Musique en ligne : le patron de Deezer explique comment il veut vous faire payer

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Patron du site d'écoute de musique depuis janvier, Axel Dauchez prévoit de recruter plus d'un million d'abonnés à son service payant d'ici à la fin 2011. Et voici comment.

La Tribune - Deezer a conclu cet été un accord avec Orange et vous aviez lancé l'an dernier, à côté de votre service d'écoute gratuit de musique, un service « premium » payant. Où en êtes vous ?

Axel Dauchez - Nous avons aujourd'hui près de 300.000 abonnés. Notre objectif est de dépasser 1 million d'ici à la fin 2011. Depuis qu'Orange propose l'abonnement à Deezer en option dans ses forfaits, le rythme de recrutement est passé de 6.000 à 100.000 abonnés par mois. Nous recevons un peu moins par abonné Orange que les 9,99 euros par mois que paient ceux qui s'abonnent directement à Deezer. Mais comme tous les abonnés via Orange n'utilisent pas l'option, les ayants-droit de la musique s'y retrouvent car nos reversements sont proportionnels aux usages des titres. Nous tablons sur 15 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010 [contre moins de 6 en 2009], dont 10 en publicité sur le service gratuit, 2 à 3 millions d'abonnement, le reste venant d'une nouvelle activité Sound Deezer de sonorisation de lieux comme les restaurants McDonald's. Nous restons déficitaire en 2010.

- Quelle différence entre le « deezernaute » qui va sur le site gratuit et l'abonné ?

- Nous avons 14 millions de « deezernautes » inscrits. Sur le site d'écoute de streaming en gratuit, ils passent en moyenne 2 heures par mois et viennent « picorer ». C'est un usage de média musical même si on peut aussitôt acheter le titre que l'on vient de découvrir sur iTunes [la boutique d'Apple]. Deezer déclenche près de 20 % des ventes d'iTunes en France. Nous venons de signer un accord avec Amazon et Starzik sur lesquels Deezer renverra désormais aussi pour les achats. Chez les abonnés, le service premium qui permet de télécharger ses titres préférés, sans en être propriétaire (sur son PC, son mobile...), devient « La » solution musicale prépondérante. L'usage est de 30 heures par mois.

- La musique a-t-elle achevé sa transition vers le numérique ?

- La dématérialisation, c'est la perte d'un objet qui était un « médiateur affectif ». On a compensé cette perte par le volume et l'usage en mobilité avec le téléchargement massif de fichiers mp3 sur des baladeurs. Il y a eu une chute drastique de la valeur perçue, avec 90 % de téléchargements pirates. Le streaming légal a inauguré une nouvelle étape. Au volume de téléchargement, il substitue la notion « d'illimité » et commence à reconstruire la valeur en créant une relation. Mais ce n'est pas suffisant. La troisième étape, sur laquelle aujourd'hui toute la recherche et développement de Deezer est concentrée, c'est de faire en sorte que les gens se réapproprient leur musique. Beaucoup de plus de 35 ans n'écoutent plus de musique chez eux, ils ont démissionné. Quand ils reviennent sur Deezer, ils retrouvent leurs catalogues mais ne savent plus qu'écouter. La recommandation éditoriale, avec nos coups de coeurs, ceux de nos partenaires, comme les Inrocks, et la recommandation communautaire, via Facebook... les liens qui font que ceux qui aiment telle musique, aiment aussi telle autre..., participent à cette réappropriation.

- La musique préfigure-t-elle l'évolution d'autres industries culturelles ?

- La logique - volume et destruction de valeur, relation, réappropriation - devrait s'appliquer dans d'autres secteurs comme le livre. Toutefois, il y a des différences. En musique, c'est le producteur qui finance. Ses recettes ont baissé au rythme du marché sur une durée qui a permis de s'adapter. Dans le cinéma et l'audiovisuel [dont vient Axel Dauchez, ancien de Moonscoop, société de production d'animation.dlr], les producteurs font préfinancer les oeuvres qui sont ensuite exploitées auprès du public. Le préfinancement [qui vient des grandes chaînes TV majoritairement] va diminuer inexorablement. Et la production s'effondrera d'un seul coup, on ne pourra plus produire, sauf à changer d'échelon géographique, et à chercher des préfinancements européens et internationaux.

