Aurélie Filippetti : "nous rétablirons l'indépendance des médias"

La parlementaire socialiste de Moselle, chargée de la culture, 
des médias et de l'audiovisuel dans l'équipe de François Hollande, dévoile le projet du candidat socialiste.

5 mn

Copyright Reuters
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La Tribune publie sa dernière édition en tant que quotidien papier. Que cela vous inspire-t-il ?
D'abord, qu'il faut réformer les aides à la presse, aujourd'hui trop dispersées, et dont un tiers va à une presse de loisirs qui n'en a pas vraiment besoin. Nous créerons donc un guichet unique, et orienterons la grande majorité des aides vers la presse qui s'adresse au citoyen.
Ensuite, nous rétablirons l'indépendance des médias, qui doit être absolue, c'est un des piliers d'une société démocratique. Ne pas avoir respecté cette indépendance est un des pires reproches qu'on peut faire au Sarkozysme.
En pratique, les équipes rédactionnelles -par exemple via les Sociétés de journalistes- devront être dotées d'un statut juridique et représentées au conseil d'administration.
Nous présenterons aussi une nouvelle loi sur la protection des sources des journalistes, qui s'inspirera de la loi belge, une des plus protectrices en la matière. La loi de 2010 ne règle aucun problème, notamment elle n'inclut pas les factures téléphoniques détaillées, ce qui est aberrant.
Enfin, nous durcirons les dispositifs anti-concentration, en fixant des plafonds d'audience par groupe. Nous plafonnerons aussi la part du capital détenue par les entreprises bénéficiant de commandes publiques.
Par ailleurs, nous préserverons l'indépendance de l'AFP et conserverons son statut particulier.


Que proposez-vous pour le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) ?
D'abord, renforcer ses pouvoirs de sanction, aujourd'hui insuffisants. Ensuite, le CSA devra mieux respecter le respect des missions de service public. Les programmes actuels des chaînes privées ne sont pas satisfaisants en matière de pluralisme, d'éducation à la citoyenneté... Par exemple, il n'est pas normal qu'il n'y ait quasiment plus d'émissions politiques sur les chaînes privées. Nous réviserons aussi les règles du temps de parole pour aboutir à l'égalité entre majorité et opposition. Il n'est pas juste qu'une bonne partie des interventions du Président de la République et de ses conseillers ne soient toujours pas prises en compte. Enfin, rapprocher le CSA du gendarme des télécoms, l'Arcep, avec deux sous-collèges différents, est une piste intéressante.


Quel est votre projet pour l'audiovisuel public ?
Avant tout, ses dirigeants ne seront plus nommés par l'Elysée, mais de manière indépendante. Ma préférence irait à une nomination par un conseil d'administration profondément réformé, élargi aux représentants du personnel et aux parlementaires de tous bords. Et les représentants de l'Etat ne participeraient pas à cette nomination.
Ensuite, nous créerons une chaîne pour les enfants et sans publicité, peut être à partir de France 4. Le fait que l'Etat n'ait pas préempté un canal pour cela est une occasion manquée.
Enfin, nous renforcerons le financement en rétablissant la redevance dans les résidences secondaires, qui pourrait être par exemple la moitié de la redevance de la résidence principale. Enfin, nous reviendrons sur la fusion entre RFI et France 24. RFI a été affaibli, et la gabegie actuelle de l'Audiovisuel extérieur  impose une réforme.


Rétablirez-vous la publicité ?
Non. Financièrement, cela ne rapporterait pas grand chose. Surtout, c'est irréversible, même si cela n'a pas été une bonne réforme: les chaînes publiques ne se sont pas libérées de l'audimat, et les horaires restent fluctuants. Mais nous maintiendrons la publicité en journée. Le fait que la droite ait reporté à 2016 la suppression de la publicité en journée démontre qu'elle s'est rendue compte de son erreur.

