Apple-Google : la guerre sur tous les fronts

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Scott Forstall d'Apple présentant l'intégration de Facebook dans l'iOS 6 lundi soir au WWDC. Copyright AFP.
Scott Forstall d'Apple présentant l'intégration de Facebook dans l'iOS 6 lundi soir au WWDC. Copyright AFP. (Crédits : AFP)
Après Twitter l'an dernier, Apple a décidé d'intégrer Facebook dans la nouvelle version de son système d'exploitation pour iPhone et iPad, iOS 6.La firme à la pomme a aussi lancé une sorte de porte-monnaie virtuel, Passbook, et abandonné Google Maps, dans sa bataille frontale contre Google et Android.

Steve Jobs était « prêt à partir en guerre thermonucléaire contre Android », le système d'exploitation pour mobile de Google, qu'il accusait d'être « un produit volé », une copie de celui de l'iPhone, selon son biographe officiel. Huit mois après le décès de son cofondateur et gourou, Apple passe à l'offensive avec iOS 6, la nouvelle version du système d'exploitation de l'iPhone et de l'iPad, dévoilé lundi soir et qui sera disponible à l'automne.

La firme à la pomme abandonne Google Maps au profit d'une application de plans maison, lance une sorte de porte-monnaie virtuel susceptible de concurrencer Google Wallet, muscle son assistant vocal Siri pour contourner le moteur de recherche et s'allie à Facebook, l'un des principaux rivaux du géant de l'Internet. Entre autres. Car toutes les annonces de Tim Cook, le directeur général d'Apple, et de son équipe lundi soir à la conférence développeurs (WWDC) semblent avoir été directement dirigées contre Google.

Facebook, l'ennemi juré de Google, devient son meilleur allié
Après plusieurs mois de bras de fer, les relations entre Facebook et Apple semblent désormais au beau fixe. La firme à la pomme avait freiné la sortie de l'application iPad du réseau social et lui avait préféré Twitter l'an dernier pour l'intégrer dans l'iOS5. Finalement, face à Google qui domine le marché des smartphones avec Android et vient chasser sur les terres de Facebook, sans grand succès d'audience à ce jour, avec son réseau social Google +, le fabricant de l'iPhone et la société de Mark Zuckerberg ont trouvé un intérêt objectif à collaborer. L'intégration de Facebook dans iOS 6 est « inégalée sur appareil mobile » et « vous permet de vous identifier une fois pour toutes puis de publier depuis Notification center, Siri et les apps qui prennent en charge Facebook dont Photos, Safari et Maps » explique Apple. « Vous pouvez également dire « j'aime » depuis l'App Store et iTunes et voir ce que conseillent vos amis » en termes d'applications, de musique, de films ou séries.

Exit donc Ping, « le réseau social de découverte musicale » lancé par Apple en septembre 2010 qui n'a jamais décollé, et qui devait intégrer Facebook initialement. Ping n'est pas encore officiellement fermé mais il serait logique qu'il le soit à terme. Pour Apple, cette intégration de Facebook donnera enfin un tournant « plus social » à son écosystème en introduisant la recommandation des amis, qui devrait doper les ventes d'applications et de musique sur iTunes et l'App Store. Pour Facebook, c'est peut-être enfin un moyen de monétiser son audience sur téléphone mobile. Aucun détail n'a été dévoilé sur un éventuel partage de revenus. Pour Gene Munster de Piper Jaffray, jamais Google ne conclurait jamais un tel partenariat qui fait même de « l'iPhone de facto le Facebook phone. »

TomTom pour contrer Google Maps, Yelp et OpenTable contre Zagat
Aussi fermé son écosystème soit-il, Apple multiplie les partenariats pour le renforcer. Outre Facebook, et les services Web chinois Baidu, Sina Weibo, Youku et Toudu spécifiquement pour la Chine, la firme à la pomme s'est aussi associée au néerlandais TomTom, le leader européen des GPS, pour remplacer Google Maps au profit d'une application maison de navigation. Pour compléter la recherche de proximité, Apple s'est allié à Yelp un réseau social de recommandations de bonnes adresses et de critiques, alors que Google a récemment racheté le guide gastronomique Zagat, désormais intégré dans tous ses services. Le fabricant de l'iPhone a aussi musclé Siri, son assistant vocal intelligent, qui évite de recourir à un moteur de recherche et auquel on peut demander par exemple de réserver une table au restaurant, en partenariat avec le site américain OpenTable.

Apple est aussi en discussion avec des constructeurs auto pour intégrer Siri et son fonctionnement en mode mains libres, « Eyes Free », pour interagir à la voix uniquement. « Apple non seulement renforce l'interaction à l'intérieur de son écosystème mais aussi crée un consortium de puissants partenaires du Web afin de proposer une expérience qui va bien au-delà du champ de Google » relève l'analyste de Piper Jaffray, qui est convaincu qu'« Apple va continuer à ajouter d'autres partenaires dans les contenus pour marginaliser la présence de Google sur l'iPhone. » L'enjeu n'est pas mineur pour la firme de Mountain View : selon cet expert, Apple représenterait 40% du chiffre d'affaires sur mobile du moteur de recherche, soit de l'ordre de 1,6 milliard de dollars cette année, c'est-à-dire environ 2% du chiffre d'affaires total de Google.

