Les startuppeurs, nouvelles stars de la télé-réalité

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Les cinq jurés de l'émission Shark Tank, qui connaît un succès croissant aux Etats-Unis et qui va donner naissance, en septembre, à un programme dérivé.
Les cinq jurés de l'émission Shark Tank, qui connaît un succès croissant aux Etats-Unis et qui va donner naissance, en septembre, à un programme dérivé. (Crédits : ABC Networks)
Aux Etats-Unis comme en Europe, en Asie et au Moyen-Orient, les startuppeurs fascinent le grand public, si bien que de plus en plus d’émissions, des plus sérieuses aux plus déjantées, leur sont consacrées. Revue de détail d’un phénomène en pleine explosion.

Les startuppeurs vont-ils éclipser les apprentis-chanteurs comme nouvelles idoles du grand public ? Aux Etats-Unis du moins, la question se pose. Au cours de la dernière décennie, les "talent show", c'est-à-dire les émissions de compétition de chant comme American Idol (la Nouvelle star américaine), The Voice ou The X Factor, ont dominé les audiences. Si bien qu'American Idol s'est imposé comme le programme le plus regardé des Etats-Unis pendant plusieurs années consécutives.

A en croire l'évolution des audiences, cette époque est désormais terminée. Ces deux dernières saisons, American Idol a perdu plus de la moitié de son public, tandis que la popularité de The Voice décline à chaque nouvelle édition. Comble de l'humiliation -et signe d'une nouvelle tendance- American Idol a même été doublée par une "petite" émission dont personne, ou presque, ne parlait jusqu'à présent : Shark Tank.

Bienvenue dans l'ère de l'entrepreneur-star

Diffusée sur ABC, filiale de Disney, depuis 2009, Shark Tank [aquarium à requins, NDLR] met en scène un groupe de cinq investisseurs, les fameux requins. Tour à tour impitoyables, enthousiastes ou cyniques, ces jurés font défiler devant eux des startuppeurs de tout le pays, qui viennent leur "pitcher" leur concept ou leur produit en quelques minutes.

A la fin de chaque présentation, les "sharks" analysent les forces et les faiblesses du projet et décident s'ils y investissent leur propre argent, généralement en négociant des parts dans l'entreprise, ou s'ils passent leur tour. Dans ce cas, la sentence est indiquée par un tranchant "I'm out !" [je me retire].

>> Voir un extrait de Shark Tank

Lancée dans l'indifférence générale en août 2009, l'émission vit un phénomène rare à la télévision américaine : son audience et son impact médiatique augmentent saison après saison. Le signe d'un intérêt croissant du grand public pour le monde de l'entrepreneuriat à l'heure du numérique et des nouvelles technologies.

Ainsi, en septembre 2013, Shark Tank avait déjà généré plus de 23 millions de dollars d'investissements et 9.000 emplois, selon une estimation de ABC. De nombreux produits révélés dans l'émission ont connu le succès. Breathometer, une application qui permet de mesurer son taux d'alcoolémie, a été téléchargée 10 millions de fois. Autre exemple : l'investissement des "shark tanks" dans Scrub Daddy, une startup qui a inventé une éponge innovante et hyper-résistante, lui a permis d'améliorer son produit et sa distribution, pour réaliser désormais 18 millions de dollars de chiffre d'affaires par an.

Ces succès ont inspiré la chaîne ABC, qui lancera dès la rentrée de septembre le premier "spin-off" (programme dérivé) de la franchise. "Beyond the tank" se concentrera sur les startups après leur passage dans l'émission. Des petits reportages partiront à la rencontre de celles qui sont devenues des succès comme de celles qui ont finalement échoué. Carton d'audience assuré ?

>> Voir les plus grands succès de Shark Tank en vidéo

Le startuppeur donne un coup de neuf au rêve américain

La passion des Américains pour les startuppeurs n'a rien d'une passade. Au contraire, elle correspond à une tendance de fond. A l'ère d'Internet et des réseaux sociaux, la Silicon Valley incarne le nouveau rêve américain, la possibilité de réussir en partant de rien. L'esprit d'entreprise, la prise de risque, l'innovation et la recherche du profit font toujours rêver les foules. Larry Page et Sergey Brin n'ont-ils pas fondé Google dans un garage? Mark Zuckerberg n'était-il pas un geek boutonneux et solitaire avant de devenir multimilliardaire grâce à Facebook?

La télévision a bien compris qu'elle tient là un filon à exploiter. Et puisque la Silicon Valley regorge de fabuleuses histoires d'entrepreneurs devenus riches grâce à la force d'une bonne idée et d'un courage à toute épreuve, pourquoi pas vous?

L'émission The Profit, diffusée sur la chaîne d'informations CNBC depuis 2013, correspond tout à fait à cet état d'esprit. L'inventeur et philanthrope Marcus Lemonis y vient en aide à des startups prometteuses mais sur le point de rendre l'âme, faute de financement. Centrée autour de la personnalité fantasque de Lemonis, The Profit fait son miel des success stories improbables. L'audience a explosé de 115% entre la première et la seconde saison.

