Cahuzac : "une faute grave" pour la gauche, "la fin de la gauche morale" pour la droite

Par latribune.fr  |   |  1694  mots
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Jérôme Cahuzac a avoué avoir détenu un compte en banque à l'étranger pendant 20 ans. Revue des réactions.
Après des mois de bras de fer avec le site d'information Mediapart, Jérôme Cahuzac a avoué mardi avoir possédé un compte bancaire à l'étranger. "Dévasté par le remords", l'ancien ministre du Budget s'est dit "pris dans une dans une spirale du mensonge". La gauche et le gouvernement nient avoir été au courant, et accusent Jérôme Cahuzac d'avoir commis "une faute morale", la droite accuse.
  • François Hollande : "Jérôme Cahuzac a commis une impardonnable faute morale en mentant"
"Le président de la République prend acte avec grande sévérité des aveux de Jérôme Cahuzac devant les juges d'instruction concernant la détention d'un compte bancaire à l'étranger", a affirmé la présidence. L'ancien ministre du Budget a "commis une impardonnable faute morale" en "niant l'existence de ce compte devant les plus hautes autorités du pays ainsi que devant la représentation nationale", a ajouté l'Elysée. "C'est désormais à la Justice d'en tirer les conséquences en toute indépendance", a poursuivi la présidence, soulignant que "pour un responsable politique, deux vertus s'imposent : l'exemplarité et la vérité".
  • Jean-Marc Ayrault : "Une faute grave, une faute morale"

"C'est pour les Français que je suis profondément meurtri, à la fois sur le plan personnel et dans l'exercice des responsabilités qui sont les miennes, et tous ceux qui ont fréquenté Jérôme Cahuzac ont le sentiment d'une trahison, d'une faute grave, d'une faute morale", a déclaré le Premier ministre lors du 20h de France 2, qui a indiqué qu'il "ne savai[t] rien". "Oui, j'ai eu un échange avec lui pour lui dire qu'il nous avait trahis, oui, je lui ai dit qu'il avait menti et que, pour nous, c'était quelque chose de profondément choquant", a-t-il dit. "Je demande à Jérôme Cahuzac de tirer toutes les conséquences de ce mensonge particulièrement grave, à l'égard de la République, à l'égard de l'Etat républicain, à l'égard des Français, et de ne plus exercer de responsabilité politique".

  • Pierre Moscovici : "aucune complaisance"

L'exécutif français n'a "eu aucune complaisance", "aucune volonté d'entraver la justice" dans l'affaire Jérôme Cahuzac, qui a avoué mardi avoir menti durant trois mois sur l'existence d'un compte bancaire à l'étranger, a déclaré mercredi Pierre Moscovici.  Le site d'informations Mediapart, à l'origine des révélations sur le compte de l'ex-ministre du Budget, affirme que le ministre de l'Economie et des Finances a "lui même manqué à ses fonctions en instrumentalisant l'administration fiscale". "Le président de la République, le Premier ministre, moi-même, nous avons fait ce qu'il convenait de faire", a affirmé Pierre Moscovici sur RTL. "Il n'y a eu aucune complaisance, aucune volonté d'entraver la justice, aucune volonté de couvrir ou de blanchir. Il y a eu la confiance, avec des questions et à chaque fois, les réponses que faisait cet homme", a-t-il poursuivi.

  • Jean-François Copé : la "fin de la gauche morale"

Jean-François Copé, président de l'UMP, a estimé mardi, dans un communiqué, que le mensonge de Jérôme Cahuzac "signait définitivement la fin de la gauche morale et donneuse de leçons". "Ce mensonge signe définitivement la fin de la gauche morale et donneuse de leçons", écrit Jean-François Copé, qui dit avoir appris "avec stupeur le terrible aveu" de l'ancien ministre du Budget sur son compte bancaire à l'étranger. "La question (...) est de savoir si le président de la République, le Premier ministre et les membres du gouvernement étaient au courant et s'ils ont couvert ces faits", poursuit le chef du parti d'opposition. Déplorant le "climat délétère" que "tout cela entretient à la tête de l'État", Jean-François Copé affirme que "le président de la République doit prendre ses responsabilités face à ce mensonge d'État et s'en expliquer lui-même devant les Français". "François Hollande nous annonçait une République exemplaire. Quel crédit accorder désormais à son équipe gouvernementale ?" s'interroge le député-maire de Meaux.

  • Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale : "inqualifiable"

"C'est inqualifiable, il a menti sciemment et de manière effrontée à la représentation nationale. Nous avons tous été très dignes dans l'opposition, à l'UMP, nous lui avons posé une fois la question. M. Cahuzac le reconnaît lui même, on aurait espéré qu'il le reconnaisse avant et qu'il n'accepte pas les responsabilités qui ont été les siennes dans ces conditions. J'ai du mal a imaginer que le président de la République et le Premier ministre n'aient pas été au courant de cette situation. Je n'en sais pas plus".

