Le marché de l'assurance emprunteur laisse (toujours) à désirer (UFC-Que choisir)

 |   |  643  mots
Trois ans après l'entrée en vigueur de la loi Lagarde censée ouvrir le marché de l'assurance-emprunteur à la concurrence, l'UFC-Que Choisir estime que ce marché est toujours fermé et que les tarifs n'ont pas baissé. L'effet constaté serait même l'inverse de celui désiré.

Il y encore beaucoup à faire du côté de l'assurance-emprunteur. C'est en tout cas le constat de l'association de consommateurs UFC-Que Choisir qui dresse un bilan au vitriol pour les banques, trois ans après l'entrée en vigueur de la loi Lagarde, censée ouvrir le marché à la concurrence. Il faut dire que cette assurance, obligatoire à la souscription d'un crédit immobilier, est (trop) largement accaparée par les banques. En effet, rien que les trois acteurs Crédit Agricole Assurance, Assurances du Crédit Mutuel et BNP Paribas Cardif se partagent plus de la moitié du marché, souligne l'association dans une étude présentée ce jeudi. 

Les bancassureurs y gagnent en moyenne 2,2 milliards d'euros par an

Un marché qui pesait 5,7 milliards d'euros en 2011, indique l'UFC, qui s'est au passage étonné de l'absence de données pour 2012. Or, selon les calculs de l'UFC, les marges des banques sur ce produit - les principales garanties que finance cette assurance sont le décès (69%), l'invalidité (27%) et la perte d'emploi (2%) - sont passées de 40% en moyenne en 2007 à 46% en 2013, voire 69% chez les assurés les plus jeunes, ce qui rapporte 2,2 milliards d'euros chaque année aux bancassureurs.

"Après trois ans, l'échec est criant et la concurrence est complètement évanescente", s'est emporté Alain Bazot, président de l'UFC, lors d'une conférence téléphonique ce jeudi. La loi Lagarde a pourtant instauré la dissociation du crédit et de l'assurance-emprunteur pour permettre au souscripteur de choisir librement son assureur, afin de faire baisser les prix.

Les tarifs ont augmenté au lieu de diminuer

Or selon l'UFC, la part des assureurs non-bancaires a diminué entre fin 2009 et juin 2011, passant de 20% à 14% des ventes de ce produit. C'est donc l'effet inverse de celui escompté! De plus, dans le même temps, les tarifs ont augmenté, relève l'association de consommateurs, et le coût de l'assurance-emprunteur représente aujourd'hui 25% du coût total du crédit, contre 19% en 2008. "Certes, il y a eu une baisse des taux d'intérêt, mais cela n'explique pas tout, normalement la loi Lagarde aurait dû faire baisser les prix", estime Alain Bazot.

La cause du problème? "Il y a un conflit d'intérêts car le banquier doit vérifier la qualité de l'assurance tout en étant lui-même vendeur d'assurance. C'est d'autant plus problématique que c'est lui qui décide au final", selon Maxime Chipoy, responsable du service des études à l'UFC.

L'UFC espère un amendement dans le projet de loi consommation

Au vu de ces éléments, l'association espère que le projet de loi relatif à la consommation, dont l'examen doit reprendre à la rentrée, inclura un droit à résiliation annuelle de l'assurance-emprunteur. "Le droit à résiliation annuelle est extrêmement vertueux car il a un pouvoir de correction par anticipation", estime Alain Bazot, pour qui ce droit permettrait d'éviter notamment le "chantage" au taux.

Pour l'heure, le projet de loi consommation prévoit la résiliation à tout moment au bout d'un an des assurances automobiles et habitation et des "petites" assurances (portables, électroménager...), mais l'assurance-emprunteur n'entre pas dans le champ d'application. Alain Bazot espère donc un amendement parlementaire, le gouvernement ne souhaitant pas légiférer avant d'avoir reçu une étude d'impact sur la loi Lagarde, selon lui.

De leur côté, les banques estiment qu'une telle mesure déstabiliserait le marché. Un argument réfuté par l'UFC qui juge que de fait, la résiliation de l'assurance en cours existe déjà via le rachat de crédit. En outre, certains établissements comme la Banque Postale ou la Caisse d'épargne prévoient un droit clair à la résiliation annuelle. Mais ils sont encore trop peu nombreux.

>> Pour aller plus loin: Assurance-emprunteur: un Français sur trois ignore qu'il a le droit de dire non

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :