Pourquoi les objets connectés ne décollent pas (encore)

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L'Apple Watch, lancée en avril dernier, suscite de nombreux espoirs pour l'ensemble du secteur des wearables, qui espèrent profiter de la puissance d'Apple pour créer un marché dans les montres connectées.
L'Apple Watch, lancée en avril dernier, suscite de nombreux espoirs pour l'ensemble du secteur des wearables, qui espèrent profiter de la puissance d'Apple pour créer un marché dans les montres connectées. (Crédits : © Issei Kato / Reuters)
Les objets connectés peinent à s’imposer dans le quotidien des Français malgré l’augmentation de l’offre et la révolution des usages qu’ils promettent. Toujours perçus comme des « gadgets » dispensables, ils pâtissent aussi d’un coût élevé et de craintes liées à la sécurité des données personnelles. Autant de défis pour les acteurs d’un marché promis à un bel avenir.

Les objets connectés sont-ils vraiment l'eldorado promis ? Depuis 2010, les experts et prospectivistes du monde entier ne cessent d'annoncer leur essor imminent, à grands renforts de chiffres tous plus spectaculaires les uns que les autres. En février dernier, le cabinet GfK prédisait que deux milliards d'objets connectés seront vendus en France d'ici à 2020, soit... au moins trente par personnes!

Au niveau mondial, les estimations varient même du simple au triple. Si on compile les différentes études sur le sujet, entre 30 et 100 milliards d'objets constituants "l'internet des objets", qualifiés de "connectés" ou d' "intelligents", pourraient être en circulation en 2020.

Décalage entre les attentes et la réalité

La démesure de ces promesses tranche avec la situation actuelle du marché. En 2014, les Français ont acheté un million d'objets connectés, selon GfK. Le marché est surtout tiré par les objets du quantified self comme les traqueurs d'activités, et les wearables, à l'image des montres connectées. Si les ventes devraient doubler en 2015, preuve que le public s'y intéresse, les objets connectés représentent davantage une vague que le raz-de-marée annoncé.

Pourtant, encouragés par ces perspectives et convaincus que l'Internet des objets est "the next big thing", les constructeurs du monde entier s'y mettent. De plus en plus d'objets connectés apparaissent sur le marché et déclenchent une vague d'enthousiasme au moment de leur sortie. Les objets connectés ont même été les grandes stars du salon IFA, la grand-messe mondiale de l'électronique grand-public, qui s'achève ce mercredi à Berlin. De la plaque de cuisson au casque de vélo, en passant par les montres, la télévision et la machine à laver, tout se connecte désormais.

Trop "gadgets" pour le grand public

Pour réaliser son immense potentiel, le secteur de l'Internet des objets, qui se compose en réalité d'une multitude de petits secteurs (domotique, quantified self, smart city, automobile avec les voitures sans conducteurs, systèmes intelligents pour les entreprises...) devra régler quelques problèmes qui freinent aujourd'hui son développement.

A commencer par la question de la valeur d'usage. Pour séduire les foules, il faut que le produit réponde à un besoin. Le taux d'équipement du smartphone a dépassé la barre de 70% car de plus en plus de personnes veulent être connectées en permanence à leur messagerie, se géolocaliser dans la rue ou accéder aux réseaux sociaux dans le bus.

Or, le grand public ne considère toujours pas les objets connectés comme indispensables. Posséder un traqueur d'activité, un jean connecté ou un réfrigérateur qui envoie une alerte la veille de la date de péremption des yaourts reste perçu comme relevant du gadget.

Le décollage des ventes des traqueurs d'activités (+115% sur un an au premier semestre en Europe, à 3,2 millions d'unités) montre que la perception commence à évoluer. Mais les objets connectés dans la maison, sur lesquels les constructeurs misent beaucoup, souffrent toujours d'un problème d'image, comme l'explique le directeur marketing d'une grande enseigne d'électroménager française, rencontré par La Tribune à l'IFA:

"Je suis persuadé que la maison intelligente, remplie d'objets qui se connectent les uns aux autres pour nous faciliter la vie, s'imposera un jour ou l'autre. Mais il est vrai que le public recherche avant tout la fonctionnalité au meilleur prix. Aujourd'hui, on n'a pas encore réussi à créer le besoin. Seuls les technophiles ou les classes sociales supérieures sont prêts à payer plus cher pour ce type de confort. C'est un problème mais comme avec d'autres marchés, c'est en faisant progressivement évoluer l'offre en proposant de moins en moins d'appareils non-connectés qu'on créera le besoin"

Trop chers pour le service rendu ?

Pour les professionnels du secteur, le marché des objets connectés est dans la même situation que celui du téléphone mobile dans les années 1990, ou que le smartphone il y a près de dix ans. Une question de temps pour Jens Heithecker, le directeur de l'IFA, interrogé par l'AFP. "Le marché se développe lentement. Combien de personnes ont dit dans les années 1990 "je n'aurais jamais besoin d'un mobile de ma vie?"

