François Hollande dévoile (enfin) son programme numérique

 |  | 930 mots
Lecture 5 min.
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le candidat socialiste souhaite réorienter les investissements du Grand emprunt, lancer un plan numérique pour la formation et favoriser l'utilisation des "logiciels libre et des standards ouverts". Le Conseil national du numérique pourrait être maintenu, mais n'échapperait pas à une modification de sa gouvernance.

Depuis le début de la campagne, les candidats à la présidentielle avaient jusque là privilégié le monde de la culture plutôt que le numérique. A 10 jours du premiers tour, changement de braquet. Lundi, le collectif numérique, qui réunit une vingtaine d'associations du secteur, comme la Fédération Française des Télécoms (FFT), l'AFDEL (logiciels) ou Cap Digital, publiera les positions des principaux candidats.

En mars, le collectif leur avait demandé d'exprimer leur vision du secteur et de ses enjeux, (impact sur l'emploi, la formation, la fiscalité, la réglementation...).  La tribune.fr s'est procurée la lettre-programme de François Hollande. Le collectif attendait encore vendredi la réponse de Nicolas Sarkozy. Ce dernier visite samedi le campus de l'école dédiée aux métiers de l'Internet, Epita-Epitech, et fera même une halte chez Melty.fr, une start up créée par un ancien de l'école, Alexandre Malsch, actuellement vice-président du Conseil national du numérique.

Pas de propositions économiques dédiées au numérique

De son côté, dans un document de 5 pages, le candidat socialiste, qui assure pourtant que « le numérique est une question clef pour l'avenir », ne prévoit pas de mesure économique spécifique au numérique, mais rappelle dans sa lettre la série de « handicaps » dont souffre l'industrie française : « plafond de verre qui bloque la croissance des PME, carence des capacités d'investissement en capital, décrochage de la R&D industrielle ».

Il réitère auprès des acteurs les propositions de son programme d'aides au PME, qui prévoit notamment une réforme fiscale, la création d'une banque publique d'investissement, la dégressivité de l'impôt sur les sociétés etc... La conseillère numérique de François Hollande, Fleur Pellerin rappelle d'ailleurs ses critiques à l'égard du Grand Emprunt, qui prévoyait 4,5 milliards d'euros d'investissement dans le numérique. «Visiblement, une grande partie des fonds n'a pas été dépensée. Notamment, parce que remplir un dossier de financement pour une PME est très compliqué. La politique de l'Etat, qui s'est posé en « investisseur avisé » a été trop prudente. On est dans des secteurs où il faut prendre des risques".

François Hollande souhaite aussi, comme Nicolas Sarkozy, rétablir l'équité fiscale par rapport aux géants américains qui échappent à l'impôt en passant par l'Irlande ou le Luxembourg. Mais il ne propose pas à ce stade de solution spécifique.

La formation, solution à la pénurie de compétence

François Hollande mise plutôt sur l'éducation pour résoudre le problème de la « grave pénurie de développeurs et de jeunes formés aux nouveaux métiers du numérique » qui pénalise les entreprises. "L'éducation ne devra donc pas seulement faire des élèves des consommateurs du numérique, mais aussi des créateurs qui sauront décoder cet univers. Le code informatique n'est pas moins noble que le code juridique ». Ainsi, le "plan numérique pour la formation", qui prévoit par exemple la formation des enseignants au numérique, l'arrivée de nouveaux supports, et l'ouverture d'une option numérique au baccalauréat devrait aider à suciter les vocations. 

La modernisation de l'Etat et l'ouverture des données publiques

La « modernisation numérique de l'Etat » est, elle, considérée comme une source potentielle de productivité. François Hollande souhaite mieux « maîtriser des systèmes d'informations des services publics », en maintenant "des compétences internes fortes", et en se détournant « de grands projets cloisonnés et coûteux ». Pour faire des économies et être plus efficace, le candidat président veut mutualiser "les besoins techniques entre administrations" et favoriser l'utilisation des "logiciels libre et des standards ouverts". 

Le candidat promet aussi une plus grande ouverture « sur les données publiques ». "Il en va de la démocratie et de la transparence, mais aussi de la vitalité du tissu d'entreprises innovantes". Sur ce sujet, François Hollande rejoint Nicolas Sarkozy, qui a ouvert ce chantier en créant Etalab, un établissement public chargé d'encourager la mise à disposition des données de l'Etat. Enfin, concernant la vie privée, le candidat socialiste a prévu de créer un "habeas corpus numérique", qui garantisse les droits et les libertés numériques de chacun. Il souhaite aussi que "la création, la destruction et la [mise en place] des modalités des fichiers de police soient une compétence du parlement". 