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a écrit le 05/09/2011 à 17:45 :
Je sais pas pour vous, mais moi ce qui me tue dans cet article, c'est le "Sur le site d'écoute de streaming en gratuit, ils passent en moyenne 2 heures par mois et viennent « picorer »."
What !? Moi je suis en gratuit depuis toujours, et tous les jours j'y écoute plusieurs heures 0_0 La plupart des gens que je connais aussi... Ils ont pris ces statistiques où... Chez les jeunes petits-bourgeois qui ont 50? d'argent de poche/jour ???
Moi, j'suis pauvre, mais la musique j'en veux, et comme je suis aussi compositrice/interprète, ben ça me fait ch*er de pirater........ Donc je m'amuse à cliquer sur les bannières histoire de servir à quelque chose =D
a écrit le 06/12/2010 à 11:07 :
Je sais pas s'il est au courant qu'on peut télécharger gratos depuis youtube via un logiciel adequat et que le catalogue est sans comparaison
Réponse de le 05/09/2011 à 17:39 :
Je le fais déjà, mais ça donne quand même un son de m*rde. Pour écouter de la pop à deux balles, oui, mais pour du classique, du metal symphonique ou tout autre musique dite "à dialogues multiples" (c'est à dire avec plusieurs mélodies qui se répondent et se complètent) ben ça devient un gros cafouillis, très désagréable quand on ne connaît pas le morceau =/
a écrit le 05/12/2010 à 20:01 :
Je vois mal comment Deezer peut faire payer alors qu'il y a de plus en plus de sites qui proposent le même service.
De plus, la tendance du site à passer des pubs entre les chansons commence à détourner les fidèles.
a écrit le 04/12/2010 à 18:54 :
Je pense que Deezer se trompe. Il fut un temps il a lancé la pub audio qui entrecoupait les morceaux écoutés pour les auditeurs "gratuits". Ce qui fait la musique c'est la qualité et la rareté. Aujourd'hui, on est passé d'une musique qui nécessitaient un vrai travail (composition, interprétation) à du copier/coller (on appelle ça le mélange (mix en anglais)). On ne fait plus de musique, on fait du collage sonore. Or les diffuseurs diffusent aujourd'hui n'importe quoi en fonction des petits cadeaux que l'artiste leur donne (en plus de la "musique" à promouvoir). Il y a des artistes souvent "confidentiels" pour lesquels je serai prêt à mettre 100 EUR pour un concert de 30 minutes. D'autres qui pour 4h au stade de france ne méritent même pas 10 euros pour 10 minutes.
Réponse de le 28/12/2010 à 14:01 :
woa!
ce que j'aimerai pouvoir te saisir mais là... y a du niveau!
c'est n'importe quoi
a écrit le 04/12/2010 à 7:46 :
M. Deezer est-il prêt à me rembourser les CD que j'ai acheté et dont on me garantissait une écoute de qualité pour la vie?
Pour ma part j'ai choisi ni achat de CD, ni en ligne J'ai horreur d'être pris our un pigeon!
Réponse de le 04/12/2010 à 13:26 :
@CAPCHA : et en quoi les CD que tu as achetés ne fonctionnent t-il plus aujourd'hui ? En quoi ne sont-ils pas convertissables facilement en MP3 ou WMA pour une écoute sur ton baladeur ? En quoi ne sont-ils plus ou pas lisibles sur ton lecteur blue-ray dernier cri ou sur ton PC avec lecteur DVD-rom ? En quoi ne sont-ils plus lisible soudainement sur ta chaine hifi ? Tu racontes n'importe quoi !
Réponse de le 04/12/2010 à 18:48 :
@Stan: Je pense que Capcha parle des nombreux CD vendus dans le commerce avec des protections. Protections qui en limitent la copie sur les différents supports.
Réponse de le 05/09/2011 à 17:36 :
Protections, bien sûr -_- C'est sûr que le morceau, si vous vous contentez de le prendre du cd vers un autre périph de stockage, c'est limité. Mais si vous copiez le morceau du cd vers le pc puis du pc vers un baladeur... alors c'est illimité puisque le code de protection est présent uniquement sur le cd, pas sur les pistes. Un peu de jugeote svp...................................

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