Netflix en France : tout ce qu'il faut savoir pour son lancement

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« Nous voulons être aimés en France et par les consommateurs français » a déclaré Reed Hastings, le cofondateur et directeur général de Netflix.
« Nous voulons être aimés en France et par les consommateurs français » a déclaré Reed Hastings, le cofondateur et directeur général de Netflix. (Crédits : reuters.com)
L’entreprise américaine qui a révolutionné les modes de consommation de la TV vient de débarquer dans l’Hexagone ce lundi, en annonçant un accord avec Bouygues Telecom. Revue de détail des forces et handicaps de ce disrupteur, cauchemar du PAF (le paysage audiovisuel français), dépeint comme un méchant loup venant bousculer les acteurs français, Canal Plus en tête.

Netflix c'est quoi ?

Un service de vidéo à la demande par abonnement (dit « SVOD »), donnant accès en illimité à un catalogue de films et de séries, à regarder sur son téléviseur, son ordinateur ou sa tablette en « streaming » (sans téléchargement). Selon les tarifs dévoilés cette nuit à minuit lors de la mise en ligne du site français, l'abonnement coûte entre 7,99 euros, 8,99 euros et 11,99 euros par mois (pour un seul écran en définition standard, deux écrans à la fois en HD ou 4 écrans en HD et Ultra HD), il est sans engagement de durée mais reconduit tacitement. Netflix propose un mois d'essai gratuit aux nouveaux abonnés. Il pourrait donc y avoir une ruée de curieux au lancement.

Au départ, Netflix s'est lancé comme un service en ligne de location de DVD par abonnement et par voie postale en 1999, une activité qui existe toujours aux Etats-Unis (6,3 millions d'abonnés) et largement profitable. La société installée à Los Gatos dans la Silicon Valley a développé un service de streaming sur PC à partir de 2007 qui a connu un succès fulgurant : plus de 53 millions d'abonnés payants dans 40 pays, dont 36 millions aux Etats-Unis à fin juin. Netflix Inc réalise environ 5 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel et pèse 29 milliards de dollars à Wall Street : c'est moins qu'Orange ou Vivendi, mais c'est l'équivalent de la capitalisation cumulée de Publicis et Free (Iliad) par exemple.

Quelle est la différence avec la VOD ?

Les services de vidéo à la demande classiques, à l'acte, disponibles sur les Box ADSL, proposent des programmes à la location pour 48 heures en format numérique, généralement au prix de 4,99 euros le film ou 1,99 euro l'épisode. L'abonné à Netflix ne paie qu'une fois et consomme autant de films ou séries qu'il le souhaite.
Des services de vidéo à la demande par abonnement existent déjà en France, le principal étant Canal Play de Canal Plus (7,99 euros sur ordinateur et tablette ou 9,99 euros pour y accéder aussi depuis sa télévision), qui revendique 520.000 abonnés trois ans après sa création. Il y a aussi Jook (AB Groupe), Videofutur (Netgem) FilmoTV et bientôt Series-flix chez Numericable.
En France, le marché de la SVOD n'aurait représenté que 27 millions d'euros en 2013, à peine 10% du marché de la vidéo à la demande (245 millions d'euros), selon les estimations de GfK et NPA Conseil. C'est moins que le chiffre d'affaires réalisé par Netflix en Europe l'an passé (295 millions d'euros selon L'Express).

Comment ça marche ?

Il suffit de surfer sur le site Internet de Netflix sur un ordinateur ou de télécharger l'application gratuite sur tablette et de s'inscrire. A la différence de son concurrent Canal Play, Netflix ne sera pas accessible directement sur son téléviseur ou depuis sa Box en France au lancement, car il n'a pas trouvé pour l'instant d'accord avec les fournisseurs d'accès à Internet (Orange, Free, etc, voir ci-dessous dans ses points faibles), à l'exception de Bouygues Telecom (voir le communiqué annonçant le partenariat). Cependant, il est possible de faire basculer le contenu du PC ou de la tablette sur la télévision et Netflix sera aussi accessible depuis des boîtiers connectés comme des consoles de jeu vidéo, l'Apple TV ou la clé Chromecast de Google.

Quels sont les attraits de Netflix ?

La liberté de choix. Plus besoin d'attendre la diffusion de son film ou de sa série préférée sur une chaîne : Netflix c'est la télévision « délinéarisée » et à volonté, autrement dit quand je veux, où je veux, autant que je veux; la possibilité de regarder l'intégralité de la saison d'une série en un week-end sans attendre un nouvel épisode chaque semaine et sans coupure publicitaire. Netflix produit aussi ses propres contenus exclusifs, comme la série primée « House of Cards » sur les arcanes de la Maison-Blanche et du Congrès, diffusée en France par Canal Plus puis sur D8 en clair.

