Niantic Labs, première victime du grand ménage de Google

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La directrice financière de Google, qui occupe désormais les mêmes fonctions chez Alphabet, avait promis aux marchés une réorganisation des activités et des économies dans l'innovation. La sortie de Niantic Labs du giron d'Alphabet poursuit l'objectif de clarification des actifs du groupe auprès des investisseurs.
La directrice financière de Google, qui occupe désormais les mêmes fonctions chez Alphabet, avait promis aux marchés une réorganisation des activités et des économies dans l'innovation. La sortie de Niantic Labs du giron d'Alphabet poursuit l'objectif de clarification des actifs du groupe auprès des investisseurs. (Crédits : Jin Lee/Bloomberg News)
La « clarification » continue chez Google. Trois jours après l’annonce de la création d’Alphabet, qui sépare les différentes activités de Google en entités distinctes regroupées sous le parapluie d’une même holding, la firme de Mountain View laisse partir l’éditeur de jeu de réalité augmentée Niantic Labs. A qui le tour ?

Dans le nouveau monde d'Alphabet, G est pour Google, X correspond au X Lab et F à Fiber, entre autres. En revanche, N ne sera pas pour Niantic Labs. Trois jours après l'annonce fracassante de la création de la super-structure Alphabet, qui englobe Google et créé six autres entités correspondant à des activités parallèles du célèbre moteur de recherche (Nest, Fiber, Calico, Google Ventures, Google Capital, Google X), le groupe commence le grand ménage.

Le premier coup de tronçonneuse fauche Niantic Labs. L'éditeur de jeux vidéo en réalité augmentée, créé en 2010 au sein de Google, a annoncé sur Google+ qu'il prend son envol pour devenir indépendant. Autrement dit, Niantic Labs sort non seulement du giron de Google, mais aussi de celui d'Alphabet.

Dans son message, l'entreprise évite de mentionner la récente réorganisation de la firme de Mountain View et prend soin de préciser que Google restera l'un de ses soutiens. « Nous partons trouver un public encore plus nombreux avec de nouveaux partenaires qui rejoindront Google en tant que collaborateurs et supporteurs », explique Niantic Labs, volontiers évasif.

Phase 2 de l'opération Alphabet

Ce mouvement lance la phase 2 de l'opération Alphabet, celle où le géant californien fait le tri dans la jungle de ses projets innovants. Avec, toujours, l'objectif de rassurer ses investisseurs en faisant preuve de davantage de transparence sur ses activités. Jusqu'à présent, tout ce que faisait Google s'entassait dans un immense pot-pourri d'activités dont l'opacité commençait à irriter Wall Street.

Maintenant qu'Alphabet a mis de l'ordre dans les projets annexes, il lui faut statuer sur le sort de celles qui n'ont pas eu l'honneur de devenir une filiale. C'est le cas de Niantic Labs. Son "indépendance" indique que Google ne perçoit pas son cœur de métier, la réalité augmentée dans le jeu vidéo et l'applicatif, comme cohérent avec le reste de sa politique d'innovation, centrée sur l'investissement dans des startups innovantes (Google Capital, Google Ventures), la fibre optique (Fiber), la santé (Calico, certains projets de Google X), les objets connectés (Nest) et divers paris fous sur l'avenir (Google X Lab).

"La sortie de Niantic Labs a été longuement débattue en interne, indique-t-on chez Google sous couvert d'anonymat. Il y a effectivement un enjeu de clarification, il fallait délimiter si Niantic Labs correspondait à la ligne de Google".

Ruth Porat, la cost-killer

Il est donc fort probable que Niantic Labs ne soit que le premier d'une petite série de projets abandonnés par Google. Car l'idée est aussi de ne pas trop se disperser. Jusqu'à présent, l'opacité de l'organisation de Google pouvait permettre la multiplication de projets sans ligne directrice claire. Ce n'est plus le cas maintenant que les projets auparavant obscurs de Google prennent la lumière.

Le rôle de Ruth Porat, la directrice financière du groupe, apparaît déterminant dans cette réorganisation. Officiellement en poste chez Google depuis mai, l'ancienne directrice financière de la banque Morgan Stanley, qui devient la directrice financière d'Alphabet, s'était engagée devant les investisseurs à prendre en main l'organisation pour le moins chaotique de la firme.

Sa promesse de réaliser des restructurations et des économies avait été saluée par les marchés, qui y voyaient un recrutement majeur pour gommer l'image d'une entreprise "brillante mais gérée par des adolescents attardés", selon la formule lapidaire du New York Times.

A qui le tour ? Skybox Imaging, Makani, Deep Mind  et Boston Dynamics dans le brouillard

A qui le tour, donc ? En y regardant de plus près, le sort de plusieurs projets et sociétés n'a pas encore été scellé. Tous les projets du Google X Lab, l'entité la plus secrète d'Alphabet, n'ont pas été révélés. On sait néanmoins qu'elle se compose du projet de Google Car, des Google Glass, du Project Loon, du Project Wing (drones de livraison), et de Life Sciences, qui travaille sur une lentille de contact surveillant le taux de glucose des diabétiques.

Quid, en revanche, des startups Skybox Imaging (imagerie par satellites), Makani Power (énergie éolienne accessible à tous), ou encore de Deep Mind (intelligence artificielle) et de Boston Dynamics (robotique avancée) ? Le brouillard demeure aussi sur l'avenir du fabricant américain de drone Titan Aerospace, racheté par Google en 2014 au nez et à la barbe de Facebook. Pour certaines de ces startups, Google pourrait aboutir au même raisonnement que pour Niantic Labs, à savoir qu'elles ont les moyens de se développer en étant autonomes.

Que va devenir Niantic Labs ?

La société spécialisée dans le jeu vidéo interactif pourrait très bien s'en sortir sans Google. Elle connaît le succès grâce au jeu en réalité augmentée Ingress, téléchargé plus de 12 millions de fois. Son deuxième produit phare est l'application FieldTrip, qui propose des guides touristiques personnalisés.

Pour l'heure, la plupart des services proposés par Niantic Labs sont gratuits. D'où l'intérêt pour la start-up de chercher de nouveaux investisseurs pour soutenir son développement en passant éventuellement à un système payant.

De plus, la sortie d'Alphabet ne donnera pas lieu, du moins pour l'instant, à une réorganisation en interne. Le patron de Niantic Labs, John Hanke, restera à la tête de l'entreprise. Les salariés seront tous repris, à moins qu'ils choisissent de rester chez Alphabet où ils seront affectés à une autre branche.

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Commentaires
a écrit le 16/08/2015 à 0:47 :
2ème application phare de Niantic Labs s'appelle FieldTrip, pas FieldTrop :-)

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