Immobilier : les séniors préfèrent rester chez eux, même en cas de pépin

Par Mathias Thépot  |   |  646  mots
Le logement intergénérationnel pourrait être davantage développé. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Les séniors restent très attachés au maintien à domicile en cas de dépendance, selon un sondage du réseau immobilier Orpi.

Même en cas de grande dépendance, les séniors préfèrent largement rester dans leur logement. N'en déplaise à certains acteurs de l'immobilier qui voient dans la silver économy un fabuleux moyen de faire de l'argent grâce aux résidences séniors. Une enquête réalisée par l'institut Ipsos pour le réseau d'agences immobilières Orpi montre en effet que 77 % des plus de 65 ans préfèrent rester dans leur logement en cas de grande dépendance, quitte à faire des travaux d'aménagement et à prendre une aide à domicile.

A titre de comparaison, ils ne sont que 14 % à préférer vivre dans un appartement au sein d'une résidence médicalisée, et 5 % dans une maison de retraite. « Il y a un véritable rejet des maisons de retraites chez les séniors », constate Etienne Mercier, directeur adjoint du département Opinion Ipsos. « En général dans ces lieux, les relations entre les résidents se passent très mal », abonde le sociologue Jean-Claude Kaufmann. Sur le terrain, Franck Sasso, président du GIE Orpi Val de Marne constate aussi que « les seniors diminués privilégient d'habiter dans leur logement, et demandent des aides à domicile et des services de santé à proximité ».

Les séniors sont casaniers

En plus de vouloir rester chez eux, les séniors restent en majorité casaniers. Ils souhaitent moins que les autres générations partager leur logement, notamment avec des jeunes. Les plus de 65 ans sont « 60 % à ne pas être intéressés pour louer à un étudiant une chambre de leur domicile avec l'assurance que la personne respecterait leurs règles de vie », explique le sondage Orpi/Ipsos. De même, 62 % des plus de 65 ans refusent de proposer une chambre à un étudiant en échange d'un service.

Le potentiel de logements intergénérationnels est pourtant loin d'être négligeable : un rapport du conseil d'orientation des retraites (COR) datant de la fin 2013 notait que l'offre potentielle (sans demander leur avis aux séniors) de logements en sous peuplement prononcé, occupés par un ménage d'une personne âgée de 60 ans ou plus, s'élevait à 2,2 millions de lots ; alors qu'en face, la demande potentielle des jeunes s'élève à .... 500.000 logements. Or le nombre de logements intergénérationnels est aujourd'hui marginal.

La retraite, le plus bel âge de la vie?

Un travail de sensibilisation reste clairement à faire pour les séniors isolés qui sont enclins à partager leur logement, et qui sont d'ailleurs de plus en plus nombreux. Mais force est de constater que la tendance la plus lourde est que les séniors préfèrent vivre tranquillement chez eux en fin de vie. La perception des Français est ainsi faite : « en France, le plus bel âge de la vie, c'est au moment de la retraite », a constaté Etienne Mercier au fil des sondages. Même chez les jeunes aujourd'hui, l'idée de sécuriser sa retraite est plus que jamais présente. C'est d'ailleurs l'une des plus fortes motivations pour devenir propriétaire de son logement. Et en ces temps de crise économique, les moins de 35 ans sont 64 % à considérer que l'accession à la propriété est plus importante pour eux que pour leurs parents.

Un plan épargne pour les séniors

Fort de ce constat, le président d'Orpi Bernard Cadeau milite pour l'instauration d'un nouveau produit d'épargne, « le plan épargne sénior logement » dont il ne serait possible de récolter les fruits qu'au moment de la perception des droits à la retraite. Celui-ci serait par ailleurs dédié à des dépenses liées au logement. Il pourrait notamment permettre, selon Bernard Cadeau, aux retraités contraints de vendre leur logement à cause de difficultés financières, de finalement le garder. Les jeunes qui pensent (déjà) à leur retraite pourraient ainsi être séduit par un tel produit d'épargne.