Sans réelle perception du besoin, le prix pose alors problème. D'après une étude Harris Interactive, 68% des Français estiment que le coût trop élevé d'un objet connecté est le principal frein à l'achat. En dehors des technophiles et des classes sociales aisées, rares sont les personnes disposées à dépenser une centaine d'euros supplémentaires pour la fonction connectée d'un lave-linge.

Le problème de la sécurité

Autre frein à l'adoption massive des objets connectés: la sécurité et la confidentialité des données. Laisser des objets recueillir et analyser en permanence des informations extrêmement personnelles nécessite un rapport de confiance entre l'utilisateur et l'entreprise. Les traqueurs d'activités gèrent un nombre important de données sensibles relatives à la santé, tandis que les objets de la maison intelligente détiennent des informations sur le mode de vie.

Depuis deux ans, plusieurs hackers ont démontré à quel point il est facile de prendre le contrôle des objets connectés. Piratage de serrures connectées pour faciliter l'entrée des cambrioleurs, prise de contrôle des appareils gérant de chauffage ou le Wi-Fi...

En juillet dernier, deux hackers se sont même infiltrés dans l'ordinateur central d'une Jeep ultraconnectée. Le conducteur, un journaliste du site Wired qui s'était porté volontaire pour l'expérience, a assisté, impuissant, à un spectacle terrifiant. Les pirates ont pu régler la climatisation à distance, monter le volume de la radio et même faire freiner la voiture au milieu de l'autoroute tout en bloquant les pédales, ce qui rendait impossible toute intervention humaine.

Or, en 2014, HP estimait dans une étude que 80% des objets connectés présentent des failles de sécurité majeures. La faute, selon l'étude, à une trop faible prise en compte des enjeux de sécurité en amont dans la chaîne de production.

Besoin de simplicité

A cette problématique de sécurité s'ajoute celle du respect de la vie privée. De quoi faire craindre, selon France Stratégies, des "schémas orwelliens caractérisés par la lecture constante des agissements individuels" dont l'ampleur "pourrait conduire au rejet du déploiement de ces technologies".

"La clé sera certainement de rendre attractif et simple d'accès l'usage des objets connectés", résume Medhi Nemri, dans une étude de France Stratégie parue en début d'année. Pour cela, les grands groupes et startups doivent proposer des objets inter-opérables, simples et vendus à des prix raisonnables.

L'enjeu est primordial pour les entreprises. Miser sur de nouveaux usages grâce aux capteurs et aux réseaux leur permet de trouver de nouveaux relais de croissance et d'éviter de se faire "ubériser", à l'image de Tanita, ringardisé par le français Withings dans les balances. Les Samsung, Huawei, LG ou Bosch l'ont bien compris, en atteste l'évolution de leur catalogue toujours plus connecté.

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Commentaires
a écrit le 27/10/2015 à 17:59 :
Il s'agit là d'un point de vue sur la percée des objets connectés dans le grand public. Il en est tout autre dans le monde de l'entreprise.
a écrit le 12/09/2015 à 0:48 :
Il faudrait surtout un vrai service, au lieu d'un fichage par on ne sait qui, mais qui revend ce qu'il a eu gratuitement.
a écrit le 11/09/2015 à 14:28 :
un "traqueur d'activité", c'est quoi et à quoi çà sert, à part nous ficher encore plus ???
a écrit le 11/09/2015 à 9:39 :
La question est plutôt: "Pourquoi les objets connectés devraient ils décollé?"
a écrit le 11/09/2015 à 8:47 :
...Parce que ça n'a aucun intérêt. Exemple, une machine à laver connectée à quoi ça sert? A rien et ça ne fait même pas avancer le "schmilblick". 5 programmes et un départ différé sont suffisants. On préférerait des machines qui, comme "avant, durent dans le temps et soient réparables.
a écrit le 11/09/2015 à 8:47 :
...Parce que ça n'a aucun intérêt. Exemple, une machine à laver connectée à quoi ça sert? A rien et ça ne fait même pas avancer le "schmilblick". 5 programmes et un départ différé sont suffisants. On préférerait des machines qui, comme "avant, durent dans le temps et soient réparables.
a écrit le 11/09/2015 à 8:15 :
des montres qu'il faut recharger tout les 48H, qui coûtent une fortune ... NON merci !
Réponse de le 11/09/2015 à 9:23 :
Le problème, est la,connection, qui s infiltre dans votre vie privée.....avec des opérateurs internet de.plus en plis gourmands de données a revendre, ans aucun contrôle,de notre part
Réponse de le 11/09/2015 à 9:23 :
Le problème, est la,connection, qui s infiltre dans votre vie privée.....avec des opérateurs internet de.plus en plis gourmands de données a revendre, ans aucun contrôle,de notre part
Réponse de le 11/09/2015 à 9:39 :
Exactement! J'ai pour ma part une montre avec une autonomie de plusieurs années et qui donne l'heure. Etonnant non? :)

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