Le retour en grâce des fonds garantis

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Les fonds garantis et à formule sont les seuls produits à trouver un écho favorable auprès du grand public. Mais la protection en capital n'est pas systématique et peut être coûteuse.

Les marchés actions n'ont toujours pas retrouvé grâce auprès de la clientèle des particuliers, échaudés par une crise financière qui n'a de cesse de s'éterniser. Après un net rebond en 2009, les marchés actions ont en effet adopté un profil chaotique en 2010 faisant par moment craindre le pire. Parallèlement, les niveaux d'intérêt qui demeurent durablement bas et la rémunération déclinante des livrets bancaires et des contrats d'assurance vie en euros réduisent nettement les opportunités d'investissement.

Cette situation explique le succès des produits garantis auprès du grand public, la collecte l'an dernier sur certains produits offerts par les grands réseaux bancaires ayant été très élevée (voir tableau). L'avantage de ces fonds est qu'ils permettent de bénéficier de la hausse des marchés actions, tout en offrant une garantie sur le capital investi qui peut être, selon les cas, partielle ou totale. Le moment serait d'ailleurs particulièrement propice pour ce type d'investissement, car en effet la plupart des spécialistes préconisent d'investir en 2011 sur les marchés actions notamment ceux de la zone euro car les cours sont bas et le potentiel de hausse important.

S'ils séduisent les particuliers, les fonds garantis ne constituent cependant pas un produit miracle. En effet, la garantie est consentie au détriment d'une partie de la hausse des cours et de l'intégralité des dividendes attachés aux actions. Par ailleurs, la garantie n'est offerte qu'à l'échéance du produit qui peut varier selon les cas entre trois et huit ans. Enfin, dernière contrainte, ces produits sont souvent assez coûteux en termes de frais.

Les fonds garantis ne sont pas les seuls à offrir une garantie en capital, les fonds à formule souvent associés abusivement aux fonds garantis affichent les mêmes propriétés et les mêmes contraintes à la différence près que la garantie est conditionnée à un scénario d'évolution des marchés. Ces produits peuvent s'avérer ainsi complexes à comprendre pour les particuliers. Ils ont de ce fait donné lieu à des contentieux car certains ont été vendus dans le passé comme des fonds garantis à des particuliers peu avertis. Une situation qui a tendance toutefois à évoluer grâce aux actions de formation mises en ?uvre au sein des réseaux bancaires, qui précèdent maintenant chaque campagne de vente.

"Nous sommes très attentifs à l'explication du mécanisme, le client doit comprendre comment son produit va réagir, les conseillers reçoivent une formation au préalable afin de s'approprier chaque nouvelle offre", explique Jacky Riollier, directeur marketing opérationnel de la direction réseaux de Natixis Asset Management. Et les nouvelles offres proposées sont légions face au succès de ces produits, tous les trois mois environ de nouvelles campagnes de marketing sont menées par les grands réseaux bancaires afin de proposer des produits qui peuvent s'avérer alléchant pour le grand public à la recherche de rendements, sans risque de perte en capital.


Produits garantis et fonds à formule : "il faut bien se renseigner sur la nature du produit" (interview de Hélène Feron-Poloni, avocate au Cabinet Lecoq Vallon & associés)

Quels conseils donneriez-vous à un particulier avant de souscrire un produit garanti ou à formule ?
Les fonds garantis et les fonds à formule reposent sur des techniques financières complexes. Les particuliers n'ont comme solution que de se reporter au document publicitaire, surtout au tableau des avantages et des risques, qui accompagne souvent la vente. Il faut bien se renseigner sur la nature du produit. Les frais, généralement élevés, doivent également être attentivement examinés. Ces informations figurent dans le "prospectus AMF" .

Il y a eu beaucoup de contentieux sur des fonds à formule, est-ce toujours le cas ?
Les fonds à formule ont suscité beaucoup de contentieux car ils ont été distribués par des réseaux sans beaucoup de discernement, le produit Benefic de la Poste ou encore Ecureuil Europe des Caisses d'épargne a donné lieu à de nombreuses actions en justice qui ont été tranchées généralement en faveur des plaignants. Plus récemment, plusieurs contentieux sur des produits distribués via l'assurance vie comme Memoris et Octéis ou par la Caisse d'Epargne comme Doublo qui pouvait faire croire à un doublement du capital investi. Aujourd'hui, les recours sont facilité grâce à la directive marchés instruments financiers.

Quelles sont les nouvelles obligations en matière de commercialisation ?
La MIF a instauré des règles de bonne conduite. Les distributeurs de produits financiers doivent avoir un contact direct avec leurs clients et prospects et déterminer le profil de chaque investisseur, sa connaissance des marchés, des produits financiers et ses objectifs. Il doit adapter en fonction sa proposition de produits. Sinon des recours sont possibles.


