Quand les radios musicales se mènent une guerre sans merci sur les artistes

NRJ a été condamné par le Tribunal de commerce de Paris à verser un million d'euros de dommages et intérêts pour avoir prétendu parrainer des concerts sur lesquels Skyrock était partenaire. La décision illustre l'importance pour les stations des partenariats musicaux.
La star de la musique urbaine Rihanna
La star de la musique urbaine Rihanna (Crédits : Rihanna en Paule Ka)

Les radios musicales ne peuvent se contenter de passer des «playlists». Il faut aussi qu?elles promeuvent -ou donnent au moins l?impression- de promouvoir des artistes. La guerre fait donc rage pour accoler son nom aux plus grandes gloires. Non contentes d?offrir toute l?année des places gratuites aux plus fidèles, elles concluent aussi des partenariats en série avec des concerts. Entre NRJ, Fun Radio et Skyrock, la guerre fait rage sur les artistes urbains. Voir NRJ, devenue première radio de France au printemps, vouloir s?attribuer le parrainage de «ses» artistes n?a pas été du tout du goût de Skyrock, qui l?a assignée devant le tribunal de commerce de Paris.

Concurrence déloyale
Objet de la plainte: NRJ a présenté sur ses antennes comme étant des «concerts NRJ», une série d?artistes, dont certains -en l?occurrence Sean Paul, Rihanna et Nicky Minaj- étaient en partenariat avec Skyrock. Le Tribunal de commerce de Paris a donné raison à la radio rock en jugeant NRJ coupable de «concurrence déloyale» et en lui imposant de verser plus d'un million d?euros de dommages et intérêts à Skyrock.

«Rien n?interdit de faire gagner des places»
NRJ, qui a fait appel de la décision, a une autre version de l?affaire: «La phrase a été sortie de son contexte. Rien n?interdit en France de faire gagner des places pour des concerts que l?on ne parraine pas», justifie Maryam Salehi, directrice déléguée de NRJ Groupe, qui rappelle que le slogan, qui évoquait plusieurs artistes était: «Sean Paul, Rihanna, Nicki Minaj, LMFAO, David Guetta, Black Eyed Peas, Lady Gaga, tous les concerts sont des concerts NRJ, à tout moment, vous pouvez gagnez des places pour voir les plus grands artistes».

S?il ne conteste en effet pas la possibilité de faire gagner des places, le tribunal reproche à NRJ d?entretenir l?illusion sur le lien réel entre la radio et les concerts en question. «Ce slogan est nécessairement compris par ses auditeurs comme signifiant que NRJ parraine ou organise les concerts de ces artistes», indique le jugement. Parmi les artistes évoqués par le slogan, certains n?ont aucun partenaire radio, comme les Black Eyed Peas, d?autres sont liés avec une station concurrente, comme Lady Gaga avec Fun Radio.

Pseudos exclusivités

En général, ces partenariats se concrétisent sous forme d?échange marchandise: la radio donne de la visibilité au concert, et reçoit en contrepartie des places qu?elle fait gagner à ses auditeurs. En l?absence de partenariats, les stations achètent des places et surenchérissent à l?antenne sur des pseudos exclusivités. «Il y a un an déjà sur les Black Eyed Peas, nous avions écrit à NRJ pour lui reprocher une publicité mensongère. Ils affirmaient dans des spots télé qu?ils étaient la seule radio à offrir des places à ses auditeurs. Alors qu?on était trois avec Fun Radio et Skyrock», se souvient Laurent Bouneau, le directeur général des programmes de Skyrock.

Surtout, cet historique de Skyrock reproche à son concurrent son opportunisme. «Ils ont lâché les artistes urbains pour les comédies musicales, et là ils veulent revenir en force sur des artistes sur lesquels on a pris des risques et que nous avons popularisés». Skyrock était le partenaire des 17 concerts auxquels a participé Sean Paul en France depuis 2002, et soutient depuis le début Rihanna, devenue depuis une îcone mondiale de la musique urbaine. Evidemment, ces exclusivités sont provisoires -elles durent à peine le temps du concert- et éphémères. Ainsi, Usher, en changeant de producteur est aussi passé de Skyrock à NRJ.

Préjudice hypothétique

Chez NRJ, on conteste aussi avoir porté préjudice à Skyrock, et donc être redevable du moindre dédommagement. «En droit français, on ne peut constater un préjudice hypothétique. Il faut qu?il soit réel. Or, je rappelle que l?audience de Skyrock a monté sur la dernière vague. Quant au montant, il est égal à trois fois le bénéfice net de Skyrock. Qu?est-ce qui peut justifier une telle somme», s?emporte Mariam Salehi, qui omet de dire que l?audience de NRJ a également augmenté. Reste à savoir comment ces arguments porteront devant la Cour d?appel.
 

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