Mobile : Bouygues plutôt optimiste malgré Free, y compris sur les fréquences 4G

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Bouygues Telecom, en perte l'an dernier à cause de la baisse des prix initiée par Free Mobile, table sur une stabilisation en 2013 et espère pouvoir réutiliser des fréquences 1800 Mhz en 4G au plus vite. Selon nos informations, le régulateur autoriserait ce "refarming" pour l'automne prochain.

Plus de 13% de hausse mercredi. L'action Bouygues n'avait pas connu une telle envolée depuis un moment. «C'est le re-rating du mobile », explique un analyste dans son jargon : en clair, le marché est rassuré par les perspectives de la filiale télécoms, qu'il revalorise. En effet, Martin Bouygues, qui a présenté ce mercredi matin les résultats annuels de son groupe, s'est montré assez optimiste, y compris sur les télécoms. Le groupe a d'ailleurs maintenu le dividende, « un message de confiance sur l'avenir du groupe que le conseil a souhaité envoyer. »

Or, longtemps premier contributeur aux bénéfices du groupe et donc au dividende, Bouygues Telecom, qui a subi de plein fouet l'arrivée de Free Mobile, a fini l'année 2012 en perte nette de 16 millions d'euros (14 millions pour la quote-part consolidée) et en cash flow négatif de 89 millions d'euros. Mais selon le PDG du groupe diversifié, « 2012 devrait marquer le point bas de la rentabilité de Bouygues Telecom » : le chiffre d'affaires  ne devrait baisser « que » de 7%  et le résultat brut d'exploitation resté stable autour de 900 millions d'euros (voir les résultats de Bouygues) en 2013.

La marque low-cost B&You cartonne
Les analystes attendaient des prévisions bien plus sombres : ceux d'Oddo par exemple tablaient sur une chute de 12% du chiffre d'affaires de Bouygues Telecom et de 15% de l'Ebitda en 2013, alors que France Télécom a indiqué la semaine dernière qu'il redoutait une poursuite de la baisse des prix et un recul de plus de 10% du revenu moyen par abonné (ARPU) dans le mobile en France. La marque low-cost de Bouygues, B&You, lancée avant celles d'Orange (Sosh) et de SFR (Red) et l'arrivée de Free, a séduit plus de 1 million de clients (contre un peu moins de 800.000 pour Sosh et Red), ce qui représente 10% de ses clients, et 80% des clients venaient de la concurrence au dernier trimestre : selon Martin Bouygues, ce segment « SoWo » pour « sim-only, web-only » (c'est-à-dire vente en ligne uniquement et sans téléphone subventionné) dépassera à terme 25% du marché.

L'opérateur, dont la part de marché est tombée autour de 16% pendant que Free Mobile a conquis 7% du marché en un an, a accéléré le basculement, d'ores et déjà réalisé à 58%,  de sa base de clients vers des tarifs moins chers (« repricing »), . Bouygues Telecom prépare aussi de nouvelles offres commerciales « avec services » (comprendre les forfaits classiques avec subventions) qui seront lancées à la fin mars, et promet des « ruptures » (outils de production et commercialisation). Poursuivant son « plan d'adaptation », qui s'est traduit par 542 départs volontaires et une charge de 152 millions d'euros pour restructuration, l'opérateur va continuer de serrer les coûts et réduire ses investissements de 100 millions d'euros, hors fréquences.

Le prix « énorme » de la réutilisation des fréquences
Car sur la 4G, Martin Bouygues espère toujours obtenir au plus vite l'autorisation de réutiliser ses fréquences GSM 1800 Mhz pour du très haut débit mobile. La décision est imminente : le régulateur des télécoms, l'Arcep, soumettra vendredi, le 1er mars, en commission consultative des communications électroniques, son projet de décision d'autorisation, le suspense portant sur la date. « Le 1er mars serait une bonne date. Pourquoi la France serait-elle en retard sur la 4G ? » a lancé Martin Bouygues, soulignant que de nombreux pays ont déjà lancé un réseau 4G (à la norme LTE) dans cette bande de fréquences utilisée auparavant pour la voix (31 réseaux commerciaux dans 20 pays européens et 59 opérateurs dans 39 pays dans le monde, voir la carte ci-dessous).