  • Bernard Accoyer exige des "excuses publiques"

Bernard Accoyer "considère que François Hollande doit également s'en expliquer devant les Français dans les meilleurs délais". Bernard Accoyer "exige des excuses publiques du Premier ministre à l'Assemblée nationale après les aveux de Jérôme Cahuzac". Selon lui, "la représentation nationale et, à travers elle, 65 millions de Français ont été bafoués par les mensonges du ministre de Jean-Marc Ayrault lorsqu'il a indiqué le 5 décembre, dans l'hémicycle, qu'il n'avait +jamais eu de compte à l'étranger, ni maintenant ni auparavant+". Pour Bernard Accoyer, "ces excuses doivent intervenir dès demain (mercredi, lors de la séance de questions au gouvernement". "L'opposition a toujours fait preuve d'une grande dignité dans cette affaire. Mais devant ces mensonges éhontés et répétés, c'est toute la crédibilité de la parole gouvernementale qui se trouve entachée", a estimé le député de Haute-Savoie.

  • Arnaud Montebourg : "les bras m'en tombent"

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a déclaré mardi à Marseille "les bras m'en tombent, je n'ai pas de mots" en réaction à la mise en examen de Jérôme Cahuzac. Interrogé par la presse, le ministre s'exprimait en marge d'une visite à Marseille dans le cadre du train de l'industrie.

  • Harlem Désir : "injustifiable"

"Je suis stupéfait que Jérôme Cahuzac ait pu mentir au président de la République, à l'Assemblée nationale, aux socialistes et aux Francais sur ces faits inconcevables, niés de façon injustifiable," a déclaré dans un communiqué le premier secrétaire du parti socialiste Harlem Désir. Selon lui, "a justice va poursuivre son travail en toute indépendance, comme y a constamment et scrupuleusement veillé le gouvernement."

  • Gérard Filoche : "Mais de qui se moque-t-on ?"

"On avait un ministre du Budget qui était censé chasser la fraude fiscale et qui ne le faisait pas. Et maintenant on va chercher quelques milliards dans les allocations familiales ? On va chercher quelques milliards dans les petites retraites ? Mais de qui se moque-t-on ?", a déclaré, visiblement ému, le socialiste Gérard Filoche, sur LCI.

  • Jean-Luc Melenchon, co-président du Parti de Gauche (sur RTL) : "sidéré"

"Je suis comme tout le monde, sidéré. On a beaucoup discuté ces jours derniers de ce que voulait dire le mot salopard, eh bien voilà, un salopard c'est ça. Où s'arrête la chaîne des mensonges ? Ce n'est pas possible que personne n'ait rien su. C'est la question que n'importe qui va se poser maintenant."

  • Louis Aliot, vice-président du FN (sur France Info) : "remettre de l'ordre en France"

"Je pense qu'il est temps de remettre de l'ordre en France, de redonner de la vertu à la politique et de redonner une honnêteté au système politique français et je ne pense pas (...) que ce soit la gauche, le parti socialiste, ou la droite, l'UMP-Sarkozy, qui pourront demain refaire un système politique digne de ce nom."

  • Edwy Plenel : "accabler Cahuzac ne sert à rien"

Edwy Plenel, patron fondateur de Mediapart qui a révélé l'existence du compte en Suisse de l'ancien ministre du Budget, a estimé qu'"accabler Jérôme Cahuzac ne sert à rien" et qu'"il vaut mieux s'interroger sur ce qui s'est passé depuis quatre mois". "Il faut s'interroger sur ce mensonge avec la complicité du monde politique et médiatique", a estimé Edwy Plenel interrogé par l'AFP. "Il faut s'interroger sur ce qui s'est passé pendant ces quatre mois, sur ce retour de boomerang qu'avait prévu Mediapart, le monde politique et celui des médias doit se poser la question", a-t-il ajouté. "A Mediapart nous n'avons jamais douté de nos informations", a encore dit Edwy Plenel, ajoutant: "ce qui fait le malheur de la démocratie ne rend pas heureux les journalistes".

"Hollande et Ayrault ont laissé la justice travailler, ce qui n'était pas le cas sous la majorité précédente", a précisé Edwy Plenel sur I-Télé.

  • Florent Pedebas, détective privé à Villeneuve-sur-Lot : Jérôme Cahuzac "aurait dû avouer plus tôt"

"Ce que Jérôme Cahuzac a avoué aujourd'hui, il aurait dû le reconnaître plus tôt, ça aurait amoindri les choses", a estimé auprès de l'AFP Florent Pedebas, un ancien gendarme devenu détective privé à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), ville de Jérôme Cahuzac. Florent Pedebas avait témoigné courant mars devant les enquêteurs qu'il avait parfaitement reconnu, dans l'enregistrement publié par Mediapart, celui que Michel Gonelle, avocat et ancien maire de la ville, lui avait fait entendre fin 2000 sur son portable. L'avocat avait capté, à la suite d'un problème technique, une conversation dans laquelle l'ancien ministre évoquait la possession d'un compte en Suisse. "S'il reconnaît qu'il a menti, c'est bien, ça prouve que les témoignages étaient exacts", a poursuivi Florent Pedebas. "Je ne comprenais pas pourquoi il niait l'évidence, on est nombreux à penser ça à Villeneuve-sur-Lot, surtout à partir du moment où on savait que c'était sa voix sur l'enregistrement", a déclaré l'ancien gendarme, pour lequel M. Cahuzac "a été mal conseillé au départ" de cette affaire, quand les révélations de Mediapart ont éclaté.

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