Comment les opérateurs télécoms font pression sur Bruxelles

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Stéphane Richard, le PDG d'Orange.
Stéphane Richard, le PDG d'Orange. (Crédits : Reuters)
De la neutralité du Net, aux opérations de consolidation en passant par la régulation des réseaux très haut débit, les Orange, Deutsche Telekom ou Telecom Italia multiplient les action de lobbying auprès de l’UE.

Champagne ! Ou presque... C'est avec un plaisir non-dissimulé que Pierre Louette, directeur général adjoint d'Orange, a accueilli ce mercredi le nouveau projet de réforme des télécoms de Bruxelles. Celui vise notamment à sécuriser et à accélérer les investissements dans la fibre via un assouplissement de la régulation. En clair, cela signifie qu'un acteur dominant peut très bien accélérer ses déploiements sans risque d'être accusé par la concurrence de fausser le marché.

« L'allègement de la régulation des réseaux fibre ouverts au co-investissement peut réellement changer la donne pour améliorer les déploiements de la fibre auprès des citoyens », s'est félicité Pierre Louette.

Certes, la Commission européenne défend cette position en faisant du « très haut débit pour tous » une vraie priorité. Mais elle n'a visiblement pas été insensible au lobbying de certains opérateurs. De fait, comme le rappelle Reuters, Orange, tout comme Deutsche Telekom ou Telecom Italia reprochent régulièrement à la réglementation actuelle, qui les oblige à ouvrir leurs réseaux à la concurrence à des prix encadrés, de leur ôter toute possibilité d'un retour sur investissement raisonnable.

Camouflet sur la neutralité du Net

En France, le sujet est particulièrement brûlant. Depuis quelques mois, Orange est accusé par ses concurrents d'avoir bénéficié de sa position d'opérateur historique pour déployer de la fibre beaucoup plus vite qu'eux. Résultats, ses rivaux militent auprès de l'Arcep, le gendarme des télécoms, pour réguler ce marché. Une perspective qui suscite l'ire de Stéphane Richard, le PDG d'Orange :

« Cela fait trois ans que le cadre réglementaire est en place, rappelait-il à La Tribune en juin dernier. Personne n'a empêché les gens d'investir, au contraire. Ça serait quand même un comble que l'on vienne sanctionner ceux qui investissent et affecter le modèle économique sur lequel nous avons calculé la rentabilité de nos investissements. »

Sur ce point, Orange ne pourra qu'applaudir la nouvelle politique de l'UE. Mais ce n'est pas toujours le cas. Fin mai et malgré leurs efforts, ils ont essuyé un sacré camouflet suite à l'adoption par l'UE de règles strictes visant à préserver la neutralité du Net. Au grand dam des industriels des télécoms, ils ne pourront généralement pas commercialiser des services spécialisés - liés à la connectivité des véhicules autonomes ou à l'Internet des objets, par exemple - en utilisant des capacités de réseau dédiées.

Chantage à la 5G

Pourtant, pour obtenir gain de cause, les grands opérateurs européens n'avaient pas lésiné sur les moyens. Dans un manifeste dévoilé par le Financial Times, BT, Deutsche Telecom, Telecom Italia ou encore Vodafone avaient carrément menacé l'UE de freiner leurs investissements dans la 5G si le cadre réglementaire régissant la neutralité du Net n'était pas assoupli. Avant d'appeler, selon leurs termes, « les régulateurs » à adopter « une attitude positive concernant l'innovation ».

L'autre gros sujet qui fâche concerne les fusions entre opérateurs. Pour les industriels des télécoms, les consolidations nationales sont généralement l'opportunité de réduire la concurrence, de remonter leurs prix, et donc, in fine, d'accroître leurs marges. Mais face à ces desiderata, les opérateurs font régulièrement face à un adversaire de choix : Margrethe Vestager, la commissaire à concurrence. Il y a un an, c'est elle qui a fait capoter le deal entre les opérateurs mobiles TeliaSonera et Telenor au Danemark. Avant, en mai dernier, de dynamiter le projet de mariage entre O2 et Three au Royaume-Uni. Pour justifier ses cartons rouges, la commissaire à la concurrence a systématiquement jugé que de telles opérations auraient été « néfastes » pour la concurrence. Avec le risque, en définitive, d'une flambée des factures pour les consommateurs.

Face à cela, les opérateurs télécoms haussent régulièrement le ton. A l'instar de Stéphane Richard qui répète à l'envie que les lourds investissements dans le très haut débit justifient les fusions dans ce secteur : « La concentration horizontale est une évidence économique, expliquait-il en janvier 2015, déjà, au Forum économique de Davos. C'est le besoin en investissement, dans la fibre, la 4G, les fréquences, qui déclenche la consolidation. »

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Commentaires
a écrit le 20/09/2016 à 11:25 :
5G, la fibre.... pour quels usages supplémentaires par rapport à la 4G???

Toujours la course aux chiffres comme pour les fréquences d'horloge des PCs (ahaha!), l'UMTS (re ahahahaha) et le nombre de membres de l'UE.

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