Que fait vraiment la French Tech et avec quels résultats ?

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La Mission French Tech abrite 13 métropoles, 9 réseaux thématiques, 22 hubs et de nombreux programmes.
La Mission French Tech abrite 13 métropoles, 9 réseaux thématiques, 22 hubs et de nombreux programmes. (Crédits : DR)
Lancée le 27 novembre 2013 par Fleur Pellerin, alors ministre déléguée en charge des PME, de l'Innovation et de l'Économie numérique, la Mission French Tech se déploie en métropoles, hubs et programmes au succès variable. La Tribune fait le point.

Mounir Mahjoubi vient de nommer la nouvelle directrice de la Mission French Tech, Kat Borlongan. Mais quel est le périmètre de la Mission French Tech et que fait-elle exactement ? Surtout, ses programmes sont-ils efficaces et ont-ils vocation à perdurer ?

Lire aussi : Kat Borlongan prend la tête de la Mission French Tech : son portrait, ses missions

13 métropoles labellisées et 9 réseaux thématiques

French Tech métropoles

Née avec la volonté de fédérer et de faire rayonner les startups partout en France dans un contexte de "french bashing" généralisé, la French Tech compte aujourd'hui 10 employés à Paris et vit avec "des bouts de ficelle", un budget estimé à 15 millions d'euros.

La force de la Mission French Tech est son fonctionnement en réseau, sa capacité à déployer sa marque et à fédérer sous son nom de nombreuses initiatives. Ainsi, 13 Métropoles French Tech ont été labellisées sur tout le territoire. Chacune mobilise autour d'elle des acteurs privés et publics, ainsi que des entrepreneurs, pour créer et animer un écosystème à l'échelle d'une ville ou d'un bassin économique.

Les treize Métropoles French Tech sont Aix-Marseille, Bordeaux, Brest, Côte d'Azur, French Tech in the Alps, Montpellier, Toulouse, Rennes-Saint-Malo, Lille, Lorraine, Lyon, Nantes et Normandie.

Ces métropoles peuvent rejoindre un ou plusieurs réseaux thématiques nationaux, qui fédèrent des acteurs dans toute la France autour d'un secteur d'activité. Il en existe neuf : HealthTech (qui comprend les acteurs de la e-santé, des BioTech et des MedTech) ; IoT et Manufacturing ; EdTech et Entertainment ; CleanTech et Mobility ; FinTech ; Security et Privacy ; Retail ; FoodTech et AgTech ; Sports

Les pôles de compétitivité et les acteurs parisiens et franciliens (Cap Digital, Génopole , Silver Valley, Usine IO, Optics Valley, 104 Factory, Systematic...) sont souvent membres de la plupart des réseaux thématiques.

Bilan : mitigé. Le label sert à fédérer l'écosystème local, lui donner rayonnement et visibilité. A ce titre, c'est un incontestable succès puisque les Métropoles French Tech attirent dans la plupart des cas une grande partie de l'écosystème d'innovation local, à l'exception de quelques récalcitrants notoires comme Sigfox à Toulouse. Elles ont contribué à développer les écosystème d'innovation locaux et à alimenter le changement d'image de la France à l'international. Les Métropoles s'impliquent dans les salons internationaux, notamment au CES de Las Vegas, pour y envoyer une délégation de plus en plus fournie.

Mais la grande faiblesse des Métropoles French Tech est leur financement et leur gouvernance. Dans les faits, elles se retrouvent à la merci des forces politiques et économiques locales (Conseil régional, municipalités, CCI...), qui les financent. Les métropoles French Tech ont donc tendance à devenir une arène politique -avec ses querelles et luttes de pouvoir- et à être détournées pour devenir une vitrine pour les élus et un outil au service de l'attractivité du territoire, comme en témoignent la cacophonie des délégations régionales au CES de Las Vegas au détriment d'une action coordonnée au niveau national.

Lire aussi : "L'évolution de la French Tech vers davantage d'autonomie est inévitable" (Terra Nova)

22 hubs à l'international

French Tech Hubs

Dès 2015, l'Etat a décidé d'ouvrir des hubs à l'international pour fédérer la présence d'entrepreneurs français hors de l'Hexagone. Ces communautés sont animées par l'écosystème local.

