Confiant pour son avenir, Archos s’attaque à l’Internet des objets

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Loïc Poirier, le DG d'Archos, mise à fond sur les pays émergents pour doper la croissance du groupe.
Loïc Poirier, le DG d'Archos, mise à fond sur les pays émergents pour doper la croissance du groupe. (Crédits : DR)
Le fabricant de smartphones, de tablettes et d’objets connectés à bas prix veut doubler son chiffre d’affaires d’ici à 3 ans. En parallèle, il annonce le déploiement d’un réseau bas débit dédié à l’Internet des objets.

Ne croyez pas les mauvaises langues : Archos a enfin trouvé un business model stable et envisage l'avenir avec sérénité. Tel est, en somme, le message très optimiste qu'a voulu envoyer Loïc Poirier, le directeur général du fabricant français de smartphones, tablettes et autres objets connectés, en dévoilant en début de semaine les derniers résultats du groupe. Alors qu'en est-il ? Depuis le début de l'année, le groupe affiche « trois trimestres consécutifs de croissance », se réjouit le patron. Il égrène : « +17% à 34,7 millions d'euros pour le premier trimestre, +25% à 34 millions d'euros pour le second et +30% à 34 millions d'euros pour le troisième ». D'après lui, la croissance du quatrième trimestre sera du même tonneau, aux alentours de 25% « Ce qui nous amène à envisager plus de 165 millions de chiffre d'affaires pour le groupe en 2015, contre un peu plus de 130 millions l'année dernière », assure le patron.

Pas peu fier de ces chiffres « impressionnants », Loïc Poirier insiste :

« On se rapproche de 2011, qui demeure l'année la plus forte de toute l'histoire du groupe, avec un chiffre d'affaires de 171 millions d'euros. »

Le DG ne le sait que trop bien : l'histoire d'Archos a été pour le moins tumultueuse. Célèbre pour avoir commercialisé un baladeur mp3 doté d'un disque dur il y a 15 ans, la société a connu des hauts et des bas. Longtemps fer de lance du « made in France » en matière de produits high-tech haut de gamme, elle a connu une dégringolade de son chiffre d'affaires jusqu'en 2009. Avant de reprendre, depuis quelques années, du poil de la bête. Avec une production désormais délocalisée en Chine, la société se focalise maintenant sur les produits d'entrée et moyen de gamme. Et si l'Europe demeure son marché phare, Archos mise beaucoup sur les pays émergents pour doper sa croissance, et notamment l'Afrique et le Moyen-Orient.

Pour ce faire, la société mise à fond sur des partenariats locaux pour commercialiser et promouvoir ses produits. En Egypte, Archos travaille ainsi main dans la main avec Uni Group depuis le mois de mai. Cette société dispose de 150 camions qui vont, tous les jours, livrer toutes les petites échoppes et magasins du pays. Selon Loïc Poirier, l'initiative s'est avérée payante. « On est désormais à la quatrième place pour les ventes de tablettes dans ce pays de 100 millions d'habitants », affirme-t-il. Avec la même stratégie, Archos a récemment signé « plusieurs contrats majeurs » en Algérie, au Vietnam, en Arabie Saoudite, au Nigéria et en Argentine. Le groupe ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, et veut bientôt prendre pied en Pologne et en Turquie.

Sur le fond, Archos est persuadé d'avoir trouvé sa place sur le marché ultra-concurrentiel du high-tech. D'après Loïc Poirier, les acteurs régionaux  - comme lui ou le fabricant de smartphones low-cost Wiko -, disposent actuellement d'une bonne carte à jouer sur l'entrée et le milieu de gamme à bas prix. « On ne veut surtout pas essayer de faire des produits à 400, 500 ou 600 euros » comme Apple ou Samsung, lâche-t-il. Pour lui, l'objectif principal d'Archos est maintenant de grandir vite. « On veut doubler notre chiffre d'affaires d'ici à 2018, et le porter à 330 millions d'euros », affirme Loïc Poirier. Si le groupe est pour l'heure « au point mort » côté bénéfices, le DG veut également « restaurer à court terme la profitabilité ».

Le pari de l'Internet des objets

Comme pour assurer qu'il faut désormais compter sur lui, Archos a profité de cette mise au point sur ses perspectives pour dévoiler un projet ambitieux. Alors qu'Orange et Bouygues Telecom sont en pleine offensive pour déployer leurs réseaux bas débit dédiés à l'Internet des objets dans l'Hexagone, la société a décidé de lancer le sien, à travers une nouvelle filiale, baptisée PicoWAN. Mais à la différence des opérateurs télécoms qui déploient de nouvelles antennes sur les sites de leurs infrastructures 3G et 4G existantes, PicoWAN - dont l'initiative émane d'Henri Crohas, le président du conseil d'administration d'Archos - a choisi une toute autre solution. Celle-ci repose sur le déploiement de « pico-passerelles », c'est-à-dire des prises connectées à Internet par WiFi ou Ethernet, et dotées de la technologie LoRa (la grande concurrente de la pépite toulousaine Sigfox dans ce domaine).

