à 30% des clients ADSL de SFR

Les dirigeants de Numericable ont martelé qu'il n'y aurait pas de hausse des prix, ni dans le mobile, où ils sont « les plus bas du monde et il faut en remercier nos concurrents », ni dans le haut et très haut débit.  Dans le fixe, où le nouvel ensemble deviendra numéro deux devant Free avec 7 millions de clients, pas question non plus de « migrer 5 millions de clients » ADSL de SFR sur le réseau de Numericable : l'objectif est d'en faire basculer environ « 20% naturellement. Pour le reste, on fera de la conquête, puisque chaque année 15% à 20% des clients changent d'opérateur ADSL » en proposant « le meilleur produit à des prix qui resteront raisonnables. C'est vrai que chez Noos en dessous de 75 euros vous n'aviez rien ! Chez Numericable c'est 41 euros… En France, le 29,90 euros c'était le temps des cerises, aujourd'hui le prix moyen c'est plutôt 38 euros ! » a souligné Patrick Drahi.

Il faisait référence à l'ARPU, le revenu moyen par abonné, qui est inférieur à 33 euros chez SFR dans le fixe contre 36 euros chez Iliad (Free) et même plus de 38 euros pour les abonnés à la Freebox Revolution. Numericable compte donc augmenter cet ARPU de SFR mais sans augmenter les prix, le problème venant selon lui du fait que « SFR ne propose pas d'options à valeur aujourd'hui. » De quoi faire remonter les marges opérationnelles à un niveau plus proche de celles du câble : l'objectif est 40% en consolidé à terme.

Disparition de la marque Numericable

Les abonnés ADSL de SFR qui basculeront sur le réseau de Numericable ainsi que les nouveaux abonnés du groupe né de la fusion auront la Box Numericable (conçue par le français Sagemcom) mais sous la marque SFR. Les dirigeants du câblo ont en effet confirmé leur intention de faire disparaître la marque Numericable, moins connue et moins puissante que celle de la filiale de Vivendi : les 140 boutiques du câblo ne vont pas fermer mais passeront à la marque SFR qui deviendra « progressivement la seule marque » a expliqué Eric Denoyer : « il y aura une période de transition de co-branding, il ne faut pas perdre le consommateur dans un changement mal accompagné. » Economies à la clé : les campagnes de publicité pour la marque Numericable vont cesser.

Etre plus fort contre Orange sur le marché des entreprises

En joignant les forces de Completel, la filiale BtoB du groupe Numericable, à celles de SFR Business Team, le câblo passera de 9% à 20% de part de marché, SFR n'ayant pas progressé depuis deux ans. Il espère « être plus efficace et gagner des points de part de marché », en visant les 30% en 2017. « Le marché des entreprises reste sclérosé, plus de 70% est aux mains d'Orange, c'est un marché de 6,5 milliards d'euros assez peu compétitif, où de nombreux petits acteurs comme Colt, BT, se font concurrence entre eux » analyse Patrick Drahi. Il observe que Completel ne répond qu'à 35% des appels d'offres, faute d'équipes suffisantes : « nous créerons des emplois d'ingénieurs commerciaux » affirme-t-il.

Pas de suppressions d'emplois

« Ce mariage va créer de la croissance, avant de créer des économies, dans le marché résidentiel et dans le marché entreprises » a souligné Eric Denoyer. Il n'entraînera « aucun impact social négatif » affirme l'acquéreur, qui s'est déclaré « très heureux » d'avoir pris des engagements sur l'emploi, de toute façon nécessaire selon lui pour mener à bien son projet de croissance. En matière de centres d'appel, « nous n'avons aucune volonté d'aller couper les coûts en délocalisant, c'est une stratégie du passé » a déclaré le directeur général, insistant sur « la valeur du service client » et la proximité.

