Un rachat de Bouygues Telecom ? Orange ne serait pas contre !

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L’opérateur historique discuterait avec Bouygues du rachat de sa filiale, selon les Echos. Une telle opération, soutenue par le syndicat CFE-CGC, poserait pourtant d’importants problèmes concurrentiels.

A défaut de mariage avec SFR ou avec Free, Bouygues Telecom serait racheté par Orange ? Ce scénario jusqu'ici impensable a d'abord été évoqué ce jeudi par les représentants syndicaux de la CFE-CGC, dans une lettre ouverte au Premier ministre. L'opération permettrait selon eux « d'éviter les licenciements » chez Bouygues Telecom qui projetterait de supprimer 1.500 à 2.000 emplois sur 9.000, et de « rajeunir la pyramide des âges » de l'opérateur historique (165.000 personnes dont 102.000 en France) dont les effectifs fondent de de près de 5.000 par an du fait des départs naturels. Or selon Les Echos, l'ex-monopole, détenu à 27% par l'Etat, serait bien en discussions avec Bouygues en vue du rachat de sa filiale télécoms. Le PDG d'Orange ne dément pas : 

« On évalue nos options, mais personne ne m'a demandé du côté de l'Etat d'étudier le rachat de Bouygues Telecom», a précisé Stéphane Richard aux Echos». 

En soirée, le groupe Orange a réagi dans un communiqué laissant la porte ouverte à une éventuelle opération.

« Orange estime qu'une consolidation du marché mobile français serait positive à long terme tant pour l'investissement que pour le consommateur. Orange explore les opportunités qu'offre la recomposition en cours du paysage français des télécoms, tout en rappelant que sa position de leader lui permet une totale indépendance. Orange agira dans le seul intérêt de ses actionnaires, de ses salariés et de ses clients et sera particulièrement attentif à la création de valeur et aux risques juridiques d'une éventuelle opération. »

 

« Nous ferons trois opérateurs » a dit Montebourg

Pourtant, il y a deux mois, le même Stéphane Richard déclarait que son groupe était « trop gros » pour participer au mouvement de concentration du secteur en France. Le rachat de SFR par Numericable, l'impasse stratégique de Bouygues et la volonté déterminée du ministre de l'Economie, du Redressement productif et du Numérique, Arnaud Montebourg de voir le marché de la téléphonie mobile revenir à trois opérateurs l'ont-il fait changer d'avis ? Mardi, le ministre a en effet déclaré sans ambigüité qu'il ne démordait pas de cet objectif. 

« Nous nous sommes battus pour qu'il y ait un retour à trois opérateurs [...] et nous y arriverons, nous ferons trois opérateurs capables d'investir qui cesseront de détruire de l'emploi, s'entretuer pas seulement dans les colonnes des journaux mais également dans des batailles spéculatives, pour enfin construire avec l'Etat une stratégie de révolution numérique » a déclaré Arnaud Montebourg à un colloque sur le très haut débit organisé par l'Avicca. 

Arnaud Montebourg avait aussi publiquement invité Martin Bouygues à marier sa filiale à un autre acteur, lundi, en marge d'un déplacement en Haute-Savoie.

« Il est parfaitement possible aujourd'hui à deux opérateurs de fusionner et monsieur Bouygues est parfaitement en mesure d'imaginer des solutions avec d'autres que SFR. Je l'y invite, il le sait, je le lui ai dit » a déclaré le ministre lundi.

Réflexion stratégique en cours chez Bouygues Telecom

L'initiative en reviendrait à Martin Bouygues selon Les Echos. Pourtant, le directeur financier de groupe de BTP a déclaré jeudi soir lors de la conférence téléphonique de présentation des résultats du premier trimestre que Bouygues Telecom avait les moyens de rester indépendant, sans écarter d'autres scénarios :

 

« Bouygues reste évidemment attentif à l'évolution du secteur des télécoms en France. Cette évolution conduit tous les opérateurs du marché à réfléchir à toutes les hypothèses et opportunités. Bouygues réaffirme que sa filiale Bouygues Telecom est en mesure de poursuivre sa stratégie » stand alone » a déclaré Philippe Marien le directeur financier de Bouygues jeudi soir. 

Bouygues Telecom vient d'annoncer en comité central d'entreprise ce jeudi le lancement d'une « réflexion stratégique » sur son modèle économique et son organisation qui devrait aboutir en juin, les conséquences sociales de son plan de transformation, qui prévoit « un nouvel objectif d'économies de 300 millions d'euros par an à partir de 2016. » L'opérateur doit « se réinventer un avenir seul, en tout cas pour le moment, en simplifiant l'organisation, les offres, car nos coûts sont trop lourds » décrypte une source interne bien informée.

Cession du réseau à Free ?

