Paris accueille le premier incubateur pour les "Civic Tech"

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Le défi de cet incubateur sera clairement d'imposer les Civic Tech au grand public.
Le défi de cet incubateur sera clairement d'imposer les Civic Tech au grand public. (Crédits : DR)
En parallèle du sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert (PGO), qui se tient à Paris du 7 au 9 décembre, le collectif Démocratie ouverte lance à Paris le premier incubateur français dédié à la Civic Tech. Avec l’objectif de faire émerger de nouveaux outils numériques capables de mieux impliquer les citoyens dans la vie démocratique.

Les Civic Tech -ou technologies civiques- ont enfin leur incubateur. Une structure où elles pourront bénéficier de conseils d'experts, grandir et, in fine, toucher un plus large public. Mardi 6 décembre, le collectif Démocratie Ouverte, une association dont le but est "accélérer la transition démocratique vers une société plus ouverte", a annoncé la création, dans le onzième arrondissement de Paris, du tout premier incubateur français dédié spécialement à la Civic Tech.

     | Lire. Civic Tech : comment la technologie redonne du pouvoir aux citoyens

Les initiatives démocratiques foisonnent, mais elles touchent peu le grand public

Le défi de cet incubateur sera clairement d'imposer les Civic Tech au grand public en faisant émerger de nouvelles solutions innovantes pour revivifier la pratique de la démocratie, et en les aidant à trouver le succès au-delà du cercle d'initiés et de militants.

Car aujourd'hui, malgré un foisonnement d'initiatives partout en France et dans le monde (notamment aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et dans les pays scandinaves), le grand public reste imperméable à ces nouveaux outils numériques qui ambitionnent de placer le citoyen au centre de la vie politique. Il existe bien des grands succès, mais ils sont rares. En France, on n'en compte vraiment que deux : le comparateur de programmes Voxe, qui a été utilisé par plus de 4,5 millions de Français, et le site de pétitions en ligne Change.org, connu notamment pour son million de signatures contre la loi Travail.

Pour Romain Stiline, le président de Démocratie Ouverte, qui fédère de nombreuses startups, associations, ONG et citoyens engagés dans le renouvellement démocratique, les Civic Tech doivent se structurer pour changer d'échelle:

« On constate que la défiance des citoyens envers les politiques n'a jamais été aussi forte et que les gens attendent un vrai renouvellement des pratiques démocratiques. Parallèlement, les Civic Tech foisonnent et proposent tout un tas d'outils qui apportent des réponses à cette crise. Il faut donc créer le chaînon manquant, c'est-à-dire identifier des projets porteurs, accompagner leur développement, leur ouvrir les portes des institutions et mobiliser les citoyens autour d'eux".

     | Lire. Les Civic Tech à suivre pour l'élection présidentielle de 2017

Un accompagnement à la fois technique, stratégique et financier

L'incubateur lancera son premier appel à projets en février 2017. Au terme d'une phase de sélection par un jury de chercheurs et de personnalités, cinq initiatives démocratiques seront retenues pour composer la première promotion (dix en 2018), qui débutera "vers le milieu de l'année". Tous les porteurs de projets démocratiques peuvent postuler, pas uniquement ceux qui utilisent les nouvelles technologies, précise Élisa Lewis, la trésorière et vice-présidente de Démocratie ouverte:

"Il n'y aura pas seulement des projets numériques portées par des startups, nous voulons aussi pousser des initiatives inspirées de ce qu'on voit localement, comme le "community organizing" à Grenoble et à Montreuil, ou encore les agoras citoyennes"

La structure proposera deux programmes, en fonction du degré de maturité du projet. Le premier, intitulé Défricheurs Citoyens, durera trois mois et se destine aux projets naissants, pour transformer une idée prometteuse en en concept viable grâce à un accompagnement sur-mesure.

Le deuxième, intitulé Transformateurs Démocratiques, durera 12 mois. L'objectif : "accompagner les organisations (associations, startups...) à éprouver leur concept, accroître leur impact citoyen et accélérer leur développement". L'accompagnement sera à la fois technique et stratégique, avec, selon les besoins, une aide financière.

Budget de 200.000 euros financé essentiellement par des entreprises

Pour cela, l'incubateur, qui emploiera deux personnes, s'appuie sur un budget de 200.000 euros, qui provient de subventions et de cinq partenaires publics et privés, dont des acteurs de l'économie sociale et solidaire (ESS) : la Caisse des Dépôts et consignations, le groupe La Poste, la Mutuelle générale de l'éducation nationale (MGEN), le Crédit coopératif et la Fondation Accenture.

L'initiative a été développée de concert avec le cabinet d'Axelle Lemaire, la secrétaire d'État au Numérique et à l'Innovation. "A terme, l'incubateur a vocation à rejoindre une initiative plus globale autour des Civic Tech", espère Romain Stiline. "L'actualité récente en France et à l'international prouve qu'il est devenu urgent de réformer les politiques publiques et d'engager la société civile", ajoute Axelle Lemaire, qui souhaiterait qu'enfin, la Civic Tech ne soit plus le parent pauvre de l'innovation technologique.

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>>> VOIR AUSSI Entretien avec Charles Deffrennes, Voxe.org et Benjamin des Gachons, Chan.org (Propos recueillis pa Laurent Lequien)

DEBAT : De nouveaux outils pour une nouvelle démocratie (Cities for Life / Forum du Grand Paris)

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