Synergies d'un milliard d'euros par an

Toutefois, le rapprochement doit aussi produire d'importantes synergies industrielles et commerciales. « Ce ne sont pas des synergies calculées en deux minutes un samedi matin » a lancé Patrick Drahi, une pique à son rival Bouygues, « elles ont été étudiées depuis longtemps. » Après la polémique sur des montants surgonflés et difficiles à atteindre (d'abord 6 milliards puis 12 milliards évoqués), le patron d'Altice est revenu sur une estimation plus simple : 1 milliard d'euros en cash flow opérationnel par an - « le reste c'est le blabla d'analystes financiers qui calculent une valeur actualisée nette de plus de 10 milliards d'euros. » La plus large part viendra de l'optimisation des achats ainsi que des dépenses marketing et de l'informatique (280 millions d'euros par an d'économies sur l'excédent brut d'exploitation), ensuite viendront le transfert partiel des clients ADSL, les services en plus et la conquête commerciale dans le fixe (210 millions d'euros par an) et le redéploiement des forces commerciales sur le marché entreprises (145 millions d'euros) et enfin l'optimisation des réseaux (95 millions). L'accord de mutualisation des réseaux mobiles conclu entre SFR et Bouygues Telecom fin janvier sera d'ailleurs maintenu.

« Investir mieux c'est investir plus »

Dans ce domaine de l'optimisation des réseaux, ce sera surtout des économies d'investissement (160 millions d'euros par an), même si Numericable promet une « accélération du déploiement de la fibre » mais pas forcément en fibre jusqu'à l'abonné (Ftth). Quant à l'accord d'investissement en Ftth conclu en 2011 par SFR avec l'ex-France Télécom, « il va falloir s'asseoir à la table de discussions avec Orange pour en faire plus avec le même argent. » Patrick Drah a d'ailleurs lancé le slogan « investir mieux c'est investir plus. » Dans ces estimations de synergies, ne figure pas « un réservoir de synergies commerciales additionnelles colossal », sachant que le nouvel ensemble espère enregistrer une croissance de 2% à 5% de son chiffre d'affaires par an, quand SFR enregistre un recul depuis deux ans et Numericable est quasi stable.

Pas de LBO : de la dette bancaire sans contrainte

S'il n'a pas livré tous les détails sur le montage financier de l'offre, le patron d'Altice a tenu à clarifier certains points soulevés par ses détracteurs : à la différence des précédents rachats qu'il a effectués avec un fort effet de levier en LBO (leverage buy-out) notamment celui de Numericable, les 8 milliards d'euros de dette que le câblo va lever sur le marché pour verser les 11,75 milliards d'euros en cash à Vivendi, sont « de la dette bancaire sans covenant, sans contrainte de niveau maximum d'investissement par exemple » : c'est à ses yeux, l'équivalent d'une reprise de dettes de 6 milliards de SFR, refinancées. « Nos contrats sont ficelés avec les banques, l'argent est sur la table, le financement est 100% garanti » a-t-il assuré. Il a dit d'ailleurs n'avoir « personnellement aucun doute » sur la signature d'un accord final avec Vivendi d'ici à la fin mars, voire avant. La maison-mère de SFR bénéficiera d'une « garantie de liquidité absolue » de ses 32% du capital du nouvel ensemble : « Numericable est déjà en Bourse, pas dans deux ans, Vivendi pourra sortir au moment où elle le souhaite, il n'y pas de calendrier. » Un point dont on sait qu'il a beaucoup séduit le conseil de surveillance de Vivendi.

