Apple : pour comprendre la controverse autour d'AppGratis

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Copyright Reuters (Crédits : Capture décran Appgratis.com)
Après le choc né de la sortie d'AppGratis de l'App Store, de nombreuses voix s'interrogent sur le modèle développé par Simon Dawlat, fondateur d'AppGratis. Celui-ci fausserait le classement de la plateforme de téléchargement d'applications d'Apple, moyennant d'importantes sommes d'argent. L'entrepreneur français a répondu à cette controverse en présentant son modèle de "juste et solide".

Apple le méchant, AppGratis le gentil? C'est peut-être un peu plus compliqué que cela? La décision d'Apple de supprimer cette application de sa plateforme de téléchargement App Store, aura pourtant fait couler beaucoup d'encre. La visite de Fleur Pellerin dans les locaux d'iMediapp, la société éditrice de l'application incriminée, aura été le point d'orgue de dix jours d'une importante mobilisation médiatique. AppGratis était alors présentée comme la petite start-up française écrasée par le géant de l'informatique. Depuis plusieurs jours toutefois, de plus en plus de voix s'interrogent sur le modèle AppGratis, plus controversé qu'il n'y paraît?

2 à 3 millions d'utilisateurs actifs quotidiens

Pour son fondateur, Simon Dawlat, le modèle est simple: fouiller l'AppStore pour valoriser auprès de sa communauté d'utilisateurs, des applications qui "méritent le succès" en en proposant chaque jour une gratuite ou à prix réduit. Une promotion facturée à leurs éditeurs qui pêuvent ainsi accéder à la communauté  de 12 millions d'utilisateurs  d'AppGratis ? en réalité on ne compte que 2 à 3 millions d'utilisateurs actifs quotidiens. Dawlat revendique le fait d'avoir été le premier à s'être installé sur un "marché publicitaire des apps qui n'existait même pas". La start-up parisienne qui a réalisé un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros en 2012, visait cette année les 22 millions d'euros.

Deux infractions visées par Apple

Vendredi 5 avril, Apple signifie à AppGratis sa décision de suspendre l'application d'App Store en invoquant deux infractions aux conditions générales d'utilisation par les développeurs. L'article 2.25 stipule que "les apps qui affichent d'autres apps pour les vendre ou en faire la promotion d'une manière comparable ou pouvant être confondues avec l'App Store seront rejetées". L'article 5.6 interdit "l'utilisation de notification "push" pour envoyer des messages publicitaires, des offres promotionnelles ou des offres marketing direct d'aucune nature". Deux griefs contestés par Simon Dawlat qui, dans son blog, estime avoir neutralisé ces deux infractions avec l'assentiment d'Apple. Il a toutefois reconnu avoir commis l'erreur de dupliquer son application afin de proposer le service à chaque pays. iMediapp (l'éditeur d'AppGratis) avait informé Apple qu'il s'apprêtait à lancer une seule application pour remplacer les vingt autres.

La controverse

Mercredi, le site d'information économique américain Business Insider a révélé un document présentant les tarifs appliqués par AppGratis. Ainsi, pour espérer apparaître dans le Top 5 de l'App Store français, un développeur d'une application doit débourser 30.000 euros. AppGratis demande 100.000 euros pour propulser l'application sur l'App Store américain. Une véritable manne, puisque AppGratis propose une application chaque jour?

Le problème, c'est qu'en proposant une application à un prix réduit à sa communauté d'utilisateurs, AppGratis gonfle le nombre de téléchargements de celle-ci, lui permettant ainsi de grimper dans le classement des applications les plus téléchargées. Pour les éditeurs d'applications, cette méthode est une véritable rampe de lancement. Mais elle fausse l'intérêt de ce classement censé être le résultat de téléchargements libres, non influencés, des utilisateurs d'iPhone. Pis! AppGratis détourne les développeurs de l'achat d'encarts sur la page d'accueil de l'App Store.

