Refaire vivre une ville grâce à l’art : entretien avec Florinda Saieva

Par Art Media Agency  |   |  819  mots
Près de 1000 maisons ont été abandonnées dans cette petite ville de Sicile. (Crédits : Reuters)
Florinda Saieva et son mari Andrea Bartoli ont transformé un village sicilien en un projet d'art contemporain. Entretien.

En 2010, Florinda Saieva et son mari Andrea Bartoli ont ouvert Farm Cultural Park, transformant la ville de Favara située dans le sud de la Sicile en un projet d'art contemporain. Des immeubles désaffectés ont été transformés en galeries, concept stores ou boutiques, leurs extérieurs sont utilisés comme des toiles et espaces d'installation pour les artistes. Art Media Agency s'est entretenu avec Florinda Saieva à propos des origines du projet, des artistes impliqués et ce qui est à venir dans le futur.

Art Media Agency  - D'où est venue l'idée du Farm Cultural Park ?

Florinda Saieva - Nous avons pris la décision de vivre en Sicile et d'essayer de créer un projet dont nous pourrions bénéficier, mais également notre famille ainsi que la communauté dans son ensemble. Mon mari vient de Catane, nous avions le sentiment que nous pouvions vivre n'importe où dans le monde, mais nous avons décidé de nous établir en Sicile, puisque c'est un endroit dont beaucoup de personnes, particulièrement les populations jeunes, s'éloignent à cause du manque de possibilités d'emploi.

Considérez-vous votre projet seulement comme un projet d'art ou bien également comme un projet social ?

C'est assurément un projet social, l'art étant un moyen d'embellir la société.

Donc, au commencement, comment l'avez-vous lancé ?

Jusqu'à présent, le projet a été presque entièrement autofinancé. Cependant, il est facile de réaliser des choses dans ce domaine, compte tenu du faible coût de l'immobilier, ce qui rend l'achat de maisons possible.

Comment avez-vous attiré les artistes et personnes qui ont été impliqués dans le projet ?

Nous connaissions déjà bon nombre d'autres collectionneurs, car nous-mêmes avons commencé en tant que collectionneurs. Nous avons donc commencé par les contacter quand nous organisions les événements. Une grande partie s'est déroulée assez vite, de manière presque virale, à travers le bouche-à-oreille sur ce que nous accomplissions. Désormais, les artistes nous contacteront et nous parlerons de leurs créations actuelles. Nous venons d'une famille de collectionneurs. La famille de mon mari, en particulier ses frères, est impliquée dans la collection d'art. Il a grandi au milieu de l'art, donc il est très familier avec la communauté artistique.

Visez-vous à promouvoir l'art italien ou sicilien, ou s'agit-il réellement d'un projet international ?

Nous ne faisons pas exclusivement la promotion des artistes siciliens, mais nous aimons soutenir des projets siciliens et les artistes qui viennent d'ici. Mais c'est réellement un projet international et les artistes viennent du monde entier. Nous avons des artistes qui viennent de Mexico cette année, et un qui vient de Boston, aux États-Unis. Nous avons également un Espagnol et un Japonais à venir dans le futur.

Recevez-vous des demandes ou bien choisissez-vous vos artistes vous-mêmes ?

Bien sûr, cela arrive que nous choisissions les artistes. Cependant, il n'y a pas de processus formel de sélection. Nous avons des artistes qui postulent et nous leur écrivons, si nous aimons leur projet, nous les invitons à venir à la Ferme.

Que désirez-vous par la suite pour le projet ?

Nous souhaitons que ce projet continue et nous espérons éventuellement en devenir spectateurs, afin que les personnes puissent prendre le relais et s'impliquer dans le développement. Cela prendra du temps pour atteindre cette étape, mais cela se déploie très vite.

Combien de personnes sont impliquées dans ce projet ?

Nous avons cinq personnes qui font partie de l'effectif permanent, sans compter mon mari et moi. Mais il y a également bon nombre de personnes qui se portent bénévoles et contribuent à la communauté. Mon mari travaille actuellement à plein temps sur la Ferme. Lorsque cela a débuté, nous n'avions pas conscience de l'ampleur que cela prendrait !

Est-il facile pour vous de trouver des fonds désormais ?

Le parrainage, une subvention - ce serait remarquable ! Nous n'avons pas reçu de financement définitif pour l'instant, mais nous cherchons à créer un site de crowdfunding. Pour l'instant nous acceptons les donations via le site Internet.

En définitive, qu'est-ce qu'il adviendra dans le futur ?

Et bien, un des immeubles a besoin de restaurations étant donné qu'il est baroque ; nous le transformons en un musée pour enfants et une école. Nous espérons que ce sera une remarquable contribution pour la ville. Il y a eu tellement d'émigration loin de la ville, près de 1.000 maisons ont été abandonnées. Nous espérons que cela donnera aux enfants de la ville quelque chose dont ils pourront être fiers, et que cela nous permettra de pouvoir les éduquer à travers l'art. Ce mois de juin, à l'intérieur des sept cours qui composent la ferme, nous ouvrons un espace que nous appelons « Just a Space XL », un conglomérat de plusieurs petites maisons qui seront converties en un espace d'exposition interconnecté et lumineux.