Pourquoi Orange s'intéresse beaucoup à Canal+

L’opérateur historique voit dans la chaîne cryptée un moyen de doper ses revenus en proposant davantage de films, de séries et de contenus payants à ses clients. En outre, les deux groupes ont des affinités stratégiques. Ils sont, par exemple, tous les deux présents en Pologne et en Afrique.
Pierre Manière

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Stéphane Richard, le PDG d'Orange.
Stéphane Richard, le PDG d'Orange. (Crédits : REUTERS)

Le monde des affaires est petit. Si Orange mettait la main sur Canal+, les plus anciens cadres de la chaîne cryptée retrouveraient leur siège des années 1980, un immense parallélépipède au cœur du XVème arrondissement de Paris, où l'opérateur historique a installé le sien voici quatre ans. Mais l'affaire est loin d'être bouclée. Depuis des mois, Stéphane Richard, le PDG du numéro un français des télécoms, ne cessait d'affirmer son intérêt pour Canal+. « Orange a plein de choses à échanger avec Vivendi [la maison-mère de la chaîne, Ndlr] », déclarait-il dans nos colonnes au printemps dernier. Ce jeudi, lors d'un voyage au Maroc, le grand patron a mis les pieds dans le plat. « Si demain matin, Canal+ était à vendre, c'est certain qu'Orange s'y intéresserait. Evidemment », a-t-il lâché d'après l'agence Reuters.

De source proche du dossier, Orange réfléchit soit à prendre une participation minoritaire pour nouer un important partenariat industriel, soit à racheter Canal+ s'il en a l'opportunité. Toujours d'après notre source, il n'y a pas eu, jusqu'à maintenant, de « discussions formelles » entre les deux groupes. Mais il y a bien eu des contacts « qu'on peut qualifier de préliminaires » entre Stéphane Richard et Vincent Bolloré, le chef de file de Vivendi.

Étoffer les contenus, une priorité

Aujourd'hui, l'état-major de l'opérateur historique argue que cette démarche relève du simple intérêt économique. En d'autres termes, elle n'aurait rien d'un contre-feu à l'offensive de SFR, dont le propriétaire, le milliardaire Patrick Drahi, multiplie les emplettes dans le sport, les séries et le cinéma pour remplir ses tuyaux. Il n'empêche que d'après nos informations, Orange regarde aussi Canal+ avec un prisme défensif. Même si l'opérateur craint plus, ici, un appétit soudain de l'homme d'affaires franco-israélien pour la chaîne cryptée. Interrogée à ce sujet par La Tribune, Altice, la maison-mère de SFR, n'a pas répondu à nos sollicitations.

Reste que du côté d'Orange, l'intérêt pour Canal+ révèle qu'en parallèle de la connectivité, étoffer son offre de contenus est devenu une grande priorité. « Pour les clients Internet fixe, il y a une partie du revenu, de l'ordre de 15%, qui provient des services additionnels, au-delà de l'accès », nous dit-on. Parmi ces « services additionnels », on trouve au premier rang les chaînes payantes et autres offres de vidéos à la demande. En outre, l'arrivée de la fibre et du très haut débit constitue une occasion en or pour inciter les abonnés à consommer davantage de films ou de séries. Dit autrement, ces derniers sont le carburant de la croissance future de l'opérateur aux 40 milliards de chiffre d'affaires. Ni plus ni moins.

Canal+, le gendre idéal

Pour se renforcer sur ce créneau, Canal+ a tout du gendre idéal pour l'opérateur historique. Leurs affinités stratégiques et géographiques l'illustrent. Sur le Vieux Continent, à côté de la France, Orange et Canal+ ont tous les deux des antennes en Pologne. Il y a aussi l'Afrique, un continent-clé où le mobile est en plein boom, et où les deux groupes sont présents. A cela, il faut ajouter les liens économiques forts qui les unissent déjà. Récemment, Orange et Canal+ ont lancé une offre commune visant à offrir sans surcoût aux abonnés à la fibre un bouquet de chaînes CanalSat.

Du côté de Canal+, s'allier avec Orange peut être perçu comme le moyen de relancer la chaîne. En difficulté, celle-ci peine à enrayer les pertes d'abonnés. En plus des Netflix et autres nouveaux services de VOD sur la Toile, Canal+ fait face à la concurrence frontale de SFR. Pêle-mêle, l'opérateur de Patrick Drahi lui a déjà chipé les droits de la Premier League, l'exclusivité des chaînes Discovery et NBCUniversal, et vient d'annoncer le lancement d'une offre satellite concurrente.

L'atout Alexandre Bompard

Dernier signe plaidant pour un rapprochement entre les deux groupes ? Ce jeudi, Orange a présenté une nouvelle tête à son conseil d'administration. Il s'agit d'Alexandre Bompard, le PDG de Fnac Darty. Dans un communiqué, l'opérateur affirme avoir « fait le choix d'une personnalité aux compétences reconnues dans des domaines représentant de forts enjeux pour le groupe ». Or cet énarque connaît bien Canal+. De 2004 à 2008, il a dirigé le cabinet du président Bertrand Méheut, avant de prendre la direction des sports. Autant de « compétences reconnues » qu'Orange n'hésitera pas, à n'en point douter, à solliciter pour décrocher la timbale.

Pierre Manière

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Commentaires 5
à écrit le 10/12/2016 à 18:21
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Vu leurs CV, pas étonnant que Richard et Bolloré s'entendent bien.

à écrit le 10/12/2016 à 11:20
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Je ne suis plus ni chez orange, ni chez canal depuis bien longtemps, trop cher et inutile avec internet, je vois mal l'intérêt pour ces vieux groupes, de véritables dinosaures, qui perdent toujours des clients...

le 10/12/2016 à 13:27
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Comment dire mon cher Michel, faudrait se renseigner un peu avant de lâcher des idioties.... Orange gagné des clients aussi bien dans le fixe et le mobile. Michel préfère certainement pirater du contenu et s'abonner au moins cher tout en étant jamai...

à écrit le 09/12/2016 à 18:56
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personne ne nie qu'il pourrait y avoir des avantages en l'etat actuel des choses, molotov tv se developpe, et canal +, euh comment dire... c'est sur la pente descendente une alliance a un interet une prise de controle certainement pas c'est pas l...

le 09/12/2016 à 20:29
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Je me demande bien quelle est cette fameuse couleur politique. J'ai l'impression que votre plus gros problème est d'être resté dans les années 80. Le gouvernement actuel ferait passer le RPR de ces années là pour un groupement de gauchistes.

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