Un premier pas vers un porte-monnaie virtuel comme Google Wallet
L'autre innovation prometteuse présentée dans l'iOS 6 est le Passbook, « le moyen le plus simple de centraliser tous vos billets, tickets et cartes, qu'il s'agisse de cartes d'embarquement ou des billets pour assister à un événement sportif » explique Apple, mais aussi les cartes de fidélité, les coupons de réduction, etc. Pas de compatibilité avec la technologie sans contact mobile NFC a priori pour l'instant. Pour Mark Moskowitz de JP Morgan, « Passbook est le précurseur de ce que l'on a appelé « iPay » pour le paiement mobile. » Or Google a tenté une incursion dans le paiement mobile avec Google Wallet, lancé en septembre dernier aux Etats-Unis, et qui peine à décoller. Aux yeux de Thomas Husson, du cabinet Forrester Research, « c'est un premier pas vers un porte-monnaie numérique.

La prochaine itération de l'application pourrait être une intégration des 400 millions de cartes bancaires enregistrées par Apple. » Ces 400 millions de comptes actifs avec coordonnées bancaires d'iTunes et de l'App Store, en hausse de 78% sur un an, c'est 4 fois plus que PayPal, la filiale de paiement d'eBay (110 millions sur 232 millions de comptes au total), et plus du double qu'Amazon (173 millions). Là réside aussi la puissance de l'écosystème iOS. Apple, qui prend 30% de commissions sur tous les achats dans sa boutique en ligne, a indiqué avoir reversé 5 milliards de dollars aux développeurs en quatre ans, en cumulé depuis 2008. Ce qui veut dire que l'App Store ne lui rapporté « que » 2,1 milliards de dollars depuis son lancement en juillet 2008, quand Apple réalise environ 40 milliards de dollars de chiffre d'affaires en un trimestre !

30 milliards d'applications téléchargées sur l'App Store
Tim Cook, le directeur général, a précisé que les utilisateurs d'appareils sous iOS on téléchargé 30 milliards d'applications à ce jour en moins de quatre ans, trois mois après avoir franchi le cap des 25 milliards. L'App Store compte désormais 650.000 applications, dont 225.000 spécifiques à l'iPad, « contre une petite centaine » pour les tablettes de la concurrence. L'équipe d'Apple a lancé des piques encore plus directes à Google et son Android. Ce week-end, Andy Rubin, le père du système d'exploitation, a annoncé triomphalement que 900.000 appareils sous Android étaient activés chaque jour. Devant son public de développeurs, Scott Forstall, le responsable d'iOS, a présenté un graphique montrant que 80% des utilisateurs d'iPhone étaient équipés de la dernière version iOS 5, contre seulement 7% de la base installée sous Android 4.0 (Ice Cream Sandwich), la grande majorité étant encore sous la version 2.3 (Gingerbread).

Souvent, les mises à jour d'Android ne sont tout simplement pas disponibles, pas compatibles avec certains smartphones de génération antérieure, ce qui pose problème aux développeurs, qui se plaignent de la fragmentation de l'OS de Google (les applications ne peuvent pas forcément tourner correctement sur tous les modèles). La guerre des deux écosystèmes est loin d'être terminée puisqu'il semble hautement probable désormais qu'Apple sortira un nouvel iPhone (le « 5 » peut-être) à l'automne, lorsque la mise à jour iOS 6 sera disponible gratuitement pour tous les propriétaires d'iPhone (y compris du 3GS), d'iPod Touch et d'iPad.
 

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Commentaires
a écrit le 13/06/2012 à 16:44 :
J'ai déjà relaté que finalement IBM est l'entreprise IT qui a le moins progressé depuis 1976, en fait elle se traîne alors que ses concurents d'autres domaines ont multiplié en moyenne leur chiffre d'affaire par 10. Bug Blues trouvera certainement très vite son challenger avec les Dell, Cisco, et autres HP en pleine transformation. Les difficultés des banques, très gros clients du passé, ainsi que la concentration des entreprises américaines et la montée en ligne des français mettront tout ce petit monde d'accord. Mais l'on sait que ce ne sera qu'une étape courte. Google et Apple qui sont dans le même bateau sans oublier Microsoft le géant qui tirera probablement les marrons du feu, viendront bientôt chatouiller les pieds des géants du soft que le reste de la planète n'écoute déjà plus. Aux USA il n'existe plus de concepteur sérieux de matériel ou de programme à moins de 150 millions de dollars pour cette année, il faudra en faire 500 dès l'année prochaine et 1 500 la suivante. La vague monte, inexorable. Les opérateurs de téléphonie attendent .... pour tout bloquer.

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