La fluidité de son interface, qui a de quoi donner des complexes à celles des services de VOD classiques souvent peu intuitives, explique aussi le succès de son service, tout comme la puissance de son moteur de recommandations et suggestions, en fonction des goûts de l'utilisateur, à la manière de ce que fait Amazon dans l'e-commerce.

Le prix, par rapport à la VOD à l'acte ou à un bouquet de chaînes payantes comme Canal Plus (entre 20 et 25 euros par mois en promotion) ou OCS d'Orange à 13 euros par mois, même si les contenus de Netflix ne seront pas aussi récents. Pour Gilles Fontaine, expert de l'Idate, « Netflix crée un nouveau marché, celui de la TV payante low-cost. »

Quels sont ses points faibles ?

Un déficit de notoriété certain dans l'Hexagone : un sondage de Médiamétrie cet été indiquait que 76% des Français ne connaissaient pas Netflix ! Mais le battage médiatique des dernières semaines a peut-être en partie corrigé ce handicap, et ce sans campagne de publicité pour l'instant !

Le manque de programmes récents, en particulier les films : Netflix est soumis, comme Canal Play et autres, à la « chronologie des médias », qui régit les fenêtres de diffusion des films depuis la sortie en salles au passage sur les chaînes de télévision qui en ont acheté les droits. Les films français et étrangers accessibles en vidéo à la demande par abonnement arrivent au mieux trois ans après leur sortie ! Le rapport Lescure prônait la refonte de ce système, qui relève d'un accord interprofessionnel, et la précédente ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, s'était prononcée cet été en faveur d'un assouplissement en ramenant à 24 mois le délai après la sortie « mais uniquement pour les services qui participent au financement et à l'exposition des œuvres françaises et européennes. » Mais Netflix a lui-même commandé une série produite en France ("Marseille") et assure vouloir « investir en France et dans les contenus français » et les diffuser à l'étranger.

La qualité de service suspendue au débit Internet de l'opérateur : afin d'assurer à ses abonnés un service irréprochable, avec une qualité en haute définition, sans image qui se fige ou pixellise, Netflix dépend des fournisseurs d'accès à Internet, qui ont pour l'instant refusé de l'intégrer à leur interface de télévision, estimant les commissions proposées par l'Américain trop peu généreuses (par rapport à Canal Plus notamment). Sauf Bouygues Telecom, en phase de conquête commerciale agressive dans le haut débit, qui vient d'annoncer qu'il distribuera Netflix sur ses Box à partir de novembre. Son service de SVOD étant très gourmand en bande passante au point de représenter un tiers du trafic aux heures de pointe aux Etats-Unis selon une étude de Sandvine, Netflix devra peut-être se résoudre à payer pour obtenir un débit garanti, comme il a dû le faire outre-Atlantique, après des mois de bras de fer avec Comcast et Verizon - tout en en déplorant cette atteinte à la « neutralité du Net », la non-discrimination des contenus sur les réseaux. Les problèmes de lenteur de YouTube chez Free montrent que ce débat n'est en effet pas qu'américain.

Son lancement sera-t-il un succès en France ?

« Nous voulons être aimés en France et par les consommateurs français » a déclaré Reed Hastings, le cofondateur et directeur général de Netflix, cet été. Aucun expert ne croit en un échec en France d'un service aussi plébiscité aux Etats-Unis et dans les pays européens où il a été lancé, et qui correspond aux nouveaux modes de consommation des contenus vidéo. Mais peu croient à un raz-de-marée, entraînant une vague de désabonnement massive de Canal Plus et une chute d'audience notable des chaînes de télévision gratuites.

« Il n'y aura pas de grand soir, l'impact sera long et diffus » relativise Ariane Bucaille, associée chez Deloitte. « C'est un sujet de long terme, Canal Plus et les autres acteurs auront le temps de se retourner. La SVOD représente 1,5% du marché de la TV payante en Europe et devrait doubler à 2,7% en 2018. Cela ne mettra pas à terre l'économie de la télévision en Europe. » Aux Etats-Unis, Netflix a dépassé la chaîne payante HBO en nombre d'abonnés. En Europe, il se lance en septembre dans cinq autres pays, l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et l'Autriche.

Article mis en ligne samedi à 14h, mis à jour lundi à 7h.

