« Les entrepreneurs rencontrent des pièges à tous les coins de rue » Lison Chouraki

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Lison Chouraki, auteur du Guide de la jeune entreprise innovante, estime que les entrepreneurs ont besoin de conseils sur les questions d'argent -le nerf de la guerre- et de timing notamment : Quand créer sa startup ? Sous quel statut, quels sont les plus avantageux pour chaque domaine d'activité ? Peut-on entreprendre et bénéficier d'aides comme Pôle Emploi, et sous quelles conditions ? Le livre apporte des réponses à ces questions fondamentales.
Lison Chouraki, auteur du Guide de la jeune entreprise innovante, estime que les entrepreneurs ont besoin de conseils sur les questions d'argent -"le nerf de la guerre"- et de timing notamment : "Quand créer sa startup ? Sous quel statut, quels sont les plus avantageux pour chaque domaine d'activité ? Peut-on entreprendre et bénéficier d'aides comme Pôle Emploi, et sous quelles conditions ? Le livre apporte des réponses à ces questions fondamentales." (Crédits : DR)
Commissaire aux comptes depuis quinze ans, Lison Chouraki, experte en startups et spécialistes du Crédit Impôt Recherche (CIR) et du statut Jeune Entreprise Innovante (JEI), publie la quatrième édition du Guide de la jeune entreprise innovante. Entretien.

LA TRIBUNE - A qui se destine votre livre ?

LISON CHOURAKI - A tous les acteurs de la création d'entreprise et de l'innovation, qu'il s'agisse d'entrepreneurs, de directeurs financiers, de chercheurs, d'investisseurs, d'avocats, d'experts-comptables, d'auditeurs, de consultants... je m'adresse à toutes les personnes qui peuvent être impliquées dans la vie d'une startup.

Je pars d'un constat, celui que nous avons un écosystème d'innovation formidable mais qui présente beaucoup de pièges. L'idée est de donner toutes les clés dont les entrepreneurs ont besoin pour naviguer sereinement parmi les rouages d'un environnement fiscal et réglementaire complexe. Le livre se destine à la fois aux entrepreneurs qui n'ont pas encore créé leur startup et aux entreprises en hyper-croissance, jusqu'à l'entrée en Bourse. C'est un guide pratique et synthétique, qui recense des informations détaillées et des conseils en matière juridique, fiscale, sociale, comptable et financière. Tous les conseils que je donne sont concrets. Ils sont issus de cas réels, que j'ai personnellement rencontrés, notamment des startups dans les secteurs des technologies de l'information et des biotechnologies.

D'où tirez-vous votre expérience des startups ?

Je suis commissaire aux comptes depuis quinze ans, avec une spécialisation dans les entreprises innovantes. J'ai travaillé pour l'Institut Pasteur, j'ai rejoint le conseil d'administration de France Biotech, j'ai contribué à construire le dispositif Jeune Entreprise Innovante (JEI). Je connais l'ensemble de l'écosystème de l'intérieur, y compris l'aspect politique, car j'ai participé à l'évolution du Crédit Impôt Recherche (CIR) et du statut JEI en liaison avec les ministères concernés et les associations professionnelles.

Avez-vous vous-même une expérience entrepreneuriale ?

Oui, j'ai cofondé une startup dans le domaine de la publicité mobile avec mon mari. Les problèmes que les entrepreneurs rencontrent, je les ai aussi vécus. Cela m'a permis de mieux comprendre l'écosystème.

Justement, quels sont ces pièges dans lesquels les entrepreneurs tombent le plus souvent ?

Il y en a à tous les coins de rue. Le manque d'information, de conseils, d'accompagnement, tue de nombreuses startups. Il y a aussi beaucoup d'arnaques, comme les rémunérations parfois excessives des chasseurs de tête et des cabinets de conseil, alors qu'un entrepreneur, pour réussir, doit avant tout s'appuyer sur l'écosystème de son secteur d'activité. Etre bien entouré est un critère essentiel.

Le timing de la création est également une étape délicate, car certaines aides sont fermées aux entreprises déjà créées. Il faut en être conscient.

Sur quels sujets les entrepreneurs ont-ils particulièrement besoin de conseils ?

