Pour l'Arcep, la convergence entre les télécoms et les médias menace les réseaux

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Patrick Drahi, le propriétaire de SFR, a tout misé sur la convergence entre les télécoms et les médias pour se différencier.
Patrick Drahi, le propriétaire de SFR, a tout misé sur la convergence entre les télécoms et les médias pour se différencier. (Crédits : Reuters)
Dans une interview au Financial Times, Sébastien Soriano, le président de l’Arcep, le régulateur français des télécoms, s’inquiète que l’intérêt des SFR ou Orange pour les médias ne freine leurs investissements dans la 4G et la fibre.

Décidément, l'Arcep, le régulateur des télécoms, attaque 2017 sur les chapeaux de roues. Après avoir jeté un pavé dans la mare en affichant sa volonté de réguler Orange dans la fibre, Sébastien Soriano, son président, critique désormais les ambitions des opérateurs français dans les contenus. En clair, il considère que la volonté de certains acteurs d'étoffer leurs catalogues de films, de séries ou d'événements sportifs pourrait nuire aux investissements dans l'Internet à très haut débit. C'est-à-dire au déploiement des réseaux 4G et en fibre optique.

Ce dimanche, le président de l'Arcep a fait part de son inquiétude au Financial Times :

« Si les opérateurs de télécommunications investissent massivement dans les contenus, il y a un grand risque que cela nuise aux développements des réseaux. »

Cette charge vise directement SFR, dont le chef de file, Patrick Drahi, a fait de la convergence entre les médias et les télécoms l'atout numéro un pour retrouver la confiance des clients. Depuis plusieurs mois, l'opérateur au carré rouge dépense des centaines de millions d'euros pour étoffer son offre de journaux et chaînes de télévision (Libération, L'Express, BFM-TV, RMC...), de cinéma et de divertissement (exclusivité des chaînes NBCUniversal ou Discovery) ou de sport (Premier League, rugby anglais, athlétisme français...). Au point d'être entré, sur ce dernier créneau, en concurrence frontale avec Canal+ et BeIn Sports.

Orange lorgne Canal+

L'autre cible des critiques de l'Arcep est Orange. Face à l'appétit de SFR dans les contenus, le leader des télécoms françaises ne compte pas se laisser faire. C'est sans doute la raison pour laquelle Stéphane Richard, le PDG de l'opérateur historique, s'intéresse beaucoup à Canal+. En décembre dernier, le grand patron a officiellement affiché son intérêt pour la filiale de Vivendi : « Si demain matin, Canal+ était à vendre, c'est certain qu'Orange s'y intéresserait. Evidemment », a-t-il lâché d'après l'agence Reuters.

Face à cet appétit, Sébastien Soriano souhaite que Orange et SFR lui disent clairement que les réseaux sont leur priorité. « Je préférerai que les opérateurs affichent clairement leur souhait d'investir dans la fibre, dans la 4G, dans la 5G, plutôt que d'évoquer en permanence les contenus », dit-il au FT. Ce qui ne manque pas sel, puisque quelques jours auparavant, Orange et SFR ont tous deux communiqué à ce sujet ! L'opérateur historique a indiqué s'être associé avec l'équipementier suédois Ericsson pour développer la 5G. Quant à SFR, ses responsables ont martelé, lors d'une conférence de presse, qu'ils investissaient désormais beaucoup dans les réseaux. Mais surtout, qu'ils souhaitaient en faire davantage dans la fibre.

La hantise d'un duopole

Sur le fond, le patron de l'Arcep milite pour que les opérateurs se différencient par leurs réseaux plus que par leurs portefeuilles de contenus. Pourquoi ? Parce qu'il craint que « si deux joueurs s'engagent dans une stratégie de différenciation par les médias », cette situation ne débouche sur un duopole. Or les duopoles sont le cauchemar de tout régulateur. « Ils sont très difficiles à réglementer », poursuit le patron de l'Arcep. Lequel appelle donc les opérateurs « à en rester là ». Pas sûr, toutefois, que Patrick Drahi et Stéphane Richard l'entendent ainsi...

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Commentaires
a écrit le 01/02/2017 à 15:36 :
OUI! La convergence média-opérateur est nuisible au réseau, mais tout aussi nuisible pour l'utilisateur. Car il se verra contraint de choisir entre telle ou telle offre TV, et devra choisir le FAI en fonction des chaînes qu'il souhaite recevoir.

Le plus bel exemple est actuellement l'exclusivité des chaînes Discovery via SFR. Ce qui oblige toute personne qui recevait auparavant ces chaînes quel que soit son FAI à changer obligatoirement pour SFR s'il souhaite continuer à les voir. Et encore, même beaucoup de clients SFR qui ne sont pas éligibles à la TV by SFR ne peuvent plus voir les chaînes Discovery, alors qu'auparavant ils les recevaient via Canal par satellite.

Alors? Beau progrès n'est ce pas? Le client n'est pas roi, le client est tout juste bon à payer pour une qualité de service exécrable chez SFR... Moi JAMAIS, je reste chez orange. Tant pis pour les chaînes Discovery. Et je ne suis pas la seule, allez voir la page FaceBook de Discovery. Vous verrez les centaines de commentaires de gens mécontents.
a écrit le 31/01/2017 à 11:02 :
Si on veux éviter de voir la constitution de 2 ou 3 monopoles regroupant réseaux et médias, il n'y a qu'une solution: légiférer. Interdire à un groupe de présent dans les réseaux d'être présent dans les médias.
la liberté de la presse est en cause. ET demain les usagers verront augmenter leur facture internet et le cout des abonnements TV. On sera perdant sur toute la ligne. Payer plus cher pour etre moins bien informé
Par ailleurs on peut s'interroger sur le financement de ses acquisitions. Tout cela se fait à crédit et certains ont des dettes colossales.
On peut critiquer le déficit de l'état, mais alors quid de ces entreprises?
a écrit le 31/01/2017 à 8:56 :
ils doivent se differencier par leur reseau apres qu'orange mette quasi gratuitement son reseau a dispo des autres!
ils ont tous les moyens d'investir, surtout celui qui marge a 80%, donc je ne vois pas le pb......
de toute facon il est urgent d'arreter d'investir en france, c'est pas rentable, et les reseaux sont suffisamment bons
a écrit le 31/01/2017 à 7:13 :
En tout cas, la manip consistant pour SFR à abonner gratuitement (et sans qu'il soit possible d'y renoncer) ses abonnés FAI à ses contenus de presse ET faire déduire les montants concernés des abonnements afin de bénéficier d'une TVA réduite est scandaleux.
Ce type de comportement est hallucinant. On force le client de FAI sans son accord, à de fait subventionner des médias qu'il n'a en rien choisi de lire ou de soutenir et probablement encore moins de financer. Dont Libé pour ne citer que lui.
Réponse de le 01/02/2017 à 15:29 :
Et que dire de l'obligation de s'abonner à SFR si l'on veut continuer de regarder les chaînes Discovery, chaînes auxquelles tout le monde avait accès auparavant quel que soit son opérateur grâce à Canal. Je suis d'accord que la convergence média-opérateur nuit fortement à l'utilisateur et à sa liberté de choisir qui il veut comme FAI. Cela devient une dictature, probablement dans l'intérêt de SFR qui a pour but de nous imposer un abonnement à 150$, n'est ce pas m. Drahi ?
a écrit le 31/01/2017 à 6:33 :
c'est que certains acteurs bénéficient de conditions très particulières quant à l'application du droit de la consommation, et donc de rentes sidérantes par la décontraction de leur modus operandi. Essayez de faire le centième dans une PME et on en reparle...
a écrit le 30/01/2017 à 19:53 :
Mettre dans la même main le medium et le réseau, c'est reconstituer l'ORTF d'avant 1974.
En conséquence le réseau sera de plus en plus dédié au medium, et la concurrence des média étouffée. Il y a de quoi s'inquiéter.

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