Tickets resto dématérialisés : "Moneo a tenté un coup de poker"

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Le marché du ticket restaurant dématérialisé ne se développe pas très rapidement, en raison des réticences des salariés notamment, explique Cédric Chanoine.
Le marché du ticket restaurant dématérialisé ne se développe pas très rapidement, en raison des réticences des salariés notamment, explique Cédric Chanoine. (Crédits : DR)
Moneo a dû abandonner son porte-monnaie électronique, onéreux pour les commerçants et trop précurseur pour les particuliers. La société se tourne désormais vers le titre restaurant dématérialisé. Un pari risqué, estime Cédric Chanoine, spécialiste des services financiers et senior manager du cabinet Colombus Consulting.

La Tribune - Pourquoi le porte-monnaie électronique n'a pas connu le succès escompté auprès des particuliers ?

Cédric Chanoine. Il y avait un manque de maturité dans les usages du grand public. Pour rappel, le porte-monnaie électronique Moneo est sorti il y a 15 ans. Peu de nouvelles solutions pour régler ses emplettes sortaient alors sur le marché. Le paiement sur mobile n'existait pas, le paiement sans contact non plus. Les consommateurs ont manqué d'appétence pour ce nouveau moyen de paiement. La carte devait être rechargée, il fallait soit une borne Moneo soit des distributeurs adaptés, cela ne facilitait pas son utilisation.

La Tribune -  Ce système n'a pas non plus bénéficié d'un soutien important chez les acteurs du marché...

Cédric Chanoine. Les commerçants devaient s'équiper de nouveaux terminaux adaptés au système Moneo, cela représentait un coût d'achat important. Par ailleurs, ils n'avaient pas d'intérêt à accepter ce type de paiement car à chaque transaction, une commission était prélevée par la banque.

Et les acteurs bancaires, qui ont poussé ce type de paiement au départ [les grandes banques françaises avaient investi dans le projet au départ, associées au sein d'un groupement d'intérêt économique, Ndlr], n'étaient finalement pas très enthousiastes. Comme les fabricants de cartes, ils n'étaient plus convaincus par le développement de cette solution de paiement. Il y a eu des investissements dans la communication au départ, mais les acteurs ont rapidement "laissé vivre" ce système de paiement.

La Tribune -  La société se concentre désormais sur le marché des titres restaurant dématérialisés avec Moneo Resto. Est-ce une bonne stratégie ?

Cédric Chanoine. Moneo a tenté un coup de poker. La société a sorti son offre en 2012 avant les autres concurrents, alors que le cadre légal n'avait pas évolué. En 2013, sous la pression des acteurs historiques du ticket restaurant, le gouvernement a mis à niveau le cadre législatif, ce qui a permis aux acteurs historiques du secteur de lancer aussi leur offre de ticket dématérialisé. Quatre nouveaux acteurs se sont ainsi positionnés dans le ticket dématérialisé, dont Moneo Resto.

Mais ce marché ne se développe pas très rapidement, notamment parce que les salariés ne sont pas satisfaits des contraintes liées au passage à la carte. Ils ne peuvent plus utiliser le titre restaurant le dimanche, ni le soir, on ne peut pas non plus le donner aux enfants ni au conjoint. Certaines grandes entreprises ne laissent pas le choix à leurs employés toutefois. Cela fait du bruit dans l'entreprise qui a pour principal avantage la gestion.

Moneo peut espérer que, comme dans les autres pays, les titres papier soient interdits et que le titre restaurant devienne électronique à 100%.

D'autant plus que Moneo a dû investir des sommes importantes dans la partie "dématérialisée" car tous les systèmes adaptés n'existaient pas.

