Rachat de Bouygues Telecom et TF1 par Orange : une affaire sérieuse ?

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Stéphane Richard, le PDG d'Orange, ne cesse de plaider en faveur d'une consolidation du marché français.
Stéphane Richard, le PDG d'Orange, ne cesse de plaider en faveur d'une consolidation du marché français. (Crédits : Reuters)
Une offensive d’Orange envers les actifs télécoms et médias du groupe de Martin Bouygues est jugée très crédible par nombre d’observateurs. De quoi relancer les spéculations sur le retour d’un marché français des télécommunications à trois acteurs.

Drôles de « démentis ». C'est bien le moins que l'on puisse dire. Dans la foulée d'une information de l'agence Bloomberg, affirmant qu'Orange a entamé des « discussions préliminaires » pour mettre la main sur les activités télécoms et médias de Bouygues, les deux protagonistes ont réagi de manière un brin évasive. L'opérateur historique, en premier lieu, ne démentit pas :

« Orange se refuse à commenter les rumeurs de presse qui animent artificiellement le marché depuis maintenant deux ans. De tous les acteurs des télécoms français, Orange est celui qui a le moins besoin de la consolidation », indique un porte-parole du leader français du marché.

Bref, non seulement l'opérateur ne nie pas des discussions avec son rival. Mais en plus, il souligne sans les nommer la faiblesse de certains concurrents, qui ne sont autres que Free et surtout Bouygues Telecom...

Or, ce n'est un secret pour personne : Stéphane Richard, le PDG d'Orange, doute depuis longtemps de la viabilité d'un marché français à quatre opérateurs. Il y a près d'un an déjà, au mois de janvier, il faisait part de ses interrogations à la presse, deux mois seulement après que Numericable de Patrick Drahi ait avalé SFR :

« Peut-on vivre de façon durable à quatre opérateurs ? Il n'y a pas de doute sur trois, il y a un doute sur quatre. »

Avant de s'expliquer :

« La concentration horizontale est une évidence économique. C'est le besoin en investissement, dans la fibre, la 4G, les fréquences, qui déclenche la consolidation. »

« L'affaire semble sérieuse »

De son côté, Bouygues a réagi sans traîner à ces possibles discussions avec Orange. Dans un communiqué, la maison-mère de Bouygues Telecom et de TF1 assure « qu'il n'a aucun projet de sortie des secteurs télécoms et de la télévision, et réaffirme son ancrage durable dans ces deux industries ». Toutefois, ici aussi, la réponse a surpris. De fait, Bloomberg indique bien dans sa dépêche que le groupe de Martin Bouygues pourrait conserver une part minoritaire dans les activités cédées. Ce qui, dans cette hypothèse, exclut de fait toute sortie définitive du groupe des médias et des télécoms... En résumé, ces réactions n'éteignent pas les spéculations. Loin de là. D'après un bon connaisseur des opérateurs télécoms et de leur communication, « l'affaire semble donc sérieuse... ».

Reste que les marchés, eux, ne s'enflamment pas. Après avoir grimpé en début de matinée, le titre Orange s'est finalement replié de 0,65%, à près de 15,4 euros. Le titre Bouygues, lui, s'est légèrement apprécié de 1,21% à 34,8 euros. Quand à celui de TF1, il s'est replié de 1,25%, à 11 euros.

Analyste en charge des télécoms chez Oddo Securities, Vincent Maulay juge dans une note que cette nouvelle « rumeur » est « à relativiser ». Il rappelle que des discussions avaient déjà été menées concernant un rachat de Bouygues Telecom par Orange en juin 2014. A l'époque, celles-ci n'avaient pas abouti. C'est le prix qui avait notamment posé problème. Or, là encore, d'après Vincent Maulay, celui-ci pourrait de nouveau constituer « un point bloquant ». D'autant qu'en juin dernier, Martin Bouygues a déjà refusé le gros chèque de 10 milliards d'euros qu'était prêt à signer Patrick Drahi, le patron d'Altice (Numericable-SFR), pour sa filiale télécoms.

Un « scénario idéal pour Bouygues »

Reste que la possibilité d'un rachat de Bouygues Telecom et TF1 par Orange demeure « crédible » aux yeux de l'analyste. Mieux, il s'agirait d'un « scénario idéal pour Bouygues, le gouvernement, voire Orange ». Pourquoi ? Primo parce qu'Orange pourrait s'assurer « un potentiel de 'market repair' », c'est-à-dire de « réparation du marché ». Concrètement, moins d'acteurs sur le marché permettrait d'en finir avec la guerre des prix. Ou mieux de les remonter, et donc d'améliorer les marges. Secundo, parce que « Bouygues prendrait une participation de contrôle sur le nouvel ensemble » et garderait donc l'« ancrage » dans les télécoms et les médias auquel il tient. Tertio, parce que « le gouvernement protégerait l'emploi chez Bouygues Telecom (près de 9.000 postes), tout en permettant à Iliad [maison-mère de Free, Ndlr] de poursuivre son essor, en récupérant le réseau/spectre de Bouygues Telecom ».

Ce dernier argument apparaît fondamental. Quand Patrick Drahi - dont la réputation de chasseur de coûts n'est plus à faire - a fait son offre de rachat sur Bouygues Telecom, une des grandes inquiétudes tant au niveau du gouvernement que chez Martin Bouygues, était le spectre d'une importante casse sociale. Or Orange, dont l'Etat est actionnaire à 23%, constitue davantage, sur ce point, un gage de sécurité. En « préservant » ainsi l'emploi de ses troupes, tout en gardant un levier de contrôle sur un nouvel ensemble formé avec Orange, Martin Bouygues pourrait, théoriquement, sortir la tête haute au terme d'une telle opération.

Orange lorgne d'autres cibles en Europe

Toutefois, si la convergence entre les médias et les télécoms est revenu à la mode, le fait que les discussions porteraient aussi sur les actifs médias de Bouygues - dont TF1 - constitue une surprise aux yeux de plusieurs analystes sondés par La Tribune. Pour l'heure, à leurs yeux, c'est plutôt la convergence fixe-mobile (avec des offres fusionnant Internet haut débit, télévision, téléphonie fixe et mobile) qui constitue la priorité stratégique de l'opérateur historique.

Sur le fond, la possibilité d'un mariage entre Orange, Bouygues Telecom et TF1 sera dans tous les cas complexe à mettre en œuvre. A l'AFP, Didier Pouillot, spécialiste des télécoms au think tank Idate, prend l'hypothèse avec des pincettes :

« Il faut rester prudent sur les chances d'aboutissement d'une éventuelle opération de ce type, qui amènerait à l'apparition d'un opérateur extrêmement puissant. Il y a peu de chance que les régulateurs laissent faire », juge-t-il.

En d'autres termes, décrocher un feu vert des autorités de la concurrence ne sera pas une promenade de santé.

Enfin, Orange ne lorgne pas que le marché français. L'opérateur s'intéresse à d'autres cibles au niveau européen. La semaine dernière, selon Reuters, l'opérateur a recruté des banques d'affaires pour étudier ses opportunités sur le Vieux Continent. Parmi elles, il y aurait notamment Telecom Italia, même si l'opérateur assure qu'« aucune discussion n'a été ouverte » avec son homologue transalpin. Bref, le leader français des télécoms a plusieurs gros dossiers sur la table. Difficile de savoir, pour l'heure, lequel il privilégiera.

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Commentaires
a écrit le 08/12/2015 à 18:53 :
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