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Commentaires
a écrit le 21/03/2014 à 4:07 :
la france arrive a une dictateure
de plus en plus il yavait mr v et voila mr m
a écrit le 21/03/2014 à 0:38 :
Non, le sens de l'histoire, c'est la convergence Fibre-Mobile.
a écrit le 19/03/2014 à 9:17 :
Ca plait pas à Montebourg: pan ! UN contrôle fiscal pour Mr Drahi, un !!!
a écrit le 18/03/2014 à 21:54 :
Pourquoi migrer d'un réseau ADSL relativement fiable vers un réseau câblé peu fiable et coûteux à entretenir (par la multiplication d'amplificateurs sur le trajet du signal)? Combien coûte le réseau de Numericable à la collectivité (notamment au regard du grand emprunt de Nicolas Sarkozy) sans même fournir de fibre optique à l'abonné (plutôt un vulgaire coaxial)?
a écrit le 18/03/2014 à 14:14 :
Décidément, les français ont une conception de la propriété des entreprises proche de celle des nord-coréens. Est-ce au nom du "socialisme national montebourgeois" que les actionnaires contrôlant une entreprise française devraient rapatrier leurs capitaux personnels en France? Drahi n'habite plus en France depuis belle lurette et la structure multinationale de son patrimoine lui permet d'etre présent sur le marché français tout en se protégeant du délire fiscal d’états prédateurs comme la France. Beaucoup de d'entrepreneurs et d'investisseurs ont compris que pour réussir sur le marché français il leur fallait détenir les passeports d'au moins deux pays (dont un hors UE), résider fiscalement dans un troisième et contrôler leurs participations au travers de sociétés holding faisant office de fusible au cas d'emballement de la pression fiscale ou politique, une occurrence très fréquente en France sous les gouvernements de droite comme de gauche. C'est une des beautés de la globalisation et c'est du simple bon sens.
Réponse de le 18/03/2014 à 15:56 :
Sauf que les peuples ne sont pas dupes. S'ils veulent avoir accès au marché français, il faudra bien un jour ou l'autre que ces milliardaires en payent le prix.
a écrit le 18/03/2014 à 12:44 :
J'ai pas du tout comprendre. Il y a quelques mois, quelques semaines, on nous disait que l'avenir du fixe c'était le mobile... A savoir: avec la 4G, et à terme la 5, les débits étaient annoncés supérieurs aux possibilités du câble (cuivre -(fibre=prix irraisonnable)). Aujourd'hui tout serait inversé ???... à moins que ce ne soit qu'un "slogan"...
a écrit le 18/03/2014 à 7:59 :
Numericable ? Ils sont nuls. Toujours en panne. Réclament des chèques déjà payés et t'obligent à appeler leur service commercial pourri.
Aucune cohésion.
J'ai eu assez de mal à me sortir de cette galère, je ne risque pas d'y remettre les pieds.
a écrit le 18/03/2014 à 7:49 :
Pauvre France avec un etat composé de gamins à l ego surdimensionné....jusqu au bout ils auront essayé de grapiller qqchose pour sauver la face...incompetence et corruption les deux mamelles de la France...
a écrit le 18/03/2014 à 7:47 :
Bla... bla... je résilié mon contrat sfr. Hors de question de donner mon fric a un patron exile fiscal et une entreprise non domiciliée en France.
Réponse de le 18/03/2014 à 9:19 :
Si tu respectes cette règle, tu va devoir changer pas mal d'habitudes de ta consommation alors mon cher Jo... ;-)
Réponse de le 18/03/2014 à 10:01 :
Pas tant que cela. Il est très facile de trouver des produits français équivalents à ce qui se vend à l'étranger : slip français, pétrole hahn, vigor, elgydium (dentifrice), ekocafé (machine expresso), et j'en passe.
Réponse de le 18/03/2014 à 18:46 :
ca marche presque... pétrole hahn a eu chaud quand ils ont été chez P&G, mais ils s'en sont sortis... Par contre, pour vigor, c'est raté, spotless est devenu un LBO de BC partners maintenant... en cherchant un peu tu va surement trouver aussi des cotons tiges et des serviettes hygiéniques... Mais pour le reste, ca va rester sport :-)
a écrit le 17/03/2014 à 23:26 :
Et je vous parle mêmes pas des sous traitants et fournisseurs qui vont trinquer eux aussi ... Mais c'est pas graves on aura nos chinois pour faire baisser les prix des Entreprises Françaises
a écrit le 17/03/2014 à 21:44 :
Pas d'augmentation. Client câblé, mon abonnement a augmenté de 20% en 5 ans !!! Pas de délocalisation...client triple play, c'est des plateformes made in Maghreb qui vous appelle entre midi et 2 !!!!
Bien sur que les prix vont augmenter !!! Quand on a de gros crédits à rembourser et qu'on commence à parler synergies, y a que des benêts pour avaler l'histoire des économies marketing et les mega synergies d'interconnexion !!! Quand le banquier va demander les sous, restera la bonne vieille méthode, hausse des prix et...ajustement de la masse salariale (vive la méthode de la charrette ).
a écrit le 17/03/2014 à 21:41 :
Sauf que Nu.. est en position ultra monopoliste dans le câble ... Ce qui ne semble gêner personne à la DDPP (ex - DDCCRF)
Comme quoi la concurrence est une idéologie à géométrie variable ...

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