Comment l'iPhone d'Apple creuse le déficit commercial américain

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Découvrez pourquoi le commerce extérieur américain paie au prix fort le succès du produit phare d'Apple qui pourtant rapporte fort peu à la Chine.

Difficile d'échapper au débat sur les déséquilibres commerciaux au sein de l'économie mondiale. Le G20 de ce week-end doit d'ailleurs se pencher sur les meilleurs indicateurs économiques pour mesurer ces déséquilibres.

À partir de quel niveau un déficit commercial est-il jugé intenable ? En filigrane se pose clairement la question de l'excédent commercial chinois sur les États-Unis. Sur l'ensemble de l'année 2010, le déficit commercial américain a été de 497,8 milliards de dollars et près de 55 % de ce déficit commercial serait imputable au déséquilibre des échanges américains vis-à-vis de la Chine. La solution américaine à ce problème est simple : il suffit d'ajuster le taux de change chinois pour réduire ce déficit commercial. Autrement dit, réévaluer le yuan par rapport au dollar.

Cependant, la situation est plus complexe. Pour souligner la difficulté à interpréter les chiffres de déficit commercial, prenons le cas de l'iPhone. Dans un document de travail, deux universitaires, au Japon, Yuquig Xing et Neal Detert ("How iPhone Widens the US Trade Deficits with PRC-GRIPS") ont décomposé la chaîne de valeur d'un iPhone. Selon les statistiques douanières américaines, l'importation d'un iPhone, fabriqué en Chine, est comptabilisée pour une valeur de 178,96 dollars.

En 2009, le produit phare d'Apple dégraderait le déficit commercial américain de 1,9 milliard de dollars et serait à lui seul responsable de 0,8 % du déséquilibre des échanges américains vis-à-vis de la Chine. Mais, la Chine profite-t-elle réellement de ces 179 dollars ? Certes, le smartphone d'Apple est assemblé dans les usines chinoises, mais une grande partie de ses composants n'est pas fabriquée en Chine. Les deux chercheurs ont ainsi dissocié la valeur d'un iPhone par nationalité. En résumé, la mémoire flash (24 dollars) et l'écran (35 dollars) sont produits au Japon, le processeur et ses composants associés en Corée (23 dollars), les puces GPS, camera, wi-fi... en Allemagne (30 dollars), le Bluetooth, les composants audio et la 3G aux États-Unis (12 dollars).

En plus de ces composants technologiques, il faut tenir compte des autres matériaux plastiques, aluminium, licences et brevets sur les logiciels... pour près de 48 dollars. Au total, dans la valeur d'un iPhone, le poids de la Chine est très limité : 6,50 dollars pour l'assemblage final ! Alors que les douanes américaines enregistrent une importation chinoise de 179 dollars, l'appareil intègre 34 % de produits japonais, 17 % de produits allemands, 13 % de produits coréens et, magie du commerce international, 6 % de produits américains ! La « création de valeur » de la Chine dans un iPhone est seulement de 3,6 %.

Les statistiques douanières ne mesurent pas la valeur ajoutée par nationalité mais la valeur finale du produit fini. De fait, le creusement du déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine s'est accompagné d'une réduction des déséquilibres des échanges américains face aux autres pays asiatiques, notamment le Japon. Qui se souvient que le Japon représentait près de 40 % du déficit commercial américain à la fin des années 1980 (contre moins de 10 % actuellement) ?

À l'époque, les États-Unis considéraient alors que la devise japonaise devait s'apprécier pour réduire l'excédent commercial japonais... Depuis, le yen s'est apprécié et les entreprises nipponnes produisent en Chine !

Il n'y a pas de solution miracle et on comprend mieux la volonté de Pékin et le discours de certains industriels américains, comme Apple, qui ne veulent pas une réévaluation trop rapide de la devise chinoise. Reprenons notre exemple. Si la Chine ajuste trop rapidement son taux de change, l'effet à court terme est négatif pour les marges d'Apple (s'il ne peut relever son prix de vente) : les coûts de production en Chine seront en forte hausse. Mais, à terme, le principal perdant est l'industriel chinois qui risque de subir une délocalisation de la production d'Apple vers des pays dont le coût du travail est plus faible, comme la Malaisie par exemple.

L'appréciation de la devise chinoise doit s'accompagner d'une plus forte valeur ajoutée dans sa production, d'une montée en gamme de son industrie. La Chine ne peut accepter une forte hausse du coût du travail sans d'importants gains de productivité dans son industrie. L'envers de la médaille dans la naissance d'une classe moyenne, mieux rémunérée et d'une hausse des salaires minimums, est que les entreprises chinoises vont concurrencer les pays développés sur des produits à plus forte valeur ajoutée (aéronautique, électronique...).

Le développement de la demande intérieure en Chine réduira l'excédent commercial du pays, mais, pour les États-Unis, il n'est pas certain que son déficit commercial ne se creusera pas rapidement vis-à-vis d'un autre pays d'Asie, disposant d'une main-d'oeuvre à bas prix... Il n'y a pas de solution magique dans les grands déséquilibres internationaux. Leur résolution ne se limitera pas à quelques ajustements de taux de change mais remet en cause des modèles de développement économique fondés sur un poids excessif de la consommation ou trop dépendants de la demande étrangère.

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