"Aujourd'hui (mercredi 17 avril, NDLR), les trois premières applications du Top 5 ont bénéficié d'une recommandation d'application, la première par Vente-Privée, et les deux suivantes par AppGratis", explique Antoine Buffet fondateur d'AppsFit, une application concurrente d'AppGratis. Mais pour l'entrepreneur, le principe de recommandation d'applications n'est pas remis en cause par Apple: "il y a des règles à respecter, notamment sur la place donnée à l'éditorial dans les recommandations".

Pour Olivier Frigara, journaliste chez iCreate ? spécialisée dans l'actualité Apple ? et fondateur de Onrefaitlemac.com, cette affaire pose deux questions. "Le problème est qu'avec l'impact d'AppGratis sur le classement, l'utilisateur final ne sait plus si c'est de la publicité ou une démarche éditoriale d'un site de recommandation d'application" explique-t-il. "Or, il est apparu que chez AppGratis la frontière entre les deux était très floue".

L'attitude d'Apple

Apple a pris une décision qui d'apparence était unilatérale, ce qui a choqué beaucoup de monde. "Apple est prisonnier de sa politique de communication, comme il ne communique jamais, il passe pour le méchant de l'histoire", explique Olivier Frigara "d'autant qu'il y a peu de recours possible face à ses décisions". Il y a ensuite le problème de l'algorithme du classement de l'AppStore. "Au dernier pointage en octobre dernier, il y avait plus de 700.000 applications, il y a donc un réel besoin de disposer d'instruments pour y voir plus clair, et les recommandations des sites types AppGratis sont un excellent moyen". Ce qui pose la question du classement de l'App Store: "On se demande si Apple n'a pas tout intérêt à changer son mode de classement", s'interroge Olivier Frigara. 

La défense d'AppGratis

Simon Dawlat a fini par prendre la plume face à la montée de la controverse. Il récuse l'idée que la grille tarifaire établisse une "garantie" d'apparaître dans le Top 5 du classement AppStore. Il préfère ainsi parler de "prévisions de performance sans aucune garantie" (...), notre modèle n'a jamais reposé sur de la visibilité au sein des Tops (?) on savait parfaitement qu'Apple pouvait faire évoluer son algorithme". Faire connaître des applications auprès de sa communauté d'utilisateurs serait le véritable service facturé par AppGratis aux sociétés éditrices.

Procès d'intention, alors? Pour Simon Dawlat, AppGratis a sa place sur l'App Store et répond au besoin de ses utilisateurs désireux de "découvrir des applications". Et de conclure: "Et au passage, nous avons créé une entreprise qui gagne de l'argent. Incroyable, non?"

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Pour en savoir plus

>>> VIDEO La polémique AppGratis / On refait le mac

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Commentaires
a écrit le 19/04/2013 à 9:38 :
AppGratis exploite un reproche que l'on fait souvent à l'AppStore, à savoir sa lisibilité limitée. On peut facilement retrouver une application si on connait déjà son nom, ou bien naviguer dans les 100 "meilleures" applications de chaque catégorie, mais cela ne suffit pas à départager 700 000 applications. Cela va de paire avec un autre problème, qui est l'incapacité de compter les ventes. On sait que telle application est 5ème des ventes, mais on ne sait pas combien de ventes cela représente (même problème sur Amazon d'ailleurs).
a écrit le 18/04/2013 à 20:23 :
Appgratis n'apparaît pas comme un "label' de qualité d'aucune sorte. Le seul label de qualité sur appstore semble être le nombre de téléchargement. Youtube a eu le même problème avec les videos dont le nombre de téléchargement a été artificiellement gonflé.
Comment un utilisateur peut-il d'une manière générale s'y retrouver pour juger de la qualité d'un fournisseur ou d'un produit sur Internet, et justement éviter les tricheries sur le nombre de consultation d'un site ou télechargement ou nombre de produits vendus? De nombreuses solutions ont été élaborée aujourd'hui (comparateurs, référencement, tiers de confiance, leader d'opinions, infogreffe, etc, mais appgratis n'entre dans aucune de ces catégories. Exit.

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