Les fonds socialement responsables récompensent-ils les épargnants ?

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Les grandes causes humanitaires et sociales intéressent aujourd'hui aussi bien les pouvoirs publics que la société civile. Mais les fonds dédiés sont difficilement lisibles et encore très peu connus du public. Leurs rendements ne sont pas vraiment meilleurs que ceux des autres, mais attirent un nombre croissant d'épargnants, surtout ceux qui préparent leur retraite. Explications.

Le problème de la faim dans le monde, l'accès à l'eau, la santé, l'éducation, le travail des enfants ou encore le sort réservé aux femmes vont-ils, enfin, devenir des causes prioritaires, non plus seulement aux yeux des différents États, mais aussi à ceux de la société civile?
Autrement dit, le secteur privé va-t-il lui aussi s'emparer de ces problématiques et structurer un mode de financement où tout le monde pourra finalement être gagnant? Pour l'heure, ce sont surtout les entreprises qui se sont sensibilisées à ce sujet. Et plutôt les grandes. En tout cas, toutes celles pour qui les progrès de l'humanité ont une résonance certaine.« Il est faux de penser que seuls les États se mobilisent pour ces causes. La société civile aussi se sent concernée par ces problématiques. Pour les entreprises, l'intérêt est certain : elles participent à la protection et à l'essor de populations qui seront un jour des clients. Elles favorisent leur image et anticipent des problèmes de réputation », analyse Jean-Michel Sévérino, président de Convergences 2015, plate-forme de réflexion destinée à établir de nouvelles convergences entre acteurs publics et privés pour lutter contre la pauvreté et la précarité*.Dans ce contexte, que proposent les différents fonds d'investissement positionnés sur ces problématiques? Sont-ils de véritables relais financiers pour ces causes et offrent-ils des rendements intéressants pour leurs souscripteurs?
Depuis plusieurs dizaines d'années, le monde de la gestion collective s'intéresse à la cause éthique. Mais force est de constater que cette marque d'intérêt est très hétérogène et s'est, jusqu'à présent, délayée dans un grand nombre de sujets pas faciles à cerner pour ceux qui souhaiteraient investir pour le bien de l'humanité.

Des critères de sélection encore approximatifs

En France comme à l'étranger, les investissements ISR (socialement responsables) sont plutôt réalisés sur la base d'exclusion de secteurs (tabac, armement, industries polluantes, entreprises basées dans des zones non respectueuses des salariés, etc.). Mais, les stratégies d'investissement ne sont absolument pas homogènes et ne suivent aucun critère standardisé.
Il existe ainsi toute une kyrielle de dénominations pour ces gestions : ISR, RSE (responsabilité sociétale des entreprises), ESG (environnement, social, gouvernance), « best in class » (sélection des meilleures entreprises de leur secteur suivant les critères environnementaux, sociaux, de gouvernance), etc.
Les uns préfèrent axer leurs efforts de sélection sur l'univers sociétal, les autres sur l'environnemental. « En outre, au niveau des grands fonds de pension anglo-saxons, il faut bien reconnaître que même ceux spécialisés sur la problématique éthique ne récompensent pas toujours les entreprises qui s'engagent dans des politiques sociales positives », commente Jean-Michel Sévérino. Du coup, il faut être bien conscient qu'en France les fonds ISR ou ceux suivant les critères ESG n'ont pas une stratégie d'investissements en parfaite symbiose avec leur thématique. « Il faut savoir également qu'en Europe chaque pays a sa propre version des choses et qu'il est donc particulièrement difficile de s'y retrouver », regrette Anne-Catherine Husson-Traoré, directrice générale de Novethic, centre de recherche en matière d'investissement responsable qui dispense des labels ISR aux sociétés de gestion.
D'où la récente décision de Novethic de durcir les critères de labellisation afin de rendre plus lisible la stratégie de sélection de valeurs des gérants et de favoriser les arbitrages en faveur des entreprises réellement vertueuses. « La mécanique a du mal à s'enclencher, mais la dynamique est là et les résultats sont plutôt encourageants si l'on sait que les fonds ISR représentent tout de même aujourd'hui 76,4 milliards d'euros d'encours via 304 fonds, en hausse de 19% entre 2011 et 2012 », soutient la responsable de Novethic.
Pour autant, si l'investissement socialement responsable peine à se structurer et à s'homogénéiser, la demande est là. Et plus particulièrement du côté des salariés souhaitant préparer leur retraite. À ce jour, les fonds ISR représentent ainsi 25% des encours totaux enregistrés dans le domaine de l'épargne salariale.