5 hubs sont situés en Europe : Berlin, Londres, Barcelone, Moscou et Milan. 4 hubs sont situés en Amérique du Nord : Montréal, New York, San Francisco et Los Angeles. 1 hub en Amérique du Sud : Sao Paulo. 2 hubs en Afrique : Abidjan et Le Cap. 2 hubs au Moyen et Proche-Orient : Israël et Dubaï. 8 hubs en Asie : Tokyo, Pékin, Shanghai, Shenzhen, Hong-Kong, Séoul, Taïwan et Vietnam.

Bilan : excellent dans certains endroits, mauvais dans d'autres, car le succès des Hubs dépend de l'implication des entrepreneurs qui les pilotent, souvent bénévolement. Dans son étude sur la Mission French Tech, le cercle de réflexion Terra Nova écrit ainsi que "les Métropoles et les hubs sont des réussites en termes d'affichage mais ils n'ont pas permis de fédérer complètement les énergies au niveau local". A Tel-Aviv, à New York ou dans d'autres métropoles internationales, les French Tech Hubs ont permis de regrouper l'ensemble des acteurs français et de les fédérer, se positionnant en levier supplémentaire pour réussir son implantation. Mais par endroits, comme à Los Angeles par exemple, les Hubs s'essoufflent car ils se réduisent à un petit groupe d'entrepreneurs qui s'accaparent la marque dans leur propre intérêt plutôt que de servir celui de l'écosystème.

A d'autres endroits, comme à San Francisco, les Hubs ne "prennent" tout simplement pas. "Personne n'y va et personne ne devrait y aller car si on sait que tu y vas, cela veut dire que tu ne connais personne dans la Silicon Valley", moque un entrepreneur vivant à San Francisco. Comme les Métropoles, les Hubs auraient donc besoin d'être mieux pilotés pour être plus efficaces.

Des programmes ambitieux mais parfois doublons ou pas assez efficaces

Au fil des ans, la Mission French Tech a déployé tout un arsenal de programmes pour répondre aux besoins des startups.

  • La Bourse French Tech et le fonds French Tech Accélération

Lancée en mars 2014 et financée par Bpifrance et l'INPI, la Bourse French Tech vise à soutenir les projets de création d'entreprise à fort potentiel de croissance à partir d'une innovation. La bourse peut couvrir une grande partie des dépenses de fonctionnement de la jeune startup, jusqu'à 45 000 euros.

De son côté, le fonds French Tech Accélération, créé fin 2014 et géré par Bpifrance dans le cadre du Programme d'Investissements d'Avenir (PIA), vise à prendre le relais en aidant les startups à passer du "start" au "up". Une enveloppe de 200 millions d'euros a été débloquée pour investir dans des accélérateurs ou dans des fonds intégrant dans leur stratégie une offre d'accélération. Les accélérateurs Axeleo, Usine IO, MD Start, TechnoFounder, ou encore les fonds Breega Capital et Hardware Club ont bénéficié, entre autres, d'un investissement minoritaire du fonds French Tech Accélération dans leur activité.

Bilan : positif, même si la faiblesse des montants, notamment pour la bourse, a été décriée. Les Bourses French Tech et les accélérateurs et fonds soutenus par French Tech Accélération ont contribué à combler une faille de marché dans le "early stage" et mis le pied à l'étrier de très nombreuses startups.

  • Le Pass French Tech

Lancé en 2014, le Pass French Tech est un programme national destiné aux startups en hyper-croissance pour les aider à grossir et à s'internationaliser en leur simplifiant les démarches administratives. Bpifrance, Coface, Business France, la Direction générale des entreprises (DGE), l'Institut national de la propriété intellectuelle (INPI), l'Association française des investisseurs pour la croissance (AFIC) et l'Association française des pôles de compétitivité (AFPC) ont uni leurs forces pour se mettre au service de ces pépites : 48 pour la première promotion en 2015, 66 en 2016, 87 en 2017 et 69 en 2018 (en cours).