Pico Passerelle

D'après Archos, il faut 50.000 de ces "pico-passerelles" pour couvrir l'Hexagone.

Ces dernières seront déployées non pas chez les particuliers, mais chez des acteurs qui disposent de gros réseaux de boutiques ou d'enseignes, et qui couvrent donc, de facto, d'importantes portions du territoire. Même si Archos ne veut pas dévoiler de noms, en France, il pourrait par exemple s'agir de grands distributeurs comme Carrefour, qui dispose de points de vente partout dans l'Hexagone. Ou encore des bureaux de postes. D'après Archos, ce réseau s'avère bien moins cher à déployer que celui des opérateurs. Pourquoi ? Parce que même s'il faut cinq fois plus de pico-passerelles que d'antennes pour couvrir un territoire, ces prises connectées s'avèrent « environ 100 fois » moins coûteuses, dit le groupe dans un communiqué.

PicoWAN commencera à déployer ce nouveau réseau à partir du mois de juin en Europe. Le groupe veut d'abord couvrir au plus vite la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Avant de s'attaquer à l'Italie et à l'Espagne. Pour cela, l'opérateur va distribuer gratuitement « jusqu'à 200.000 pico-passerelles en Europe ». Grâce à ce modèle à très bas coût, PicoWAN veut damer le pion à tous les autres acteurs qui déploient leur réseau. La société « offrira des tarifs réseau à partir de 50 centimes d'euro par an et par objet connecté », précise-t-elle. En outre, PicoWan « partagera jusqu'à 50% du revenu résultant des connexions avec tous ceux qui déploieront leur réseau de pico-passerelles ».

In fine, Archos mise sur ce nouveau réseau pour proposer aux entreprises des solutions dédiées à l'Internet des objets pour améliorer leurs services et leur productivité. Et ce dans des domaines aussi variés que l'agriculture, la santé, la domotique et l'industrie.

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Commentaires
a écrit le 07/10/2015 à 12:19 :
Archos a le vilain défaut de vouloir "casser" le marché à lui tout seul. Il ne s'en donne pourtant pas les moyens commerciaux en n'ayant pas installé à l'époque de site de vente performant, comme tant d'autres l'ont fait, s'adressant aux distributeurs classiques. Or, les distributeurs veulent bien casser la tarification d'un produit afin d'en augmenter les ventes mais pour autant que le constructeur qui le lleur proposerait lui permette aussi de reporter sa marge perdue sur un autre produit. Ce que ne fait pas Archos. La société déclenche des séismes qui sont récupérés par d'autres à leurs plus fort. Ici il tente en plus de croiser les réseaux : au réseau principal, indispensable, viendrait s'ajouter un réseau secondaire pouvant le déborder en terme d'activité et qui pomperait à coup sûr une large part de l'activité et des marges. A vouloir uniquement évoluer dans l'innovation d'avant-garde la marque française perd sa capacité à poursuivre dès qu'elle accroche auprsè du public concerné, faute de moyens. Une stratégie étonnante.
Réponse de le 07/10/2015 à 13:55 :
Ce serait intéressant d'avoir une explication par les intéressés eux-mêmes, à savoir Archos.
a écrit le 07/10/2015 à 10:33 :
Il faudrait que le SAV suive le rythme pour qu'ils soient vraiment crédibles !
a écrit le 06/10/2015 à 22:49 :
Honte sur les opérateurs télécom français qui ne vendent pas de produits Archos ! Au lieu de cela, ils se soumettent aux règles abusives d'Apple, délinquant social et fiscal ! Allez voir Cash investigation sur Apple, c'est édifiant !
Réponse de le 07/10/2015 à 11:19 :
Ils n'en vendent pas parce que ça ne se vend pas contrairement à Apple, Samsung, HTC, LG, Wiko et les autres. Franchement je connais personne qui a un tel Archos...
Réponse de le 07/10/2015 à 13:51 :
Je suis sûr que des gens achèteraient Archos si on le leur proposait au lieu de Wiko, HTC, etc. Si personne n'a d'Archos, c'est la faute des distributeurs qui rendent ces produits inaccessibles.
a écrit le 06/10/2015 à 19:30 :
C'est quand même curieux d'appeler Archos un fabricant. Ils ne fabriquent strictement rien eux-mêmes et ne possèdent aucune usine. Ils s'occupent du design et du marketing et font fabriquer en Chine, comme tant d'autres. Rappelons aussi que la société n'a que 200 employés.
Réponse de le 06/10/2015 à 22:55 :
eh bien même pas le design...c'est les fournisseurs chinois qui proposent des modèles et c'est tout...
Réponse de le 07/10/2015 à 8:02 :
C'est faux archos conçoit ses produits puis confie la production à Arnova. C'est wiko qui ne fait que le marketing. Avez vous oublié que c'est Archos la première firme à créer un baladeur mp3 avec mémoire intégrée et aussi les premières tablettes

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