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Commentaires
a écrit le 22/04/2015 à 20:03 :
"Il y avait un manque de maturité dans les usages du grand public"... Déjà, le gars "supérieur"... Dit d'office que tu veux te faire de la tune comme intermédiaire. Je sais : l'Honnêteté ne paie pal...
a écrit le 21/04/2015 à 22:47 :
Limitation du titre restaurant dématérialisé à 19€ par jour : sauf que si vous faites vos courses 1 fois par semaine, vous n'arriverez même pas à les écouler !! Actuellement le plafond de 2 titres par passage à la caisse (idiot et inutile, mais bon : ça se contourne !) me permet de payer sur le marché hebdomadaire, 2 titres au boucher, 2 à un charcutier, 2 à chacun des deux marchands de fruits et légumes, 2 à la boulangerie, ...mais tout ça, le jour de marché, ce que la dématérialisation rendra impossible !
La remise des titres par l'employeur est déjà restreinte et contrôlée,
L'usage est limité quand aux produits achetés,
Alors il suffit de laisser libre le montant utilisé quotidiennement (quitte à limiter ce montant quotidien pour un même commerçant, si l'objectif est de favoriser les petits commerçants face aux hypermarchés!) et là, tout le monde sera favorable à la dématérialisation: les employeurs pour la simplification et (peut être ?) une économie sur les frais, ... les salariés pour la simplification d'usage, l'absence de problème de rendu de monnaie,... les commerçants, pour la baisse des couts de gestion,... et les éditeurs de titres restaurant pour les économies engrangés !
Alors... pourquoi le législateur complique t il inutilement la vie des français ? Si un membre du parlement pouvait nous l'expliquer... !!
Réponse de le 22/04/2015 à 20:04 :
Le membre préfère surement le liquide...
a écrit le 21/04/2015 à 15:57 :
"à chaque transaction, une commission était prélevée par la banque." Ben oui !! Pour la CB aussi.
Moneo était censé faire disparaitre le besoin de se promener (lourd) et payer (fastidieux) avec des pièces (parfois petites).
S'ils sont les seuls à faire les tickets restaurant dématérialisés, l'espoir est plus fort.
"utiliser le titre restaurant le dimanche, ni le soir, on ne peut pas non plus le donner aux enfants ni au conjoint." c'est légal ? Ou une tolérance ?
Réponse de le 22/04/2015 à 21:25 :
Vous soulevez la question " est-ce légal de donner un titre restaurant ? Est ce légal de l'utiliser le soir ou le dimanche ?"
Le problème est : le fait pour le salarié de préférer utiliser son titre le week end au resto en famille, et emmener sa gamelle en semaine a-t-il le moindre intérêt pour le législateur ????
Le fait, pour le salarié, de préférer consacrer un seul jour par semaine pour faire l'ensemble de ses achats plutôt que dépenser 2 titres maxi par jour, cela va t il à l'encontre des intérêts de l'économie française ? Cela dénature-t-il le principe de l'aide au financement de l'équivalent d'un repas par jour de travail ??
En l'espèce, je trouve surtout que le législateur veut surtout se méler de tout, veut tout contrôler... et bientôt, voudra-t-il choisir le menu du salarié ????
a écrit le 21/04/2015 à 14:51 :
Pas étonnant que ça n’ait pas fonctionné. Ces systèmes sont inutiles et coûteux.
Pourquoi se compliquer la vie avec une carte de plus, qui est facturée bien entendu, dont l’utilisation coûte également ? Aucun intérêt.

Pareil pour les titres restaurants dématérialisés. Aucun intérêt, sauf pour leurs promoteurs. Chez nous, c’est pareil : personne n’en veux, et si on nous force, alors nous refuserons les tickets restaurants tout simplement.
a écrit le 21/04/2015 à 12:52 :
Et les employes refuseront les tickets restos car pas liquide du tout et avantageux pour l employeur uniquement
Réponse de le 22/04/2015 à 21:29 :
Expliquez moi donc en quoi le fait de participer au financement de titres restaurant est un avantage pour l'employeur ??? Refusez donc les titres restos : vous avez déjà le droit de les refuser... n'hésitez pas à le faire... il suffit d'exprimer votre refus par écrit !!!
a écrit le 21/04/2015 à 11:46 :
Le forcing ne marche pas auprès du grand public. Souvenez vous de Monéo avec les parcmetres. Si vous n'aviez pas Moneo, vous ne pouviez pas vous garer dans certaines villes. Moi j'ai laissé tomber ces villes et je n'ai jamais souscrit à Monéo.
a écrit le 21/04/2015 à 11:07 :
"Les consommateurs ont manqué d'appétence pour ce nouveau moyen de paiement."

Monéo n'a t'il pas tout simplement été victime de la trop grande gourmandise de ses promoteurs ?

Je veux bien utiliser la puce NFC - ce que je fais déja - de ma carte bancaire, mais à condition que le coût du service ne vienne pas s'ajouter a celui déja relativement élevé de ma carte bancaire.

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