Sur la fiscalité et la réglementation. Le crédit d'impôt recherche (CIR) est un dispositif extrêmement important. Cela représente des financements clés (30% des dépenses sont remboursées un an après) pour les entreprises qui innovent vraiment et qui ont besoin d'une forte R&D, comme Carmat par exemple et ses vingt années de recherche.

L'argent est le nerf de la guerre. Le timing, aussi. Quand créer sa startup ? Sous quel statut, quels sont les plus avantageux pour chaque domaine d'activité ? Peut-on entreprendre et bénéficier d'aides comme Pôle Emploi, et sous quelles conditions ? Le livre apporte des réponses à ces questions fondamentales.

Votre livre en est à sa quatrième édition (la 2e chez Dunod, Ndlr). La précédente a été publiée en 2015. Qu'est-ce qui a changé depuis ?

Beaucoup de choses, le livre est d'ailleurs à jour de la loi de finances 2017. Par rapport à la première édition, en 2006, on peut dire qu'il a changé du sol au plafond. La législation évolue tout le temps, au point qu'il est difficile de s'y retrouver, notamment en ce qui concerne le financement de l'innovation, qui est un outil indispensable aux entrepreneurs et qu'ils devraient regarder de manière plus attentive. Pour la quatrième édition, la mise à jour m'a demandé trois mois de travail. Les changements concernant le crédit d'impôt recherche, par exemple, ne sont pas forcément inscrits dans la loi de finances, donc il y a assez peu de communication autour. Il faut aller chercher les derniers textes et traduire de manière simple ce qui change et comment en tirer parti.

Comment le livre se structure-t-il ?

Une partie se consacre au financement de la structure, de l'avant-création à l'entrée à Bourse : mise au point du business plan, recherche de financements, quels statuts d'entreprise adopter en sachant que la SAS est le plus courant, la question cruciale de la valorisation et les défis autour de l'introduction en Bourse. C'est à la fois pédagogique -qu'est-ce qu'une valorisation, comment la mesurer- et concret, puisque je réponds aux questions que me posent souvent des entrepreneurs.

Je décris aussi tous les dispositifs existants consacrés à l'innovation, quand et comment les utiliser. Pareil pour les enjeux concernant la protection de la propriété intellectuelle, les pièges posés par le recrutement, ou encore la gestion et la rémunération des employés, avec les stocks options par exemple qui deviennent presque systématiques. Un chapitre est aussi consacré à l'importance de l'écosystème et un autre aux aides et aux subventions existantes. Je tiens à préciser que mon livre n'est pas fait pour remplacer les experts, mais pour donner des clés, comprendre les tenants et aboutissants des défis d'innover en France.

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(*) Guide de la jeune entreprise innovante, Editions Dunod, avril 2017, 432 pages.

Women For Future

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Commentaires
a écrit le 13/04/2017 à 15:05 :
La vraie question est y a t il un interet a entreprendre dans l enfer francais ? J ai trouve la reponse. Que pensent nos candidats a l election ? Rien, ils ne savent pas ce que c est. Pourqoi ne pas ecrire un article sur Melanchon et la creation d entreprise pour qu on rigole.
Réponse de le 13/04/2017 à 20:05 :
Merci d'être parti.
a écrit le 13/04/2017 à 10:28 :
C'est bien le seul avantage de cette complexité, cela fait vendre des livres.
Ce sont toujours des conseils bons à prendre pour éviter les pièges, mais c'est l’état d'esprit ou la culture qui sont à revoir.
Entres les conditions d’accès aux aides, les procédures, l'aspect fiscal, social, réglementaire, etc... un vrai parcours du combattant. Alors que l’entrepreneur a surtout besoin de créer et de développer des idées, on est rapidement prisonnier de carcans, plus administratifs que fonctionnels.
L'entreprenariat et la création ne se décrètent pas ! ils l’épanouissement dans un contexte favorable, vont voir ailleurs, ou disparaissent.
Tout dépend si l'on veut rester une pays acteur dans les technologies innovantes, ou un pays consommateur.
a écrit le 13/04/2017 à 9:57 :
Vous parlez des entrepreneurs qui n'ont pas de réseau bien entendu, étant donné que ceux qui ont un bon réseau entreprennent les doigts dans le nez aussi mauvais soient ils.

Vous parlez donc des 9 entrepreneurs sur 10 qui finissent par couler ou se faire racheter.
a écrit le 13/04/2017 à 9:04 :
attention aux mailles du filet de l administration francaise fuyez !!!

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