La Fiac (et Paris) de retour sur le devant de la scène

Par Clément Thibault  |   |  1092  mots
"L'arbre" de Paul McCarthy, déployé sur la place Vendôme a l'occasion de la FIAC, a beaucoup fait parler de lui... (Crédits : Reuters)
L’automne s’abat sur Paris, mais un parfum léger et agréable y persiste, du moins, pour les professionnels et les amateurs d’art. La Fiac (Foire internationale d’art contemporain, du 23 au 26 octobre) et tous ses évènements satellites fleurissent sur la capitale. Et force est de constater que l’excellence du cru 2014 nourrit quelques espoirs.

L'auteur Serge Guibaut expliquait en 1988 comment "New York avait volé l'idée d'art moderne", et supplanté Paris en tant qu'épicentre mondial de l'art. Vingt-six ans plus tard, la City of Light retrouve un certain éclat et l'on se met à rêver qu'elle retrouve son lustre, perdu au tournant de la guerre.

Car c'est indéniable, l'année 2014, pour tout amateur d'art, possède une saveur particulière. Surtout, la semaine folle qui débute va être le théâtre d'un souffle nouveau pour la scène artistique parisienne. Le Musée Picasso, après sa rénovation et le cauchemar administratif qui l'a vu fermer durant cinq ans, fête enfin en grandes pompes sa réouverture (25 octobre). La Fondation Vuitton, dont le projet est piloté depuis une décennie par le collectionneur Bernard Arnault, inaugure un nouvel édifice, un nuage de verre imaginé par l'architecte star Frank Gehry (27 octobre). La Monnaie de Parie fête elle aussi sa réouverture et se consacre à l'art contemporain avec une exposition monographique dédiée à l'iconoclaste Paul McCarthy (25 octobre).

Outre ces réouvertures et les nombreuses foires qui auront lieu cette semaine à Paris, des dizaines d'expositions fleurissent partout dans la capitale, portées par les musées, mais aussi par le dynamisme des fondations parisiennes (Guerlain, Ricard, Cartier ou la Maison Rouge).

Alors, Paris revit-elle de ses cendres ? On ne peut encore en juger, mais une certitude demeure : la concentration des évènements autour de l'art contemporain cette semaine a bel et bien une raison, parfaitement identifiable : la Fiac.

La Fiac : une santé de fer

Tout comme la ville qui l'abrite, la Fiac affiche une santé de fer, presque insolente.

Du 23 au 26 octobre, 191 galeries prendront place sous la verrière du Grand Palais. Près de 200 galeries, et pas des moindres, puisque ce sera la crème du monde de l'art actuel qui se réunira à cette occasion, sélectionnée par un comité pointu, composé entre autres de Danielle Balice (galerie Balice Hertling), Simon Lee (Simon Lee Gallery) ou Christophe Van de Weghe, (Van de Weghe Gallery). En se promenant à la Fiac, l'on pourra donc s'arrêter aux stands des galeries Perrotin, Almine Rech ou Kamel Mennour pour les Français représentés, ou Gagosian, Helly Nahmad et Victoria Miro pour les galeries étrangères.

Surtout, à l'étroit dans les 13.000 m2 de la nef du Grand Palais, la Fiac lance cette année la foire OFF(ICIELLE), qui accueillera 68 galeries aux Docks - Cité de la Mode et du Design, parmi lesquelles figurent le galeriste d'art brut Christian Berst, Meessen De Clercq, ou la Galerie Particulière. L'exiguïté du Grand Palais est légendaire !

Et comme à son habitude, la foire saura étendre ses ramifications à toute la capitale avec un programme hors-les-murs très fourni. Que ce soit le Jardin des Tuileries, la Place Vendôme, les Berges de Seine ou le Jardin des Plantes, une grande partie des lieux parisiens emblématiques sera mise au diapason de l'art contemporain.

Conquérir une ville comme Paris c'est bien. Mais la Fiac se permet même de voir plus loin. Car, plus qu'au Grand Palais, c'est bien en France qu'elle se sent à l'étroit actuellement. La foire ouvrira ainsi sa première édition à l'étranger en mars 2015 (du 27 au 29 mars) en posant ses valises à Los Angeles.

Loin de la morosité ambiante, la Fiac affiche une croissance et une sérénité durables. Un secret ?

La Fiac, de l'ombre à la lumière

En 1974, date de la création du Salon International d'art contemporain (qui deviendra « Fiac » quelques années plus tard), les foires n'étaient qu'une poignée. Cologne, lancée en 1966, faisait figure de grande pionnière, suivie de près par Bâle et Bruxelles. À peine quatre décennies plus tard, on ne dénombre pas moins de 200 foires d'art contemporain de par le monde. Un chiffre qui donne le tournis et témoigne de l'accélération violente du monde de l'art. Sous peine d'être relégués en seconde division, les directeurs de foire doivent donc rivaliser d'ambition et de créativité afin de ne pas se laisser engloutir dans ce flot.

Or, au tournant du nouveau millénaire, la Fiac, tout comme Paris, subissait de plein fouet cette concurrence acharnée du monde de l'art. On accusait sa sélection de diminuer en qualité avec le temps, et de n'être que trop portée sur l'art moderne. L'événement n'attirait plus les foules et manquait ses initiatives. En outre, l'apparition de la Frieze, en 2003 à Londres, quasiment aux mêmes dates que son homologue française, qui proposait une vision plus jeune et dynamique de l'art contemporain a porté un coup presque fatal à la Fiac. Rien ne témoigne mieux de ce malaise que la couverture de Beaux-Arts Magazine d'octobre 2003 : « Fiac : 30 ans : anniversaire ou enterrement ? ».

Mais la bête n'était que blessée et c'est à ce moment que la foire entreprit sa cure de jouvence. En 2003, Reed Expositions racheta OIP (créée en 1974 et qui pilotait jusque là la Fiac), et décida de dissoudre son ancien comité de direction. Dès 2004, les deux nouveaux directeurs de la foire étaient Martin Bethenod (Commissaire général) et Jennifer Flay (commissaire artistique). Ils créèrent une nouvelle section réservée aux jeunes galeries et artistes, renouèrent avec la prétention internationale de la foire et surtout, la Fiac revint en 2006 au Grand Palais — qu'elle avait quitté pour cause de restauration.

En 2008, la Fiac ne fut en aucun cas affectée par crise. Une première consécration pour les deux directeurs. Mais leur collaboration ne dura qu'un temps, car en 2010, Martin Bethenod quitta Reed Expositions pour prendre la direction du Palazzo Grassi de François Pinault. Depuis, Jennifer Flay  est restée seule à la barre, en tant que directrice artistique et commissaire générale. Le cap qu'elle a tenu n'en a pas été moins ambitieux : la foire OFF(ICIELLE), tout comme l'aventure américaine laissent présager à la Fiac un avenir radieux.

Cette semaine, Paris semble lui appartenir. Et pour quelle cause ? La Fiac, certes. Mais surtout la promotion de l'art contemporain. En 2013, Jennifer Flay avait déclaré à AMA : "Il faut absolument essayer de transmettre au public le plus large un goût pour l'art en général et pour l'art contemporain qui n'est autre que l'art ''de notre temps''. C'est là le travail de tous les ''ouvriers'' de l'art".

Dans ce contexte, Jennifer Flay et Alekseï Stakhanov sont-ils si éloignés ?