L’appli Shazam veut sortir de la musique pour "shazamer le monde" et les marques

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Notre mission c'est de rendre le monde « shazamable » et de permettre à l'utilisateur de se connecter à son univers autour de lui. Nous allons nous étendre dans la distribution, le cinéma, la radio, les centres commerciaux, explique Patricia Barra à La Tribune.
"Notre mission c'est de rendre le monde « shazamable » et de permettre à l'utilisateur de se connecter à son univers autour de lui. Nous allons nous étendre dans la distribution, le cinéma, la radio, les centres commerciaux", explique Patricia Barra à La Tribune. (Crédits : DR)
L’application de reconnaissance musicale, valorisée 1 milliard de dollars lors de sa levée de fonds de janvier, va diversifier ses sources de recettes en travaillant avec des magasins et en développant la reconnaissance visuelle de codes barre ou QR. Venue à Barcelone, au Mobile World Congress, sa directrice marketing pour le monde, Patricia Barra, passée auparavant par le site de vidéos Hulu et la chaîne payante HBO, explique à La Tribune la stratégie de la startup londonienne.

Shazam P Parra

 Patricia Parra, Chief Marketing Officer.

La Tribune - Il se crée une foule d'applications de découverte musicale, dont certaines cartonnent comme Bop.fm, comment se différencier ?


Patricia Parra : Cela fait un moment que Shazam existe, depuis 2002 [en version application mobile depuis 2008, NDLR], ce qui nous donne un avantage sur le plan technologique. Nous avons développé une technologie propriétaire, que nous appelons l'empreinte audio, nous avons intégré plus de 30 millions de chansons dans notre base de données. Notre application a été téléchargée plus de 600 millions de fois : nous sommes déjà présents dans les téléphones des gens, c'est une chance. Il nous faut maintenant nous assurer que les gens l'utilisent tous les jours. Nous avons plus de 100 millions d'utilisateurs actifs par mois.

La Tribune - Comment augmenter les cas d'usage de l'application, au-delà du très ponctuel ?


Nous avons continué à approfondir notre offre en musique. Nous avons ajouté un fil d'actualités sur l'écran d'accueil de l'application, qui est personnalisé en fonction des artistes que vous avez déjà écouté, ainsi qu'un top des chansons les plus tendance sur Shazam en temps réel. Nous avons aussi développé un nouveau lecteur qui permet d'écouter des extraits mais aussi ses listes de titres en intégralité pour une soirée par exemple. Tout cela augmente le temps d'utilisation de l'application, qui se classe dans les 25 apps les plus utilisées chaque mois. Nous voulons que Shazam fasse partie de votre quotidien.


Nous commençons aussi à investir de nouveaux environnements. Notre mission c'est de rendre le monde « shazamable » et de permettre à l'utilisateur de se connecter à son univers autour de lui. Nous allons nous étendre dans la distribution, le cinéma, la radio, les centres commerciaux. On peut déjà utiliser Shazam dans certains magasins aux Etats-Unis, comme les Nike Stores et chez Office Depot, et on l'étendra à l'Europe cette année : on peut reconnaître la musique qui est diffusée et gagner des coupons de réduction. Idem au cinéma aux Etats-Unis, pendant les programmes avant le film.

La Tribune - Après la reconnaissance musicale, vous allez vous lancer dans la reconnaissance visuelle, quitte à concurrencer le géant Google ?


Nous allons effectivement nous lancer dans la reconnaissance visuelle ainsi que dans la technologie des balises électroniques, ou « beacons », plus tard dans l'année.
La reconnaissance visuelle est un domaine qui nous passionne. Nous imaginons un monde où par exemple, vous lisez un magazine de cuisine et vous pourrez « shazamer » la page et trouver un tutoriel vidéo d'une recette, cela permet de faire un pont entre la presse et la vidéo. Nous pourrions aussi nous étendre aux produits alimentaires ou aux jouets : en utilisant l'appareil photo du smartphone, on pourrait accéder à une bande annonce de film, toute sorte de contenu, d'un clic, sans avoir à chercher et taper. Ce que nous voulons faire est différent de Google qui permet juste de reconnaître un objet. Nous utilisons les codes barre ou QR, avec notre partenaire Digimarc, pour apporter des informations complémentaires et contextuelles.


Nous allons aussi nous lancer dans la technologie des « beacons », en partenariat avec Gimbal Inc (spécialiste des solutions de balises intelligentes en Bluetooth). J'ai visité le musée Picasso de Barcelone hier où j'ai loué l'habituel écouteur audio. Imaginez s'il y avait eu des balises, mon smartphone aurait identifié le tableau et affiché immédiatement les bonnes informations parce que j'aurais eu l'application Shazam compatible.

La Tribune - Shazam va donc sortir de l'univers de la musique où il était cantonné ?


Shazam est à l'origine de 10% des ventes de musique numérique dans le monde. Nous avons aujourd'hui trois sources de recettes, les commissions sur les achats de musique par téléchargement et streaming, les publicités diffusées à l'intérieur de notre application mobile et la plateforme publicitaire pour les émissions et spots TV que l'on peut « shazamer. » Nous en aurons une quatrième avec la distribution et le cinéma mais nous en sommes au tout début.


C'est vrai, nous nous étendons bien au-delà de la musique, qui constitue et demeure nos racines. Nous avons développé une technologie prédictive des succès musicaux des semaines avant tout le monde. Shazam est utilisé 20 millions de fois par jour : cela fournit un indicateur très en amont de ce qui est tendance, en temps réel, plusieurs jours avant le pic de passage à la radio et avant le pic des ventes. Nous réalisons des cartes de « hits » où l'on voit où commence à émerger ce qui va devenir un tube et la façon dont il se diffuse progressivement à l'échelle d'un pays. C'est un outil très précieux pour les radios, les maisons de disque, les distributeurs. La chanteuse Demi Lovato l'a utilisé pour décider dans quelle ville elle faisait passer sa tournée, en fonction du nombre de fois où ses titres étaient shazamés. Nous regardons comment le monétiser.

shazam infographie

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