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Commentaires
a écrit le 15/09/2014 à 15:23 :
Beaucoup de commentaires parlent des contenus (films, séries...) Or Netflix n'apporte rien de nouveau de ce coté là, me semble-t-il !
Bon, on pourra regarder le film sans attendre 21h, on pourra enchainer les épisodes des séries... Quelle avancée !!!
Ca sera pratique oui, mais de là à dire que c'est une révolution !.. Une évolution, oui. Un "titilleur" pour les acteurs en place, oui. Il y aura beaucoup d'abonnés, oui (c'est juste ça l'important pour Netflix). That's all...
Réponse de le 23/12/2014 à 13:06 :
Ca permets aussi d'eviter de se faire gaver de pubs.
a écrit le 15/09/2014 à 14:24 :
8 euros par mois pour voir de la daube sur écran PC, non merci ! Assez de cette campagne médiatique qui fait le jeu de ce marchand de sables...
a écrit le 15/09/2014 à 13:44 :
Neflix : ils sont tellement sympas, cools, hypes! Face à nos opérateurs ringards... C'est la rengaine habituelle des angélistes franchouillards libéraux du Web. Mais ne nous inquiétons pas. Comme dit l'article " Netflix devra peut-être se résoudre à payer pour obtenir un débit garanti, comme il a dû le faire outre-Atlantique, après des mois de bras de fer avec Comcast et Verizon - tout en en déplorant cette atteinte à la « neutralité du Net » "" Ha ha ha. C'est comme si une grosse entreprise de camions d'Europe du Nord déplorait que sur les autoroutes françaises une seule file était autorisée !!!
a écrit le 14/09/2014 à 19:47 :
Google vient de lancer une clé HDMI ..... ça va faire mal aux médias traditionnels !
a écrit le 14/09/2014 à 16:23 :
On souhaiterais presque qu'a contenu équivalent les Français choisissent Netflix pour sanctionner les concurrents Français qui se sont goinfrés pendant des années et qui aujourd'hui cherchent à s'adapter pour contrer Netflix, un peu comme dans la téléphonie mobile.
a écrit le 14/09/2014 à 12:42 :
Les médias traditionnels ne semblent pas voir le vent venir .... tout comme la poste où le courrier traditionnel n'a pas d'avenir .... les chiens vont aboyer .... la caravane va passée ! Ce qui est navrant , nos médias ne semblent pas se rendre compte du truc .... comme la presse papier qui a le même avenir que les allumeurs de réverbères !
a écrit le 14/09/2014 à 12:32 :
Ce qui est intéressant .... c'est la concurrence entre le net et la TV classique .... la guerre est là ! Je ne serai pas client de ce truc ... je fais juste un constat ! ... donc à long termes il faut s'attendre à des taxes sur le net ! Les postes de TV numériques sont déjà des ordinateurs .... une vérité qui dérange !.... mais chutttttttttttttttttt !
a écrit le 14/09/2014 à 11:25 :
tant que je parai la redevance .... c'est NON pour moi ! y compris autre C+ et cie ! Cerise sur le gâteau .... nous allons vers une récession drastique !!!!!!!!!!!!!!
a écrit le 14/09/2014 à 8:03 :
Je propose que ceux qui s'abonnent soient exonérés de la redevance télé et qu'un fabricant de télévision se penche sur la fabrication de postes avec un système permettant de prouver qu'on n'est pas abonné aux chaines françaises..Ainsi, les Français pourront économiser quelques euros.
Réponse de le 15/09/2014 à 13:47 :
Oui et vous pourrez consommer vos séries anglo-saxonnes désespérantes d'uniformité et de béatitude moraliste sous couvert d'humour ado et jeuniste.
a écrit le 13/09/2014 à 19:32 :
C'est quoi cette me...e américaine? Un cheval de Troie destiné à nous gaver, jusqu'à l'indigestion de séries merdiques, ressassées, resucées, vomies par des studios qui encensent les US, leur technologie (surtout militaire), bref nous laver le cerveau et continuer à nous faire croire au Père Noël, au mythe de "l'american way of life". Netflix, Apple, Facebook, même combat pour la suprématie des US. Des conneries pour les gogos qui achètent et installent la corde pour se pendre... US GO HOME.
Réponse de le 13/09/2014 à 19:48 :
Le PC, la tablette ou le smartphone que vous utilisez pour écrire ce commentaire ont été inventés/développés aux US, donc si vous assumez vos convictions, merci de les jeter et de revenir à l'Age de Pierre. JB38 = DUMPASS
Réponse de le 13/09/2014 à 21:41 :
Pas la peine de laver votre cerveau c'est déjà fait.
Réponse de le 13/09/2014 à 21:49 :
Arrêtez de regarder tous les soirs les Bisounours.
Réponse de le 14/09/2014 à 2:21 :
@ JB38 :

Autant les américains produisent par exemple des voitures de très mauvaise qualité, autant leurs séries télé (notamment d'opérateurs payants comme HBO ou... Netflix) sont d'une qualité à des années lumière au dessus de la nullité avilissante que produisent les chaînes françaises.