Selon nos informations, ce « refarming » des fréquences pourrait être autorisé « à partir de l'automne, en septembre ou en octobre : trop tard aux yeux de Bouygues Telecom et trop tôt pour les autres », selon une source bien informée. « Mais ça change tout le temps, on nous a dit le 1er juillet 2013 et le 1er janvier 2014 aussi » rapporte un autre opérateur. « Tant qu'on n'a pas le droit de lancer la 4G, on ne la lance pas. On est l'arme au pied, on attend l'autorisation administrative » a déclaré Martin Bouygues. En réalité, Bouygues Telecom « aura, quoiqu'il arrive, des offres grand public 4G en 2013 » précise un cadre du groupe : l'opérateur dispose déjà de fréquences 4G (en 2,6 Ghz en particulier) qu'il a payées cher, et a même « plus de sites 4G actifs enregistrés à l'Agence des fréquences que SFR », a rappelé Olivier Roussat, le directeur général de l'opérateur.

La décision tient particulièrement à c?ur de Bouygues Telecom qui pourrait faire d'importantes économies de déploiement de la 4G : une mise à jour logicielle de ses équipements (dits single-RAN) serait suffisante, pour l'essentiel, sur son réseau qui a été construit à l'origine avec des fréquences 1800 et dispose donc du maillage nécessaire. En revanche, en ce qui concerne le prix de 200 millions d'euros par an (64 millions par opérateur) annoncé par la ministre déléguée au numérique Fleur Pellerin, Martin Bouygues se dit « un peu surpris » : il calcule que « cela fait 5 milliards d'euros sur 20 ans, c'est juste énorme, c'est quand même beaucoup d'argent. »


Le LTE 1800 est largement déployé en Europe et encouragé par la Commission européenne
 

Très haut débit : « ponctionner le malade pour financer le bien portant » ?
Certes le paiement ne se ferait pas en une fois, mais « c'est 2 fois le prix payé aux enchères pour les fréquences 2,6 Ghz, prix qui a été fixé avant l'effondrement du marché » fait valoir un dirigeant d'opérateur. Le prix ne semble cependant pas trop élevé au point d'être dissuasif. « Orange a fait un lobbying intense et dit à Bercy que Bouygues pouvait payer jusqu'à 100 millions d'euros par an », rapporte un proche du dossier. La redevance sur la réutilisation des fréquences 1800 demandée par l'Etat devant servir à financer le programme très haut débit (la fibre optique), Martin Bouygues s'étonne « qu'on finance le déploiement de lignes fixes par un abondement qui viendrait de la téléphonie mobile, qui souffre beaucoup, alors que le fixe pas du tout. Pourquoi ponctionne-t-on le malade pour financer le bien portant ? »

Pas de discussion avec Free qui a « un tout petit réseau »
Sur l'éventuelle consolidation du secteur, le PDG du groupe Bouygues a relevé que l'Autorité de la concurrence avait publiquement indiqué que certaines combinaisons n'étaient pas envisageables, notamment SFR et Free, du copup « ça ne laisse pas beaucoup de possibilités. » Bouygues Telecom pourrait-il prendre part à cette reconfiguration du marché ? « La question ne s'est pas posée », selon Martin Bouygues qui assure n'avoir « aucune discussion » avec un de ses concurrents. «J'ai rencontré M. Niel une seule fois, il y a six ans, un quart d'heure » a-t-il ajouté au sujet du fondateur de Free et principal actionnaire d'Iliad. Interrogé sur la possibilité qu'un jour il discute avec ce dernier, Martin Bouygues a répondu « discuter de quoi ? pour quoi faire ? pour se mettre d'accord sur les tarifs ?! C'est quelqu'un qui a un tout petit réseau quand même : 1 milliard d'euros, le nôtre a coûté 10 milliards. » Quant à la mutualisation des réseaux, le patron du groupe Bouygues estime qu'il faut attendre l'avis de l'Autorité de la Concurrence, qui doit être rendu public dans les jours qui viennent.

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Commentaires
a écrit le 28/02/2013 à 13:06 :
Free a cassé le monopole de tous ces gentils fournisseurs d?accès internet et téléphonie mobile et malgré les déboires des débuts free reste le plus intéressant dans tous les domaines ?
a écrit le 28/02/2013 à 4:22 :
tout a fait d'accord...
a écrit le 27/02/2013 à 23:49 :
Il est curieux que des gens aillent encore se rendre chez cet opérateur qui a été condamné pour entente sur les prix avec les concurrents. Pendant des années on a été victimes de ces combines organisées. On ne l'oublie pas. Et free a mis un gros coup de pied dans cette fourmilière. Je vois que le fils bouygues n'a rien perdu de son arrogance détestable, et croit encore que ces clients sont a sa botte.
Réponse de le 28/02/2013 à 7:48 :
C'est beau la naiveté...

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