Les valeurs financières surpondérées

Côté performances, ces fonds sont-ils à la hauteur? Historiquement, les fonds ISR n'ont jamais vraiment distancé les autres thématiques d'investissement. Et pour cause, les portefeuilles sélectionnés ne se différenciaient pas beaucoup de leurs homologues. Plus récemment, l'agence de notation Morningstar a réalisé une étude sur le sujet. « Sur trois et cinq ans, les fonds actions ont tendance à sous-performer, tandis qu'en 2012 ils surperforment légèrement. Cette évolution est due à la surpondération des valeurs financières - banques et assurances - dans les fonds ISR. En effet, la notation des valeurs cotées sur des critères sociaux [diversité, emploi des femmes, salaires, etc., ndlr] ou environnementaux [émissions de CO2, consommation d'eau, etc.] a mécaniquement eu tendance à favoriser les sociétés financières au détriment des industrielles. C'est ce qui explique que l'ISR n'a pas protégé l'investisseur de la crise sur les actions et que les performances à plus court terme soient plus élogieuses [grâce au rebond des financières]. À l'inverse, sur la classe d'actifs obligataires, on observe une surperformance sur trois et cinq ans et une sous-performance en 2012. L'explication provient de la sous-pondération en titres émis par les pays de l'Europe du Sud. En effet, l'analyse ISR note sévèrement les États où la fraude fiscale et la pratique du travail au noir sont importantes. La Grèce, par exemple, a toujours été mal notée », explique Jean-François Bay, directeur général de Morningstar France.
Alors est-il judicieux de placer son épargne sur ces fonds? Comme d'habitude, tout est question de convictions et de confiance dans sa société de gestion ou dans son conseiller en gestion de patrimoine. L'investissement via des subsides privés dans de grandes causes se structure peu à peu en France et dans le monde. Il ne correspond pas vraiment à l'offre des fonds ISR, ESG ou « best in class » proposés par les établissements financiers, qui se concentrent plutôt sur les bonnes pratiques des sociétés en matière sociale ou environnementale. Il n'empêche, quitte à investir son argent sur certaines thématiques, pourquoi ne pas privilégier celles qui respectent l'humain et la planète, tout en pouvant espérer un rendement identique à ceux dégagés par les autres thématiques?

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* Convergences 2015 organise son forum mondial les 17,18 et 19 septembre prochain au palais Brongniart et à la mairie de Paris.76,4 milliards d'euros, c'est l'encours des fonds ISR en 2012, en hausse de 19% sur un an.

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Commentaires
a écrit le 28/03/2013 à 20:13 :
L'epargne salariale propose des FCPE dont un en epargne solidaire sur les 5 ou 6 qui sont proposés aux salariés suivant divers profils de risque .Pour avoir travaillé dans un grand groupe français internationnal de l'aéronautique je peut vous dire que les salariés ne sont pas pressés de mettre leurs économies dans des fonds éthiques.Ils sous performent en moyenne glissée ce que les salariés voient quand ils recoivent leurs informations de placements .Bien que la situation soit complexe ,on peut prevoir qu'une entreprise genereuse au niveau ethique fasse moins de benefice et distribue moins de dividendes .Les salariés savent compter et suivant l'adage --les français ont le coeur à gauche et le portefeuille à droite---ils font leur arbitrages, peu en faveur des placements éthiques.

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