Les quatre questions à se poser avant de choisir un fonds

Faut-il opter plutôt pour un fonds à formule ou un fonds garantis ?
"Il existe trois grandes catégories de produits, des fonds offrant une garantie totale à l'échéance, des fonds apportant une garantie partielle à l'échéance et des fonds à protection conditionnelle par exemple si l'indice de référence ou le panier ne diminue pas plus que 40% ou 50%", détaille Christophe Sa Silva, responsable ingénierie produits de Natixis Asset Management. Comment se déterminer entre eux ? Tout dépend de l'aversion au risque et de la connaissance des particuliers des marchés financiers. Les fonds à formule ou assortis d'une conditionnalité peuvent offrir un rendement plus élevé que les fonds garantis, mais le résultat obtenu est plus aléatoire et dépend d'un scénario de marché qu'il faut être en mesure de pouvoir évaluer. Les fonds garantis sont des produits plus simples. Cependant, la participation à la hausse des marchés n'est pas totale et peut osciller dans une fourchette assez large allant de 40% à plus de 60%. Pour Fructizen 3 par exemple distribué par les Banques Populaires, celle-ci s'élève à 60%. Elle grimpe jusqu'à 65% pour Capital Euro 50 des Caisses d'Epargne. Par ailleurs, certains produits utilisent une méthode dite du cliquet qui consiste à sécuriser chaque hausse. C'est le cas par exemple d'Etoile Cliquet 90 distribué par le Groupe Crédit du Nord ou de Cliquet euro de BNP Paribas. L'avantage de ce mécanisme est qu'il peut permettre dans certains cas de sortir du produit avant la date d'échéance en limitant le coût d'une sortie anticipée.

Quels sous-jacents choisir ?
Si potentiellement la plupart des sous jacents peuvent être utilisés, dans la pratique le choix est souvent limité. La plupart des fonds distribués par les grands réseaux (LCL, Crédit Agricole, Société Générale etc.) se focalisent en effet sur les grands indices européens (CAC 40 ou Eurostoxx 50) ou sur des paniers d'actions intégrant une sélection parmi les grandes capitalisations françaises ou européennes. Expansia 3 par exemple distribué par le Crédit Agricole a retenu les 25 plus grandes entreprises du CAC 40 et permet de capter la hausse de ces valeurs dans la limite de 44%. Certains réseaux comme ceux des Caisses d'épargne et des Banques Populaires refusent d'utiliser les paniers d'actions jugés plus complexes à comprendre et se limitent aux indices représentatifs de la zone euro pour les produits distribués au grand public. A contrario, ces réseaux offrent à une clientèle plus avertie et ou disposant d'une surface financière plus importante des produits plus diversifiés en termes de zones géographiques ou de secteurs. D'autres réseaux plus rares comme BNP Paribas diversifient les investissements proposés pour tout public. A ce titre, BNP Paribas a pour projet d'élargir sa gamme de fonds garantis en 2011 en prenant un indice de référence représentatif des pays émergents. Ces produits investis sur des marchés plus exotiques sont plus rares, mais peuvent permettre d'offrir un rendement supérieur au prix d'un risque plus élevé.

Des conditionnalités à manier avec précaution.
En ce qui concerne les fonds à formule ou à promesse, les conditionnalités peuvent fortement varier d'un produit à l'autre. Les produits de nouvelle génération intègrent des scénarios liés aux risques extrêmes comme ceux intervenus en 2008 au plus fort de la crise. « Certains fonds n'offrent pas de garantie de capital mais une protection, valables si l'indice de référence, en général le CAC 40 ou l'Eurostoxx, n'affiche pas une baisse supérieure à 40% ou à 50% à l'échéance indiquée », explique Valérie Combes-Santonja, responsable marketing chez Amundi. En cas de crise, le souscripteur peut ainsi subir l'intégralité de la baisse. A n'utiliser donc que si l'on est certain de l'évolution des marchés. Plus généralement, les produits assortis d'une conditionnalité portant sur l'évolution des marchés peuvent être difficiles à évaluer pour des épargnants non avertis. Ils sont de ce fait de moins en moins proposés au grand public, mais plutôt dans le cadre de la gestion privée. Enfin, pour le grand public, certains réseaux proposent maintenant, afin que les épargnants ne soient plus bloqués sur une période trop longue, des fonds qui peuvent être rappelés par anticipation si le scénario du gérant se réalise. C'est le cas notamment de plusieurs produits proposés par BNP Paribas. La banque a rappelé fin décembre deux produits Flamenco et Flamenco PEA car ils avaient atteint la formule proposée grâce à la hausse des marchés actions, ces fonds affichent une performance de 14% sur deux ans.

Quelle enveloppe fiscale choisir ?
Les fonds garantis et les fonds à formule peuvent être souscrits dans un compte titres classique comme n'importe quel OPCVM ou titres vifs, dans le cadre de plan d'épargne en actions (PEA) ou enfin dans celui des contrats d'assurance vie. Le grand public opte le plus souvent pour ces deux dernières enveloppes fiscales. "La quasi intégralité des fonds garantis ou à promesse sont intégrés dans un PEA ou dans un contrat d'assurance vie", explique Valérie Combes-Santonja. Qu'il s'agisse de produits garantis ou pas, les avantages des PEA ou des contrats d'assurance vie sont avant tout fiscaux. Pour l'assurance vie par exemple, les plus values sont exonérées d'impôts (hors prélèvements sociaux) au-delà de huit ans.

Par ailleurs, avec la baisse des rendements des fonds en euros, les banques et compagnies d'assurance essaient de convaincre les épargnants d'aller vers les actions et de souscrire à des contrats en unité de comptes. Dans ce cadre, les garanties partielles ou totales constituent un argument supplémentaire qui semble les convaincre. A noter, certains distributeurs offrent deux versions d'un même produit l'un étant éligible au compte titres et au PEA, le second à l'assurance vie, outre les limites différentes qu'ils peuvent avoir en matière d'utilisation des actifs (recours ou non aux produits dérivés, actifs en portefeuille appartenant ou pas à la zone euro) la différence entre les deux portent sur les frais qui peuvent être supérieurs pour l'assurance vie.

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