C'est simple : leurs séries télé sont devenues tellement bonnes que maintenant des acteurs et des réalisateurs de cinéma indé cherchent à y participer. Netflix a notamment produit House of cards et Orange is the new black, deux séries d'une qualité et d'une intelligence hallucinantes. À côté, les programmes télé français type Plus belle la vie sont juste embarrassants.
Réponse de le 23/12/2014 à 13:05 :
Tout a fait d'accord. Je suis abonne a Netflix au royaume uni et en suis tres satisfait.
Les series americaines sont bien au dessus (ce n'est que mon avis, et je le partage) des series francaises...game of thrones, orange is the new black, breaking bad, dexter, homeland, house of cards. Mais bon, si vous preferrez Navarro, ca me va aussi....a chacun ses gouts.
a écrit le 13/09/2014 à 17:24 :
Vive la modernité. On va pouvoir se débarrasser de la médiocratie télévisuelle française subventionnée. Adieu animateurs vulgaires, show stupides de copinage, films ratés faits sur avance, et séries des années 60 rediffusées jusqu'à la nausée.
Réponse de le 13/09/2014 à 19:37 :
@ Phidias
Effectivement, si vous ne regardez que les conneries, notre télé n'a rien à envier à celle des US. Cependant, chez nous, il reste des programmes intéressants, élaborés, "culturels", intelligents. Aux US, il n'y a plus rien de tout ça. A force de se faire laver le cerveau, il n'en restera bientôt plus que du yaourt. Pour moi, irrémédiablement: US GO HOME.
Réponse de le 13/09/2014 à 21:43 :
Vous êtes un adepte des voisins et des jeux culturels comme la vitrine. Pour le yaourt pour vous il a déjà tourné,
Réponse de le 14/09/2014 à 12:02 :
soyez compréhensifs est toujours sur minitel !!!!!!!!!!
a écrit le 13/09/2014 à 17:21 :
L'élément le plus important pour expliquer le succès de Netflix partout dans le monde, et dont vous ne parlez pas, est son système de recommandation. En analysant ce que vous regardez, Netflix est parait-il capable de prévoir ce que vous allez aimer de manière particulièrement fiable, et donc vous suggère des programmes adaptés à vos goûts. D'après ce qu'on peut entendre à l'étranger, c'est assez bluffant, et c'est l'élément clef qui explique la véritable addiction de nombreux consommateurs à ce service.
a écrit le 13/09/2014 à 15:18 :
Le succès de Netflix passera par des accords avec les fournisseurs d'accès, mais si cela se réalise, il est clair que le service est vraiment formidable et d'une simplicité inégalée. Pour l'avoir testé au Canada sur AppleTV c'est juste magique... Un "all you can watch" très attractif. Et puis ne négligeons pas l'effet "casseur de rente" qui a tant bénéficié au succès de Free. Casser l'arrogance de Canal+, des institutionnels de la "culture" et de ses financements à coups d'impôts et de tout ce petit monde du cinema français si bien pensant... L'abonnement à Netflix pourrait devenir un acte militant contre "l'institution"...
Réponse de le 13/09/2014 à 19:43 :
@O-mont
Un acte militant serait de dénoncer la volonté des américains de faire voler en éclat ce qui reste de culture dans le monde. La "culture américaine" est en réalité la culture du dollar, une "sous culture " pour un "sous produit" qui pollue la planète.
US GO HOME .
Réponse de le 13/09/2014 à 21:09 :
JB38 vit dans un monde où la "culture américaine" se limite aux films popcorn... Un petit séjour outre atlantique pourrait vous ouvrir les yeux. Par contre que sort-il de nos usines à image protégées comme les réserves d'indiens qui soit si exceptionnel? Les fables sociales nombrilisme pour bobos méritent elles une telle défense? Le problème est que la création subventionnée a été confisquée par quelques escrocs qui se drapent dans des postures bien pensantes. Des "exceptions culturelles" exceptionnelles y en a-t-il tant que ça?
Réponse de le 14/09/2014 à 2:54 :
Bien dit O_mont 100%100 d'accord avec toi.
Réponse de le 14/09/2014 à 8:44 :
L'industrie collectiviste du cinéma français et ses grands principes culturels universalistes bidons cache en réalité un protectionnisme qui tend à la médiocrité du contenu qu'elle produit.
Elle mourra dans quelques années non du fait de la puissance financière des acteurs américains, mais de la nullité de son offre, de son manque d'ambition, de sa peur de ce qui n'est pas dans ses frontières éculées.
Merci netflix, et merci à tous ceux qui suivront. Un peu d'oxygène ça peut sauver le cerveau.

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