Et puisque le public ne s'en lasse pas, la chaîne CNCB, encore elle, proposera en septembre une nouvelle télé-réalité, intitulée West Texas Investors Club. Ou « quand la Silicon Valley rencontre le Texas profond ».

Trois coachs-entrepreneurs (dont le frère de l'acteur Matthew McConaughey), devront acclimater seize startuppeurs en herbe, issus des profondeurs du Texas, au monde sans pitié de l'entrepreneuriat. Problème: les cobayes, tous des Américains moyens, ont certes une bonne idée de startup mais aucune connaissance, ou presque, des nouvelles technologies ni du fonctionnement de l'écosystème d'innovation...

Des émissions de ce type partout dans le monde

Rendons à César ce qui lui appartient. Si les Etats-Unis rivalisent d'inventivité pour capitaliser sur cette thématique, la vague des télé-réalités sur les entrepreneurs est née en Asie. La version originale de Shark Tank, intitulée Money Tigers [l'argent des tigres, NDLR], a vu le jour en 2005 au Japon. Paradoxalement, le concept a mis quatre ans pour traverser le Pacifique. Avant que la chaîne ABC s'en empare, les diffuseurs ne croyaient pas que le public s'intéresserait à un programme de ce type.

Aujourd'hui, Money Tigers, rebaptisé Dragon's Den (l'antre du dragon) pour le marché international, s'exporte très bien. L'émission s'est déclinée partout dans le monde, de l'Australie au Canada, en passant par la Corée du Sud, la Russie, la Finlande, l'Allemagne, la Turquie, Israël et même, récemment, l'Afghanistan et le Liban, pourtant peu reconnus pour le dynamisme de leur écosystème d'innovation.

En Egypte, pays gangréné par 40% de chômage chez les jeunes, tous les moyens sont bons pour encourager à l'innovation. Y compris la télé-réalité, donc. Une entrepreneuse américaine, Anna Elliott, a lancé Bamyan Media, une start-up qui conçoit, avec des maisons de productions locales, des programmes de télé-réalité avec un fort impact social. Son émission, Mashrou 3, qui signifie "le projet" en arabe, se veut à mi-chemin entre une compétition entre startuppeurs et une émission pédagogique expliquant aux Egyptiens comment fonder et exploiter une entreprise. L'entrepreneuse cherche actuellement des fonds pour lancer sa deuxième saison.

Et en France ?

La France fait partie des rares pays qui ont échappé au phénomène. M6 avait bien tenté d'adapter Dragon's Den en 2007 en lançant L'Inventeur de l'année, un concours entre plusieurs entrepreneurs pour dénicher une invention susceptible d'entrer dans tous les foyers français. Mais des audiences en berne avaient conduit la chaîne à ne pas reconduire l'expérience.

Cinq ans plus tard, M6 a ressuscité le concept, rebaptisé L'Inventeur 2012. Sans suite, pour le moment. Les deux émissions ont pourtant récolté de bonnes critiques, mais les entrepreneurs font moins rêver en France. La chaîne BFM Business diffuse bien BFM Académie (11 saisons à ce jour), une compétition entre startups sous l'oeil de juges et d'un coach, mais l'émission reste très confidentielle. Contrairement aux Etats-Unis, le genre de la télé-réalité de compétition reste dominé par des programmes comme The Voice ou Danse avec les stars.

Jusqu'à quand ? Depuis 2012, l'image des entrepreneurs a évolué dans l'Hexagone. Désormais, 7 Français sur 10 ont une bonne opinion des chefs d'entreprise. De son côté, l'écosystème d'innovation ne cesse de se développer, poussé, notamment, par l'initiative gouvernementale de la French Tech, qui vise à fédérer, accélérer et faire rayonner les jeunes pousses. De quoi inciter les chaînes de télévision à remettre le concept au goût du jour ?

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Commentaires
a écrit le 19/08/2015 à 7:50 :
Monsieur Roland,
Vous devriez ajouter et traiter dans votre articlr de la BFM académie
Voici le site web : http://bfmbusiness.bfmtv.com/evenement/bfm-academie/
Une émission qui fonctionne depuis plusieurs années selon le mode d'un télé - crochet. Une réussite française, de moins en moins confidentielle, dont le lauréat, David Zhang, fondateur de Prynt, semble des plus prometteurs.https://www.pryntcases.com/
a écrit le 18/08/2015 à 10:13 :
Le mot "entrepreneur" est un gros mot en France..
a écrit le 18/08/2015 à 9:50 :
Avec 3 bout de ficelle et un chewing gum je sauve le monde alors pour ce qui est d'une start up ......
a écrit le 18/08/2015 à 9:46 :
Créer son entreprise avec 3 francs 6 sous et la faire marcher avec 3 bouts de ficelle voire un lap top et ensuite devenir multimillionnaire c'est comme celui qui gagne au loto ,on le montre en exemple mais on oubli tous les joueurs qui ont perdu leurs mises.Ca fait juste baissé les statistiques du chômage.
En plus dans le domaine industriel ou il faut investir des millions voire des milliards on n'a jamais vu de start up.
a écrit le 18/08/2015 à 9:20 :
ou assisté par le système.
a écrit le 18/08/2015 à 8:57 :
En France ce qui fait rever c est de devenir fonctionnaire

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