Bilan : positif avec quelques zones d'ombre. Si certaines des pépites participantes ont loué l'efficacité de ce "service public de l'aide aux startups", la plupart ont surtout apprécié la visibilité médiatique et la capacité de certains acteurs membres du programme, notamment Bpifrance et Business France, à ouvrir les portes de certains réseaux. Au rayon des couacs, le choix de certains lauréats -qui n'ont ensuite pas confirmé- et le flou qui règne actuellement sur le devenir du programme, puisque Mounir Mahjoubi voudrait ne plus réserver un "guichet unique" des startups seulement à une petite élite.

Lire aussi : Pass French Tech: comment la France déroule le tapis rouge pour ses champions

  • Le French Tech Ticket et le French Tech Visa

Puisque la question des talents est cruciale pour développer l'écosystème d'innovation en France, la Mission French Tech a lancé deux programmes : le French Tech Ticket et le French Tech Visa.

Lancé en 2016, le premier vise à attirer les entrepreneurs étrangers en France pour qu'ils viennent y créer leur startup, en les sélectionnant sur concours. Les lauréats reçoivent un "package" attractif pour leur faciliter les démarches d'installation en France, dont un financement de 45.000 euros par projet, une incubation de 12 mois au sein de l'un des 41 incubateurs partenaires sur tout le territoire français, une simplification de la procédure pour obtenir un titre de séjour pour l'entrepreneur et sa famille.130 projets (50 la première année, 70 la deuxième année) en ont bénéficié.

Lancé en 2017, le French Tech Visa est l'extension dans le domaine de la tech du Passeport Talents, un nouveau titre de séjour lancé en octobre 2016. Il s'agit d'un permis de résidence et de travail spécialement destiné aux acteurs de la tech, doté d'une procédure d'obtention prioritaire. Sont concernés : entrepreneurs qui veulent monter leur startup en France ou y créer une filiale, investisseurs, business angels, et bien sûr, les employés étrangers des pépites en hyper-croissance de la French Tech, toujours en besoin de main d'œuvre qualifiée. Il n'y a aucune limitation et le programme fournit aussi une aide à l'installation.

Bilan : sur certains aspects, French Tech Ticket et French Tech Visa sont redondants. Les 41 incubateurs sont partenaires des deux programmes, par exemple. Plus ouvert et plus général, French Tech Visa devrait logiquement finir par englober French Tech Ticket. Il n'y a d'ailleurs toujours pas de promotion 2018 du French Teck Ticket. La troisième fournée "est en cours dans une version remaniée", indique la Mission French Tech. Si elle voit le jour...

Lire aussi : French Tech Visa : la France déroule le tapis rouge aux talents étrangers

  • French Tech Diversité

Dernier né des programmes de la French Tech, French Tech Diversité a été lancé en novembre 2017. Pour sa première "saison", 35 startups ont été choisies pour bénéficier d'un programme d'aide à l'entrepreneuriat doté de 2 millions d'euros. Sa particularité : les gagnants sont tous issus de milieux sociaux défavorisés ou vivent dans les Quartiers prioritaires de la Politique de la Ville (QPV). Elle gagnent un an d'incubation au sein d'un réseau de 11 incubateurs partenaires en Ile-de-France, et d'une aide financière directe de 45.000 euros chacune.

Bilan : le programme manque clairement d'ambition. En regard des enjeux -la tech est un milieu extrêmement inégalitaire où évoluent peu de femmes et encore moins d'entrepreneurs issus des minorités et de la diversité sociale-, French Tech Diversité est davantage un joli symbole qu'une action dotée d'un réel potentiel transformateur. Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, a annoncé qu'un budget doublé de 4 millions d'euros serait alloué à la deuxième promotion pour qu'elle puisse s'étendre au-delà de l'Ile-de-France. Toujours loin d'être suffisant.

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Commentaires
a écrit le 26/05/2018 à 19:46 :
Visiblement c'est une cocotte en papier rouge qui utilise l'anglais pour nous ridiculiser!
a écrit le 26/05/2018 à 19:46 :
Visiblement c'est une cocotte en papier rouge qui utilise l'anglais pour nous ridiculiser!

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