 

Que ferez vous de la loi Hadopi ?
Elle sera remplacée, car elle devenue le symbole de l'opposition entre les créateurs et leur public. En particulier, nous arrêterons d'envoyer des emails, c'est inefficace et intrusif. Hadopi n'a pas fait baisser le téléchargement, mais a juste poussé les internautes vers le streaming et le téléchargement direct. L'affaire Megaupload montre bien que Hadopi n'a rien résolu. Et Hadopi n'a guère favorisé la création française : les films et les chansons les plus piratées sont les blockbusters américains. Enfin, Hadopi n'a pas rapporté un euro de plus aux créateurs. Ce que veulent les créateurs, ce n'est pas s'acharner contre les internautes, mais faire émerger de nouveaux modèles économiques. Les intérêts des artistes et de leur public ne sont pas opposés, même économiquement. Cette idée d'opposition entre eux est un mensonge de démagogues.


Instaurerez-vous une licence globale ?
Non. Les créateurs doivent être rémunérés pour chacune de leurs oeuvres. Mais le prix de l'offre légale devra baisser. Et de nouvelles ressources trouvées en taxant les fournisseurs d'accès Internet, les fabricants de matériels, et les sites comme Google ou Amazon. Taxer ces derniers n'est pas impossible, mais cela passe par une négociation européenne. Il est aussi possible de rechercher des accords avec ces sites, comme l'ont fait les bibliothèques avec Google. Toutefois, je suis favorable à un dispositif réservé aux étudiants, qui leur permette d'accéder aux oeuvres, légalement mais à moindre coût. Cela se fera bien sûr en accord avec les créateurs.


Comment améliorer l'offre légale ?
D'abord, il faut garder le principe de la chronologie des médias, mais la raccourcir, de façons à avoir des films plus frais. Ensuite, les formules d'abonnement devront être développées. En outre, il faudra créer un portail public recensant l'offre légale. Enfin, la gestion collective des droits devra être développée.
 

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Commentaires 8
à écrit le 01/02/2012 à 12:49
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Dire que l'on ne va pas instituer une licence globale puis parler de revenus basés sur des taxes, c'est quand même un peu jouer sur les mots... Car en ce qui concerne la licence globale le vrai problème est l'impossibilité de mettre en place un sy...

à écrit le 01/02/2012 à 12:49
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Dire que l'on ne va pas instituer une licence globale puis parler de revenus basés sur des taxes, c'est quand même un peu jouer sur les mots... Car en ce qui concerne la licence globale le vrai problème est l'impossibilité de mettre en place un sy...

à écrit le 31/01/2012 à 17:43
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Encore une qui n'a pas cassé trois pattes à un canard. Ell se prend pour quelqu'un d'important.

à écrit le 31/01/2012 à 17:22
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Cela veut il dire qu'elle aura enfin le droit de critiquer les socialistes ?

à écrit le 31/01/2012 à 16:09
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Elle se moque de qui, pour ceux qui ne sont plus tout jeune, je me souviens qu'à l'arrivée de Miterrand il y a eu un grand ménage dans tout le culturel, audiovisuel, education nationale, grandes entreprises etc.... Franchement quel toupet, les social...

à écrit le 31/01/2012 à 12:47
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Ha ! Alors il va falloir dans les rédactions embaucher un paquet de journalistes "non-gauchisant" pour essayer de rétablir un semblant d'équilibre !

à écrit le 31/01/2012 à 11:41
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Tous ces commentaires sont affligeants !! Il est vrai qu'une partie des medias est manifestement orientée à gauche (normal après 15 ans de droite au pouvoir) mais je vous rappelle que la chaîne des beaufs (TF1) qui est d'ailleurs la plus regardée en ...

le 01/02/2012 à 18:15
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En quoi cela vous ennuie que TF1 soit à droite. Rien ne vous oblige à la regarder. Il y a 90 %de médias audios, TV, presse écrites à gauche. Avec tout cela vous avez l'embarras du choix ! Pour terminer il est de bon ton de se foutre de TF1 ! ce fut...

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