Les douze travaux d'Altice pour rééchelonner sa dette

Lesté d'une dette de près de 50 milliards d'euros, le groupe de télécoms et de médias de Patrick Drahi, maison-mère de SFR en France, multiplie les opérations de refinancement pour repousser toujours plus loin ses échéances de remboursement.
Pierre Manière

4 mn

Patrick Drahi, le propriétaire d'Altice, la maison-mère de SFR.
Patrick Drahi, le propriétaire d'Altice, la maison-mère de SFR. (Crédits : Reuters)

Il n'y a pas de temps à perdre. Depuis quelques mois, le groupe de télécoms et de médias de Patrick Drahi est particulièrement actif sur le front de la dette. Il faut dire qu'après les acquisitions de SFR (pour 17,4 milliards d'euros) et des câblo-opérateurs américains Suddenlink et Cablevision (pour un total de 23,6 milliards d'euros), celle-ci se situe désormais à 49 milliards d'euros. Un niveau stratosphérique atteint en un temps record puisqu'en 2013, elle n'était que de 2,7 milliards d'euros. C'est pourquoi aujourd'hui, profitant des taux d'intérêt bas, le groupe multiplie les opérations de refinancement. L'objectif est double: repousser les échéances de remboursement tout en diminuant, au passage, les frais financiers.

Ce lundi, Altice a annoncé avoir refinancé quelque 2,3 milliards d'euros de dettes de SFR auprès d'investisseurs institutionnels. Dans un communiqué, le groupe précise que l'opération va porter la maturité moyenne de la dette de l'opérateur de 7,3 à 7,6 ans, en réduisant son coût moyen pondéré de 5,3 à 5,2%. D'après Dennis Okhuijsen, le directeur financier d'Altice, le groupe a fait de ce type de renégociations une de ses grandes priorités. Dans le communiqué, il précise que depuis début 2016, Altice "a refinancé un peu plus de 20 milliards d'euros de dettes, prolongeant la maturité moyenne de la dette du groupe de 18 mois, tout en conservant son coût moyen".

L'ombre de Jean-Marie Messier

En communiquant largement sur les "succès" de telles opérations, Altice souhaite couper l'herbe sous le pied de ses détracteurs. Patrick Drahi n'est pas dupe : il sait que son énorme dette renvoie souvent l'image d'un colosse aux pieds d'argile, ce qui inquiète plus d'un observateur. Tous ont notamment en mémoire la chute de Jean-Marie Messier, l'ex-tout puissant patron de Vivendi. Lequel, plombé par une dette monstre, a vu son conglomérat mêlant télécoms et médias s'effondrer à la charnière des années 2000.

Ainsi, chez Altice, pas question de faire de la dette un tabou. Au contraire. Interrogé à ce sujet, Michel Combes, DG du groupe et PDG de SFR, l'assure: "Notre situation est d'un confort absolu", a-t-il asséné, un brin provocateur, dans nos colonnes la semaine dernière. Pour justifier ses dires, il explique qu'Altice n'a pas d'échéance majeure de remboursement "avant 2023". D'après une source proche du dossier, le groupe de Patrick Drahi sera en fait confronté à de grosses échéances à compter de 2022. A cette date, il devra rembourser environ 9 milliards d'euros. Et l'année suivante, il devra sortir quelques 7 milliards d'euros. Même si bien sûr, le groupe fera tout d'ici là, tant qu'il le pourra, pour rééchelonner encore ses dettes.

"Ne pas se faire trop casser la tête"

Pour Michel Combes, Altice n'a donc guère de soucis à se faire. D'une part la dette du groupe "est en grande partie à taux fixe", dit-il. D'autre part, ajoute le dirigeant, sa génération de cash "permet amplement de faire face à une remontée des taux". Le groupe se situe-t-il donc vraiment dans une situation de "confort absolu"? "C'est faux", indique d'emblée un analyste parisien. Avant de souligner que s'"il faut effectivement que le free cash flow soit au rendez-vous", ce n'est pas pour autant gagné. Car pour y arriver, "Altice ne doit pas se faire trop casser la tête en France et aux Etats-Unis sur l'opérationnel".

En d'autres termes, dans l'immédiat, cela signifie que Michel Combes et Patrick Drahi doivent remettre aussi vite que possible SFR sur les rails. Sachant que l'opérateur, qui a perdu 1 million de clients sur un an, est tombé dans le rouge au premier semestre, essuyant une perte de 84 millions d'euros. Pour relever la tête, Michel Combes a lancé une vaste restructuration chez SFR, qui compte se séparer de 5.000 collaborateurs, soit un tiers de ses effectifs.

Des marchés encore peu "rassurés"

Or il n'est pas dit que cette énorme vague de départs, même couplée à des investissements, permette au groupe de retrouver des couleurs. Fin juillet, Agathe Martin, analyste en charge des télécoms chez Exane-BNP Paribas, nous l'expliquait : "Bien sûr, un tel plan social aiderait le groupe à atteindre son objectif de marge à long terme de 45%. Mais cela ne contribue pas à rassurer le marché sur la capacité du groupe à se redresser", jugeait-elle. Car à ses yeux, cette saignée constitue de facto "un pari important sur l'augmentation de la productivité des salariés restants". Et c'est bien de leur travail que, in fine, dépendra la capacité de Patrick Drahi à rembourser les dizaines de milliards d'euros que les banquiers lui ont jusqu'à présent prêté sans sourciller.

Pierre Manière

4 mn

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Commentaires 21
à écrit le 19/10/2016 à 7:36
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endettement : près de 50 milliards ...! mais dites nous voir le chiffre d'affaire ; d'après les chiffres que l'on trouve , il se situait à 14 milliards ; alors ? qui va trouver qu'un endettement de 3 années et demi de c. d'affaire ...c'est sain ? ( e...

à écrit le 18/10/2016 à 17:04
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Chaine de Ponzi Madoff N°2 Outout simplement comme certains Banquiers , saut dans le vide !!!!!!!!

le 20/10/2016 à 8:57
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Le cas historique le plus serait plutôt MCI-Worldcom...

à écrit le 18/10/2016 à 16:31
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C'est étrange toutes les vérités ne doivent pas être publiées....manifestement...

à écrit le 18/10/2016 à 12:03
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Ce type n'est qu'un prédateur qui vit loin de la France avec les pires difficultés à le contacter. Ses dettes sont collossales et depuis des années les financiers sérieux savent et préviennent que le crash sera démentiel. Les banques comme toujou...

à écrit le 18/10/2016 à 10:06
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Il vrai que la relation client et la politique marketing sont actuellement illisibles. On dirait presque qu'ils veulent faire fuir les clients. J'ai aussi résilié, suite à des augmentations de tarifs. Sans parler d’autres "bizarreries"... Incompréhe...

à écrit le 18/10/2016 à 9:12
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Ce Mr Drahi est un nouveau Tapie mais "gestionnaire" et a compris que plus l'endettement est énorme plus les banques sont ficelées . Même si arrive un coup de trafalgar ,Drahi en retirera toujours un peu de sous.

à écrit le 18/10/2016 à 8:50
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A un pareil niveau de dette affirmer que tout baigne est un refus poli de voir la situation. Les requins sont nombreux et Drahi du haut de ses certitudes va se ramasser dur. Les banques qui ont prete, se paieront sur leurs clients, ils ont l'habit...

à écrit le 18/10/2016 à 7:11
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Pour comparaison, extrait du rapport annuel Orange 2015 Dettes E 30 Mlds (qui ne baisse pas depuis 2013...) Frais financiers E 1.6 Mlds Taux d'intérêt 5.3% Cashflow E 9 mlds dont E 6 Mlds amortissement 1. La dette est gigantesque car lors de l'a...

le 18/10/2016 à 10:11
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SFR disparaîtra à la première vague de remonte des taux Ils ont perdu des sous en début d année et ont une dette énorme Si bouygues continue à les empêcher de gagner de l argent ils vont exploser

à écrit le 18/10/2016 à 6:04
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Pourquoi laisse t'on faire ces rachats, ces concentrations qui créent des monstres dirigés par des "tyrans" ( ce personnage n'aime pas verser des salaires), qui détruisent l'emploi, qui tuent la concurrence et qui font ce qu'ils veulent ensuite au dé...

le 24/03/2017 à 10:59
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Car vous les financer avec vos contrats d'assurances vie et vos placements.

à écrit le 18/10/2016 à 4:40
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Je fais partie des clients qui ont quitté SFR car le service était plus que défaillant et le service client totalement inefficace, de plus SFR augmentait ses prix en catimini sans information préalable , cela m'a permis de résilier le contrat sans au...

le 18/10/2016 à 7:27
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17 milliards à rembourser à 5.2 % Il faut trouver la monnaie Normalement c'est sur 7 ans

à écrit le 18/10/2016 à 3:42
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Les banksters prêtent des milliards à une boîte vide, entre bons amis de Neuilly sur Seine. Ils s'en foutent, en cas de non remboursement, to big to fail, c'est le contribuable qui les sauvera.

le 19/10/2016 à 7:46
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le crif n'est pas à Neuilly , que je sache ( et Libé non plus ) .

à écrit le 17/10/2016 à 21:28
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Donc, il est fauché, le pseudo milliardaire. Comment les banques et autres intervenants financiers peuvent-ils prêter du capital pour ce genre de montage ? Ah oui, en cas de faillite les banques se fianceront en dernier ressort sur leurs clients, a...

à écrit le 17/10/2016 à 20:44
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Si j'ai bien compris il est content d avoir un taux à 5.2 % rires !! Vu qu'il a 50 milliards de dettes et que sur perd de l argent je comprend qu'il repoussé la dette Je connais pas les prêteurs mais ça me semble pas un très bon client lol

le 18/10/2016 à 9:36
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Si vous avez de l'épargne dans les banques ou de l'assurance vie, le prêteur c'est vous.

à écrit le 17/10/2016 à 19:09
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Ouais bon, disons que Drahi c'est fini. Moi j'aimerais bien que la banque me réponde enfin sur mon découvert de deux euros qui m'en a coûté 27 d'agios, pauvre Drahi qu'est-ce qu'il doit en payer !

à écrit le 17/10/2016 à 18:11
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La question est : quand est ce que le château de carte va s'effondrer???? Mais les créanciers sont tellement embringués qu'ils ont du mal à dire non! Et une affaire financière de plus à l'horizon 2018 -2019?

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