« Ce sont des fuites téléguidées du cabinet de Montebourg » avance un proche du dossier. « La rumeur circule depuis dix jours. J'étais très sceptique mais des banquiers m'ont affirmé que le sujet était étudié » confie un dirigeant d'opérateur. On voit pourtant mal comment un tel rachat du numéro trois par le grand leader, créant un nouvel ensemble pesant plus de la moitié du marché mobile et 45% du marché fixe, ne serait pas bloqué par l'Autorité de la concurrence, alors que le même gendarme avait signifié à Free qu'il ne pourrait pas racheter le numéro deux, SFR, en novembre 2012. Selon Les Echos, Bouygues envisagerait alors de céder son réseau et ses fréquences à Free, pour 1,8 milliard d'euros comme il s'y était engagé en cas de rachat de SFR. Voire davantage : une partie des clients, dans le fixe notamment, peut-être aussi. « Il y aurait des remèdes, des demandes de céder des pans entiers d'activité mais ce ne serait pas pour autant impossible » assure une source du dossier.

 « Je ne veux pas engager Orange dans une aventure », a d'ailleurs indiqué Stéphane Richard aux Echos.

Plusieurs scénarios seraient en fait à l'étude, allant du rachat à la mutualisation des réseaux mobiles, en passant par un accord de gros dans le fixe. Il reste aussi la question de la valorisation. Les analystes d'UBS valorisent Bouygues Telecom à 4,4 milliards d'euros, jugeant Iliad (Free) l'acheteur le plus crédible. Les estimations des experts financiers tournent autour de 4 et 6 milliards d'euros. L'hypothèse Orange devrait rebattre les cartes.

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a écrit le 16/05/2014 à 10:22 :
free..
Si j' étais Xavier Niel, je ne rachéterais pas 1.8 milliard le réseau Bouygues puisque je suis en position de force, mais gratuit voir même me ferait payer pour le reprendre...
Entre un sfr-numéricable plombé par une dette astronomique, orange-bouygues empétré dans des redondances, du sur-effectif, des dettes et un abus de position dominante flagrant, free se trouve dans une confortable position.. il est de fait le taulier du machin-bidule et se doit d' imposer ses conditions, nul doute qu' elles seraient archi-ultra avantageuse.
Quoi qu' il se passe, un seul gagnant, free.
a écrit le 16/05/2014 à 1:07 :
Orange ne pourra pas intégrer un réseau qui marche, il faut des compétences.
a écrit le 15/05/2014 à 23:35 :
cours de l action d'orange: a devissé totalement depuis 5 ans
endettement plus de 38 milliards
benefice:4 milliards
amende en juillet dernier :plus deux milliards
orange étudie comment s'endetter un peu plus et virer un peu plus de monde pour dupliquer un reseau qu il a dejà ....c'est assez sidérant et pas credible
a écrit le 15/05/2014 à 21:42 :
La belle annonce après la perte des clients d'Orange... on joue à orange mécaniques? Avec Altom ça fait la paire dans le genre économie des canards boiteux... pour la croissance, les messieurs les dirigeants, on en reparle? Combien déjà 0 sur le trimestre contre 1 pour notre voisin d'outre Rhin, on joue au football? On joue à modeste et pompon? Les dirigeants les as de la croissance molle... à crédit! On joue le boulet et les canards boiteux colbertistes pour cause de directive anti activité! Note de conjoncture et note d'élections? -0,5% au trimestre pour la consommation et -0,9% à l'investissement... alors la croissance, c'est pour les calendes grecques?
a écrit le 15/05/2014 à 20:47 :
Je suis comme fosse, je suis sceptique.
Intérêt pour orange ?
Réponse de le 16/05/2014 à 8:25 :
intérêt énorme , vu que les opérateurs ne peuvent plus attirer autant de clients qu'a leurs débuts et que free a bouleversé vers le bas les codes des telecoms , les opérateurs historiques pour rester forts n'ont plus qu'une option , racheter les petites compagnies afin d'être plus fort et peser sur le marché général .. la concentration a débuté .. on a vu la meme chose dans les années 20 avec le rail .. les petites compagnies furent absorbées par les plus grosses compagnies avant le krach de 29 .. ou l'état a tout consfiqué a l'époque ..
a écrit le 15/05/2014 à 19:18 :
Peu probable. Les opérateurs Bouygues et Free, voire désormais Numéricable/SFR ont vocation à fusionner d'une façon ou d'une autre avec les géants européens que sont Deutsche Telekom, Vodafone et Telefonica. Orange pourra acheter des actifs dans ces différents pays ou compléter son offre par les reprise en totalité ou en partage d'autres entités comme BT par exemple au Royaume-Uni. L'annonce est destinée probablement à provoquer d'autres offres ... sans les avoirs sollicitées.
Réponse de le 15/05/2014 à 20:15 :
Cela permettrait tout simplement à Bouygues de retrouver du cash, de ne plus être obligé de vendre Alstom... Et le gouvernement, qui obligerait Orange à racheter Bouygues) deviendrait le sauveur d'Alstom.

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