Vers une modification du Conseil national du numérique

Que deviendra le Conseil national du numérique (CNNum) après l'élection présidentielle ? Fleur Pellerin indique que le PS est « favorable à une institution qui éclaire les choix du parlement et du gouvernement sur des sujets techniques ». Mais la gouvernance du CNNum créé par Nicolas Sarkozy pourrait évoluer. « Il y a un problème de représentativité du Conseil, qui accueille uniquement des industriels, et où ne siègent ni les ayant droits ni les consommateurs. Ensuite, Nicolas Sarkozy saisit le Conseil uniquement quand cela l'arrange. Si l'on maintenait cette institution, nous redéfinirions les critères de saisine et rendrions ses avis systématiquement publics ». La conseillère de François Hollande n'a pas voulu revenir sur la polémique qui a mis le feu au Conseil ces deux derniers jours et qui a poussé son tout nouveau vice-président Jean-Baptiste Descroix Vernier à produire des excuses publiques, et à se mettre en vacance du Conseil jusqu'à fin avril.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/04/2012 à 7:35 :
Il faut en finir avec les jérémiades sur la pénurie de développeurs. Il y a des développeurs au chômage !!! Leur faute impardonnable ? Ils ont plus de 50 ans... Et de grâce pas de fadaises sur l'obsolescence des compétences. Quand on voit comment nombre de jeunes sont formés à ânnoner du PHP du C# ou du Java "procédural", à confondre méthodes agiles et programmation par essai-erreur et j'en passe... Qu'importe puisque les SSII, celles que leurs propres clients appellent les "marchands de viande", les embaucheront et les revendront, contribuant à plomber la productivité d'ensemble...
a écrit le 14/04/2012 à 9:23 :
Je me suis connecté à nos comptes employeurs POLE-EMPLOI et APEC, voilà ce qu'il en ressort :

RECHERCHE PÔLE-EMPLOI :
Métiers du ROME M1805 - Études et développement informatique
Toute la France
=> 7380 CV en ligne (CAT. A, dispo immédiate)

RECHERCHE APEC :
Fonctions : Informatique de gestion, Informatique web, sites et portails Internet
Régions françaises : Toutes
Disponibilité : Immédiate
=> 7093 CV, dont 1786 CV de Jeunes Diplômés

Alors effectivement la "grave pénurie de développeurs" selon Fleur PELLERIN est vraiment à relativiser...
Pour en savoir plus : http://munci.org/Les-difficultes-de-recrutement-en-informatique-et-la-penurie-d-informaticiens-entre-mythe-et-realites
a écrit le 13/04/2012 à 23:40 :
Il n'y a pas de pénurie en informatique mais une gestion très court terme des compétences des salariés en société de service qui préfèrent licencier et réembaucher plutôt que de former. Il existe un chômage très élevé chez les plus de 35 ans en informatique
a écrit le 13/04/2012 à 22:15 :
"François Hollande mise plutôt sur l'éducation pour résoudre le problème de la « grave pénurie de développeurs et de jeunes formés aux nouveaux métiers du numérique » qui pénalise les entreprises."

L.A.M.E.N.T.A.B.L.E !!! Tout le monde sait très bien qu'il y a du chômage dans l'informatique (notamment chez les seniors) et que la prétendue pénurie de jeunes informaticiens est surtout une invention des SSII !!! Si un effort est à fournir, c'est donc prioritairement sur la formation des chômeurs pour les adapter aux nouvelles compétences plus que sur la formation initiale.

Moi qui croyais que le PS véhiculait des valeurs sociales, c'est à dire qu'il pensait d'abord aux salariés et aux chômeurs, encore une belle désillusion : le candidat HOLLANDE est d'abord à l'écoute des lobbies économiques qui veulent toujours plus de flexibilité dans leurs recrutements !!! Tant pis, le "candidat du système" se passera de mon vote au second tour, c'est décidé !!!

Réponse de le 13/04/2012 à 23:17 :
"le candidat du système se passera de mon vote au second tour, c'est décidé !!!"

IDEM pour moi... et au 1er tour aussi d'ailleurs !

Pour info, c'est la conseillère de Hollande à l'économie numérique (fleur pellerin) qui a été manipulée par les lobbies des SSII car cette phrase vient d'elle en réalité (voir ses autres ragots ici par exemple : http://www.developpez.net/forums/d1204012/emploi-etudes-informatique/emploi/fleur-pellerin-lamie-ssii-syntec/)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :