Quels modèles économiques pour les MOOC ?

Par Mathieu Cisel  |   |  963  mots
Un MOOC gratuit permet de gagner en visibilité et de proposer ensuite des offres payantes../ Reuters (Crédits : DR)
Monter un MOOC peut représenter un certain coût. Analyse des différents modèles économiques qui se sont développés au cours des dernières années.

L'un des premiers modèles à avoir été testés est sans doute celui de la certification authentifiée. En effet, à moins d'être surveillée à distance ou dans une salle d'examen, il n'est pas vraiment possible de s'assurer que la personne qui passe l'examen et/ou réalise les exercices est bien la personne dont le nom est inscrit sur le certificat. Ces certificats authentifiés ont a priori plus de valeur que les attestations de réussite gratuites qui sont parfois délivrées par ailleurs. Mais il faut savoir que seule une minorité des participants est intéressée par la certification authentifiée, beaucoup viennent avant tout pour monter en compétences.

Ce modèle peut être pertinent pour les cours qui augmentent l'employabilité, mais il n'est pas sûr que qu'il le soit dans la majorité des cas. Quoi qu'il en soit, même si vous parvenez à vendre des certificats, il ne faut pas s'attendre à ce que la moitié du MOOC l'achète. La proportion des inscrits qui va acheter le service s'appelle le taux de transformation. Les taux de transformation dans les MOOC dépassent rarement quelques pourcents, et avoisinent parfois les 0% en cas de flop ou si vous n'avez pas trouvé le modèle pertinent. C'est pour cette raison qu'on a pu voir se développer un certain nombre de services additionnels payants, ou services Premium, que ce soit le tutorat, la vente de licences ou  l'accès aux ressources pédagogiques.

 

Des forums pédagogiques pour un tutorat de groupe

Concernant le tutorat, cela peut aller du tutorat individuel au tutorat de groupe. On peut par exemple mettre en place des forums qui seront modérés et animés par l'équipe pédagogique et qui ne seront accessibles qu'aux personnes ayant payé un droit d'entrée. On a pu voir se développer de tels services aussi bien dans des cours de la plate-forme edX, avec le cours de programmation CS50x de Harvard, que dans la plate-forme Udacity, autre fleuron du MOOC américain. Par ailleurs, l'apparition d'une page Coursera, la plus célèbre plate-forme de MOOC américaine, dans le service de tutorat en ligne de Google, Help Outs, est également un phénomène à suivre de près, même s'il semble pour le moment anecdotique. Pour le moment, nous avons très peu de retours sur ce modèle, mais il est probable qu'il se développe rapidement dans les années à venir, en particulier dans les disciplines requérant une forte technicité.

Autre modèle de monétisation possible : la vente de licences d'utilisation. Il ne faut pas oublier que les cours ne sont en général gratuits que dans le cadre d'une utilisation personnelle; sauf mention contraire ou licence libre appropriée, il n'est pas permis de les intégrer tels quels dans le parcours de formation des étudiants pour délivrer des crédits ECTS par exemple. Il faut en général passer par des accords avec les ayant-droit.

Enfin, on peut faire payer l'accès aux ressources. Les modèles entièrement payants se développent, et on a pu voir se développer ce type de parcours sur Coursera dès 2013. Mais dans ce cas on sort de la définition du mooc, pour revenir sur des modèles plus classiques de e-learning ou de formation à distance.

 

Un MOOC gratuit pour gagner en visibilité

Si on veut coller à la définition du MOOC, il s'agit de ne faire payer qu'une partie des ressources. Typiquement rendre payant uniquement les ressources en fin de formation. Dans ce type de cas, la différence entre les dispositifs en ligne qui où le début de la formation est gratuit (en guise de produits d'appel) est parfois subtile.

Le modèle du produit d'appel est sans doute l'un des plus pertinents. Il s'agit de se servir d'un MOOC gratuit pour gagner en visibilité, puis de proposer par ailleurs des services ou des formations payantes, parfois sans aucun rapport avec le MOOC en question. Dans cette approche, il faut bien choisir son sujet, avoir les épaules assez solides pour pouvoir se permettre de lancer un MOOC sans qu'il soit rentable, et enfin, avoir des choses à vendre bien évidemment.

 

Un modèle économique adapté au type de formation

La question du modèle économique constitue l'un des principaux obstacles au développement des MOOC. Il n'y a pas de solution unique, et il faudra choisir un modèle économique adapté au type de formation que vous souhaitez mettre en place. Dans certains cas, la certification authentifiée représentera le modèle le plus pertinent. Dans d'autres cas, ce sera la vente de licences ou l'accès à des ressources pédagogiques. De nouveaux modèles apparaissent régulièrement, et il faut suivre de près l'évolution du phénomène.

Si la rentabilité n'est pas dans vos objectifs prioritaires, vous disposez de nettement plus de marge de manoeuvre. Dans le cas contraire, il vous faudra plancher sur la question du modèle économique. Une chose est sûre, même si vous en trouvez un qui vous semble pertinent, il est très peu probable que vous soyez rentable dès la première édition du cours. Il faudra sans doute attendre plusieurs éditions avant d'atteindre l'équilibre, et il faut donc raisonner sur le long terme. Pour conclure, les choses évoluent vite, et dans la mesure du possible, il vaut mieux expérimenter rapidement pour monter en compétences. Si on attend que les modèles se soient complètement stabilisés avant de se lancer, on risque de rater le coche. Avis aux investisseurs qui s'intéressent de près le phénomène ...