Après la voiture et la machine-outil, voici le "cloud" made in Germany

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Des serveurs géants à Magdebourg (est) ou Francfort (ouest), opérés par des entreprises allemandes et soumis au droit allemand : s'inspirant du label cher aux machines-outils et aux automobiles, voilà le "nuage informatique" "made in Germany".

Imposer des frontières au "cloud computing" (informatique dématérialisée), cette technologie qui consiste à "virtualiser" totalement l'accès aux logiciels et aux données grâce à l'internet, semble paradoxal. Mais c'est le créneau choisi par le numéro un allemand des télécoms Deutsche Telekom. "En Allemagne les règles de protection des données sont très strictes. Mais de nombreux prestataires ne viennent pas d'Allemagne et ne répondent pas à ce niveau d'exigence. Le +nuage allemand+ est pour nous un facteur de compétitivité", a dit le patron du groupe René Obermann dans le cadre du salon des hautes technologies Cebit de Hanovre (nord-ouest). Et d'assurer que ses clients sont prêts à payer plus pour s'assurer que leurs données sont stockées sur l'un des 30 serveurs géants ou "datacenters" que compte le groupe en Allemagne, sur un total de 90 dans le monde entier.

12% des PME dans le nuage

M. Obermann vise les 3,6 millions de prospères PME allemandes: "C'est un énorme potentiel". Jusqu'ici, seulement 12% d'entre elles ont sauté le pas de la dématérialisation de leurs services informatiques. Mais pour Sergej Schlotthauer, patron de la société allemande de services de sécurité informatique Egosecure, Deutsche Telekom "joue avec la peur". "Selon moi cela n'est pas si décisif, nos clients savent bien qu'avec internet il est difficile de localiser quoi que ce soit", veut-il croire. La capacité à rassurer sera toutefois un atout pour s'imposer sur un marché mondial du "cloud computing" qui devrait cette année dépasser pour la première fois un volume de 100 milliards de dollars, selon la société d'études spécialisée Gartner.

Un pays sensible au données privées

L'enjeu est particulièrement important en Allemagne, que l'expérience de deux dictatures a rendue extrêmement sensible à la protection des informations privées. Les règles très strictes dans le pays "peuvent être un avantage compétitif", a estimé à Hanovre Ilse Aigner, ministre chargée de la protection des consommateurs. "Le risque quand les serveurs sont hors d'Allemagne ou d'Europe c'est que des entreprises utilisent les données à des fins commerciales, ou pire encore qu'elles soient consultées par des services secrets", explique à l'AFP le juriste Thilo Weichert, expert des libertés informatiques. "C'est ce que permet notamment le US Patriot Act", la loi anti-terrorisme votée aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, affirme-t-il. "Les prestataires américains en sont bien conscients et ils préparent des solutions taillées sur mesure pour le marché européen, avec des serveurs basés en Europe. Des nuages allemands +made in USA+", relève sur son blog August-Wilhelm Scheer, ancien président de la fédération Bitkom des entreprises informatiques en Allemagne.

Quelle nationalité pour le nuage ?

La filiale allemande de Microsoft a fait "certifier" son offre d'informatique dématérialisée par une autorité de régulation allemande. Et Hewlett Packard profite du Cebit pour présenter mardi un "modèle de nuage informatique pour le marché allemand et en langue allemande". L'Allemagne n'est pas le seul pays à s'interroger sur la nationalité du "nuage". En France, l'Etat a lancé un projet baptisé "Andromède" qui doit fédérer des entreprises autour d'un "cloud" national. Il est toutefois fragilisé par la défection de grands noms comme Atos et Dassault Systèmes.

Le leader mondial des logiciels professionnels, l'allemand SAP, estime que la réponse est à chercher au niveau européen, un avis partagé par Deutsche Telekom. La Commission européenne travaille depuis un moment à élaborer une "stratégie européenne du nuage informatique", sans résultat concret jusqu'ici.

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