Owni se sépare de son fondateur pour se relancer

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Wikileaks a donné le ton du data-journalisme Copyright Reuters
Wikileaks a donné le ton du data-journalisme Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Nicolas Voisin, le fondateur du média en ligne, se consacrera entièrement à Tactilize, une activité d'édition d'application pour l'iPad. Eric Series, l'homme d'affaires qui renfloue la société depuis plusieurs mois, prend la main sur le site de presse en ligne.

Entre les deux, le divorce était devenu inéluctable. Owni, le média en ligne, et son fondateur Nicolas Voisin, jusqu?à ce jour directeur de la publication, se séparent. Depuis presque un an, Nicolas Voisin se consacrait plutôt à Tactilize, une activité d'édition d?applications éditoriales pour iPad lancée en janvier dernier qu?à Owni. "J?étais à la fois à la tête d?Owni, de Tactilize, j?avais besoin de souffler un peu. Owni devient une société indépendante. C?est comme un enfant qui a grandi, auquel on paye un appart", explique l?intéressé.

Le data-journalisme comme porte-drapeau

Owni s?est fait un nom sur la place publique, en surfant sur le « data journalisme », cette nouvelle forme de journalisme, qu?a surtout incarné Wikileaks, qui fit grand bruit en publiant les mémos diplomatiques américains. Owni sortit de l?anonymat en créant une à la demande du sulfureux Julian Assange une application permettant aux internautes français d?accéder facilement à 400.000 documents militaires sur la guerre en Irak. "Le data journalisme, permet, pour la première fois, de proposer un journalisme sans angle, libéré d'orientation politique, donnant à voir la réalité autrement, dans toute sa complexité, de manière plus complète", explique aujourd?hui le directeur de la petite rédaction parisienne, Guillaume Dasquié, qui a pris la place de Nicolas Voisin, comme directeur de la publication.

Retrait opérationnel

Nicolas Voisin se retire de la conduite opérationnelle d?Owni. Juridiquement, la société mère, 22 Mars se rebaptise Tactilize et l?activité de presse, qui compte 18 salariés, est filialisée dans une structure dédiée, Owni SAS. Le capital de Tactilize appartient à 45 % à ses fondateurs, à 13 % aux salariés, à 21,5 % à ses parrains (parmi lesquels Bernard Henri Lévy, Xavier Niel, Marc Simoncini...) et 20 % à Eric Series, un homme d?affaires français. Pour le moment, Tactilize détient 100 % du capital. Mais c?est provisoire. Eric Series prévoit d?apporter de quoi faire vivre la société deux ans ? seul, via son family office, Avenport, ou accompagné, d'après Nicolas Voisin -, diluant de facto les anciens actionnaires. Le fondateur, qui reste actionnaire assure "vouloir participer à cette nouvelle augmentation de capital". Il a rencontré Eric Series, qui a des affaires à l?île Maurice, par l?entremise de Bernard-Henri Lévy, appelé à la rescousse par l?un des parrains de la société, Jean-Baptiste Descroix-Vernier. Comme un tas d?autres entrepreneurs du Web ou de personnalités, le PDG de Rentabiliweb avait signé un chèque de 20.000 euros l?an passé pour renflouer un Owni au bord de la cessation de paiement.

Le retrait de Nicolas Voisin correspond au désir de la rédaction du site et de certains actionnaires, qui lui reprochaient une gestion opaque de la société. Ces derniers temps, certains salariés se plaignaient en interne de retards de salaire. De fait, outre un apport en capital, Eric Series a maintenu la société à flot, injectant au total 700.000 euros de compte courant. Il a choisi comme président un ami, Didier Adès, un ex-de France Inter.

La fin d'un modèle économique

Cette séparation marque aussi la fin du modèle économique vendu au départ par Nicolas Voisin, selon lequel le journalisme de données ou les prouesses graphiques du site devaient servir de vitrine à la vente de prestations informatiques à des tiers. C?est l?activité d?agence Web de 22 Mars qui a généré jusque là quasiment 100 % du chiffre d?affaires de l?entreprise. Mais les prestations informatiques, qui ont sensiblement baissé, n?étaient, de toute façon, pas suffisantes pour payer les salaires. De source interne, l?an passé, la société, qui ne dépose pas ses comptes, a généré sur un peu d?un an d?activité un million d?euros de chiffre d?affaires mais autant de pertes.

En termes de modèle économique, les deux sociétés ? Owni et Tactilize ? repartent de zéro. Owni nouvelle version va tenter de vivre de son c?ur de métier, l?information. "Entre Médiapart et Rue 89, il existe d?autres modèles. Des internautes attachés à la gratuité de l'info, parce que c'est un bien public, sont néanmoins prêts à acheter des contenus dans l'AppStore ou des eBooks sur Amazon. Et nous avons réalisé un accord commercial sur le véritomètre avec iTélé", indique Guillaume Dasquié. Mais ces nouvelles activités sont marginales et Owni n?a pas prévu de faire de développement Web.

Tactilize vise 2 millions de profits en 2013

De son côté, Tactilize, espère conquérir 2.000 clients d?ici à 2013 sur sa plateforme d?éditions d?applications iPad et générer 2 millions de profits la même année. D?ici là, Nicolas Voisin veut "lever environ un million d?euros auprès de deux ou trois investisseurs".

 

Le Conseil national du numérique très présent au capital

C'est une coincidence amusante. Plusieurs membres du Conseil national du numérique avaient investi dans la société de Nicolas Voisin, notamment lorsque ce dernier avait fait un appel aux dons l'an passé. Ont notamment mis de l'argent Jean-Baptiste Descroix Vernier, Marc Simoncini, François Momboisse, Patrick Bertrand, le nouveau président, et Xavier Niel. 

 

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Commentaires
a écrit le 27/09/2012 à 11:14 :
C'était couru. Navigation à vue, vampirisme d'idées, rideau de fumée, machine à rumeurs, procédés peu délicats comme celui d'imposer un statut d'auto-entrepreneur à la plupart de ses collaborateurs pour réduire les charges mais de leur accorder des parts - infimes - en guise de compensation-fil à la patte. Le patron s'accordant un beau salaire, preuve d'une solidarité à géométrie variable.
Au final il reste quoi? Une sorte d'Actuel pour rebelles bien pensants, de Wired français surfant au gré des vagues de son créateur persifleur et serpentin. Un peu plus de liberté désormais? Souhaitons-le.
Soyons honnêtes: dans le genre, c'est réussi. Mais il n'aurait pas eu de créateur sans les créateurs véritables, toute l'équipe qui pour le coup était sincère, engagée, ne mégotant pas sur les efforts demandés.
Reconnaissons à Voisin son talent d'embobineur de talents et de rafleur de mise, d'homme "de gauche" très à l'aise un peu partout dès lors qu'il faut chercher les sous. Dans l'affaire il reste le grand gagnant, c'est du ponzi pour un seul homme. A toute petite échelle de rien du tout, certes. A la mesure de sa grandeur.

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